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Si les Etats n'encadrent pas mieux la 5G, elle risque de nuire aux prévisions météo

Analyse Alors que les réseaux 5G des opérateurs sont en cours de déploiement dans le monde, les météorologues tirent la sonnette d’alarme. Les fréquences exploitées par la nouvelle norme de téléphonie mobile, très proches de celles de leurs satellites, pourraient réduire la fiabilité des prévisions. Si l’Europe a pris des mesures, les Etats-Unis et le Moyen-Orient ne font pas particulièrement preuve de prudence en la matière.
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Si les Etats n'encadrent pas mieux la 5G, elle risque de nuire aux prévisions météo
Si les Etats n'encadrent pas mieux la 5G, elle risque de nuire aux prévisions météo © Eumetsat

Et si les ondes radio exploitées par la 5G venaient perturber les mesures scientifiques qui permettent d’établir les prévisions météorologiques ? Un article paru le 26 avril 2019 dans la revue scientifique Nature a mis le feu aux poudres. En cause : les bandes de fréquences utilisées par la nouvelle norme de téléphonie mobile – comprises entre 24 et 27,5 GHz –, qui empiètent sur celles qui permettent de détecter des phénomènes naturels comme les molécules de vapeur d’eau. Les météorologues montent au créneau pour dénoncer ces interférences… et leurs éventuelles conséquences sur leurs prévisions.

 

DES PRéVISIONS JUSQU’à 30 % MOINS FIABLES

La technologie 5G repose sur des fréquences plus hautes que la 4G. Au point de se rapprocher dangereusement de celles comprises entre 23,6 et 24 GHz, utilisées par les satellites d’observation de la Terre. "Cette bande est sacralisée : aucune onde ne peut y être diffusée, explique à L’Usine Digitale Eric Allaix, coordinateur national des fréquences à Météo-France. Mais les opérateurs la contamineraient en diffusant sur des fréquences proches de 24 GHz. C’est ce qu’on appelle des émissions hors-bande." La mesure de l'humidité serait compromise.

 

"Les satellites pourraient perdre jusqu’à 77 % des données qu’ils recueillent aujourd’hui. Ce qui entraînerait une perte de fiabilité de l’ordre de 30 % pour les prévisions météorologiques", ont ainsi témoigné le 16 mai 2019 les scientifiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) devant une commission de la Chambre des représentants des Etats-Unis. Selon Eric Allaix, "il pourrait devenir difficile de déterminer si un signal est bel et bien d’origine naturelle, voire de ne pas détecter de signal du tout". La sécurité des personnes dans des zones où des catastrophes se produisent – telles que tempêtes ou des ouragans – pourrait sévèrement en pâtir.

 

LA FRANCE POINTE LES éTATS-UNIS DU DOIGT

En France, le régulateur s'est empressé de rassurer. Début mai, l’ancien responsable du dossier de la 5G à l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), Sylvain Loizeau, avançait qu’une "bande de garde comprise entre 24 et 25 GHz ne sera pas attribuée, par principe de précaution" et que les satellites météo, situés juste en-dessous de 24 GHz, "ne présentent aucun risque pour le moment". La même précaution est de mise pour la bande de 26 GHz, que l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a tout bonnement choisi de ne pas mettre aux enchères.

 

 

Les autorités régulatrices ne sont néanmoins pas aussi prudentes dans tous les pays. Aux Etats-Unis, la Commission fédérale des communications (FCC) a d’ores et déjà annoncé un appel d’offres pour les fréquences en 26 GHz. "Il faut préserver les services qui utilisent déjà ces fréquences et faire en sorte qu’ils cohabitent avec la 5G", plaide Eric Allaix, qui craint que la situation ne s’aggrave dans les mois à venir. La FCC doit, en effet, encore attribuer trois autres bandes de fréquences au mois de décembre. "Nous n’avons aujourd’hui pas d’alternative pour mesurer la vapeur d’eau", assure-t-il.

 

UN SOMMET MONDIAL SUR LES FRéQUENCES 5G

Un espoir se profile néanmoins. Du 28 octobre au 22 novembre, 190 Etats se réuniront en Egypte lors de la Conférence mondiale des radiocommunications – qui se tient tous les quatre ans. Il s’agira, pour eux, d’accorder leurs violons pour standardiser les fréquences de la 5G partout dans le monde. L’Union européenne a posé la première pierre, en adoptant, en juillet 2018, une disposition qui limite le bruit – ou niveau d’interférence – à 42 dBW pour les stations de base. Une décision qui pourrait cependant ne pas être suivie par les Etats-Unis et l’Afrique, puisqu’elle implique davantage d’investissement en matière d’infrastructures réseau. "En l’état actuel des choses, les Etats-Unis s’apprêteraient à appliquer un plan 150 fois plus laxiste que l’Europe en la matière", assure Eric Allaix.

 

Or, si ne serait-ce qu’un seul Etat de cette envergure venait à ne pas adopter un cadre réglementaire exigeant, l’ensemble des prévisions météorologiques mondiales pourraient être perturbées. "Cela serait dramatique, indique le coordinateur national des fréquences. Les ondes n’ont pas de frontières, et des signaux au-dessus des Etats-Unis auraient des conséquences sur les mesures de tous les prévisionnistes de la planète." Notamment ceux issus de "petits" pays, qui dépendent largement des données recueillies par leurs voisins. Et, au-delà des prévisions météo, c’est aussi le suivi de l’évolution climatique qui serait en jeu. Face aux alertes des scientifiques, le lobby des télécoms a lancé la contre-offensive pour obtenir les fréquences en question. Le chef de file de la GSM Association, Brett Tarnutze, a d’ailleurs tancé leurs témoignages, arguant qu’il s’agit de "désinformation".

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