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SFR et Bouygues Telecom mutualisent leurs réseaux sans fil à l'anglaise

SFR et Bouygues ont officialisé le 31 janvier la mutualisation de leurs réseaux mobiles. Après avoir observé les autres opérateurs européens, ils ont opté pour un modèle britannique, qui les laisse plus indépendants que le modèle scandinave.

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SFR et Bouygues Telecom mutualisent leurs réseaux sans fil à l'anglaise
SFR et Bouygues Telecom mutualisent leurs réseaux sans fil à l'anglaise

Il aura fallu plus de six mois à Bouygues Telecom et SFR pour arriver à l’accord de mutualisation de leurs réseaux mobiles (2G, 3G, 4G) finalement annoncé le 31 janvier. C’est ce qu’ont rappelé à plusieurs reprises face à la presse le 3 février leurs PDG respectifs Olivier Roussat et Jean-Yves Charlier. Et pour cause. La mutualisation n’est ni une décision, ni une opération mineure. Les deux opérateurs ont travaillé ensemble dès que l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) a rendu en mars un avis favorable à des mutualisations entre opérateurs en dehors des zones denses. Mais les deux français ont aussi fait le tour des démarches similaires entamées par leurs homologues européens, afin de s’en inspirer. Et entre un modèle scandinave qui les aurait transformés en opérateurs virtuels de leur propre joint-venture et le modèle britannique qui leur laisse leur autonomie, ils ont opté pour le second choix.

Alternative à une consolidation boutée par Bruxelles

Les difficultés économiques que tous les opérateurs européens connaissent les conduisent à chercher des solutions pour réduire les importants mais indispensables coûts d’évolution de leurs infrastructures (des coûts qui se chiffrent en centaines de millions d’euros annuels.) Et comme l’Europe leur barre la voie de la consolidation, la mutualisation de réseaux est une solution qu’ils adoptent de plus en plus. Mais tous les pays n’adoptent pas le même modèle. Les équipes de SFR et de Bouygues Telecom ont donc étudié de près les différentes initiatives de leurs voisins du Vieux Continent. Pour se tourner finalement vers un contrat proche de celui mis en œuvre par les filiales britanniques de Vodafone et de Telefonica, en Grande-Bretagne (qui devrait être dupliquée par les deux partenaires en Grèce) signé il y a deux ans et mis en œuvre l’an dernier.

Le modèle Vodaphone-Telefonica

Comme leurs homologues Outre-Manche, les deux français ont choisi de découper le pays en grandes zones dont ils se partagent la responsabilité (Ouest et Sud-Est pour Bouygues Telecom, Nord, Est et Sud-Ouest pour SFR). Dans chacune, un des deux opérateurs sera responsable des déploiements et de l’opération des réseaux. Et quand l’autre aura besoin de faire évoluer ses équipements ou de déployer, il deviendra client du premier. Et vice-versa. Chacun garde ainsi l’autonomie de ses choix technologiques et de déploiement (aucun appel d’offres conjoint aux équipementiers n’est donc au programme.)

La société commune que les deux français ont fondé n’aura, elle, qu’une fonction de gestionnaire de patrimoine, qui s’occupera des sites à démanteler ou à installer. Elle étudiera les fins de bail, les coûts, les risques, etc. Chaque opérateur disposera alors des informations pour optimiser le design du réseau. La joint-venture qui comptera une quarantaine de personnes, aura aussi la charge des équipements passifs et du génie civil. Un moyen simple de se répartir les tâches.

200 millions d’économie pour SFR

"En Scandinavie - au Danemark ou en Suède par exemple - les opérateurs mettent tout en commun : les équipes, les réseaux, l’exploitation et même les fréquences, précise Pierre-Alain Lallemand, directeur exécutif des réseaux SFR. Et de fait, les opérateurs deviennent quasiment des MVNO (opérateurs virtuels) de la société commune. Notre modèle est beaucoup plus simple, efficace et satisfaisant pour les deux opérateurs." CQFD. Et Jean-Yves Charlier précise que le modèle anglo-saxon est qui plus est plus rentable. "Il entraîne une réduction de 20 à 25 % de l’Opex et du Capex".

Le patron de SFR nuance néanmoins le bénéfice pour les deux français : "Nous serons sur la fourchette basse de ces montants. Notre objectif est d’améliorer la couverture en haut débit et la qualité de service pour répondre à la demande. Les économies seront investies dans la qualité de service. " Et la phase de démantèlement au démarrage est aussi un investissement. Jean-Yves Charlier n’a pas démenti le montant, évoqué dans la presse ce week-end, de 200 millions d’euros d’économies que son entreprise réaliserait dans l’opération. Selon Pierre-Alain Lallemand, l’accord SFR-Bouygues Télécoms est néanmoins une première en Europe parce qu’elle allie économies et augmentation de la couverture.

7 000 sites démantélés

Au final, les deux opérateurs disposeront de moins de sites qu’ils n’en ont aujourd’hui à eux deux, mais le réseau sera plus performant. Ils disposeront d’un total de 11 500 sites contre 18 500 si on ajoute leurs parcs respectifs actuels (8 300 Bouygues Telecom et 10 200 SFR). Le compte est donc vite fait : 7 000 sites doivent être démantelés. Quelques centaines de sites devraient être déployés en fin d’année 2014. Mais le réseau ne sera complètement mutualisé qu’entre fin 2017 et début 2018. Les deux opérateurs gardent leur infrastructure propre sur les zones denses. Et sur le reste du territoire, ils bâtissent un réseau commun dont chacun a la responsabilité d’une partie du développement.

La porte entrouverte à Free

Enfin, la réponse de Jean-Yves Charlier à la question sensible de savoir si Free pourrait rejoindre le duo, est restée laconique : "le contrat ne contient pas de clause juridique qui empêche tel ou tel opérateur de nous rejoindre." Avec un bémol d’Olivier Roussat quant à la faisabilité de la chose. Le patron de Bouygues Telecoms a rappelé une fois de plus la complexité d’un tel accord à deux. Alors à trois... Les deux opérateurs ont aussi expliqué que Free Mobile pouvait tout à fait se positionner pour reprendre le bail de sites, prêts à l’emploi, que les deux opérateurs décideront de démanteler. Pas sûr qu’il s’en contente...

Emmanuelle Delsol

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