Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Six idées pour développer le covoiturage courte distance

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Analyse Tout n'a pas encore été tenté pour faire décoller la pratique du covoiturage courte distance en France. Voici quelques pistes déjà creusées par des start-up… ou piochées à l'étranger.

Six idées pour développer le covoiturage courte distance
Six idées pour développer le covoiturage courte distance © U.S. National Archives and Records Administration - Wikilmedia commons

IDvroom, Carbip, Karos, Ecov, Wayz-Up, Citygoo… Nombreux sont les acteurs à se lancer sur le marché du covoiturage courte distance, espérant devenir le nouveau Blablacar. Et ils ne semblent pas échaudés par les échecs de quelques pionniers comme Sharette ou WeDrive. Pour tenter de se démarquer, certains développent des fonctionnalités originales et des bonnes pratiques dont pourraient s'inspirer les autres. L'Usine Digitale en recense quelques unes.

 

1 - Adapter l'infrastructure routière

Quel est le principal moteur du covoiturage courte distance ? Pas forcément le bonus financier, mais plutôt la promesse du gain de temps, si l'on en croit l'expérience américaine. Certaines agglomérations, comme celle de Washington, ont réservé des voies de circulation aux voitures comportant au minimum deux passagers. Et ça marche, constate Sonia Adelé, chargée de recherche à l'IFSTTAR. "Comme il faut être 2 ou 3 pour utiliser ces voies qui font gagner pas mal de temps, les gens se sont organisés pour co-voiturer en faisant des files d'attente le long de la route, près d'arrêts informels. Ce phénomène a un nom : le slugging. L'avantage de prendre cette route a généré un co-voiturage très développé. Les gens y trouvent leur compte en temps de trajet, il n'y a même pas besoin d'échange d'argent".

 

Réserver des voies aux covoitureurs sur certains axes stratégiques, comme les accès aux aéroports ou aux zones d'activité, les entrées et sorties d'agglomérations ? C'est une voie empruntée dans certaines villes européennes comme Madrid ou Bristol.

 

Autre aménagement possible : le développement des aires de covoiturage à des emplacements bien étudiés, ou la création d'arrêts de stop / covoiturage (à la manière des arrêts de bus). La start-up Ecov s'appuie même sur des bornes (semblables à des horodateurs) reliées à des panneaux d'affichage dynamique pour permettre du covoiturage en temps réel. Problème : l'investissement matériel n'est pas neutre, ce qui impose de facturer les déplacements, qui ont pourtant une vraie utilité sociale dans des zones isolées et mal desservies par les transports publics. Rezo Pouce, né dans le Tarn et Garonne, déploie une solution de stop organisé plus simple et plus légère, qui a séduit de nombreux territoires français.

 

2 - Proposer des indemnisations plus motivantes

Les covoitureurs sont contraints de s'en tenir à un strict partage de frais, pour ne pas risquer d'être assimilés à des taxis et VTC clandestins. Mais n'est-il pas temps de faire évoluer la législation pour rendre le covoiturage de proximité plus attrayant, étant donné son rôle social et environnemental ? Les entreprises pourraient-elles davantage subventionner leurs salariés qui co-voiturent pour se rendre au travail, au même titre que le remboursement des abonnements de vélo ou de transport en commun ? Cela semble compliqué à mettre en œuvre dans un contexte de guerre ouverte des taxis, VTC et des nouvelles applis de mobilité se trouvant dans une zone grise, ni franchement légales, ni illégales.

 

3 - Développer les autres formes d'incitations

A défaut de pouvoir encourager financièrement les co-voitureurs, les start-up et entreprise peuvent les motiver avec des avantages spécifiques. On pense à l'accès facilité aux parkings, par exemple, un vrai levier dans les centres-villes saturés. Citygoo vient d'ailleurs de signer un partenariat avec Vinci pour faire accéder ses utilisateurs aux parkings de l'enseigne. IDvroom offre à ses membres d'un badge télépéage gratuit, une incitation qui fonctionne davantage pour la longue distance. A quand les bons carburants ?

 

4 - Assurer et rassurer

Quel est l'une des clés du succès de Blablacar ? Son accord avec Axa pour apporter une assurance complémentaire sur les trajets partagés. L'assurance est l'un des points de conquête des usagers. Il y a de nouvelles offres à construire pour lever certains freins psychologiques à la pratique du covoiturage. IDvroom (filiale de la SNCF) propose une "assurance retour" avec Europ assistance si un conducteur fait défaut ou si un imprévu oblige l'usager à rentrer chez lui. Bonne idée, mais compliquée à mettre en œuvre dans la réalité (il faut des justificatifs et avancer la note de taxis avant de se faire rembourser, et une franchise de 10 euros est facturée). Mais c'est un début. Les covoitureurs doivent pouvoir automatiquement bénéficier d'un plan B en cas de pépin.

 

5 - Construire une plate-forme universelle

En attendant que les start-up françaises se rachètent entre elles pour disposer d'une base d'utilisateurs suffisante, qui permettra de  proposer des trajets partout tout le temps, une solution transitoire consisterait à créer un agrégateur neutre, public ou privé.  "Ce serait une plate-forme qui aurait un rôle de chambre de compensation, décrit Patrick Robinson Clough, fondateur de Citygoo. Les différents acteurs y enverraient leurs demandes, et ils seraient rémunérés au prorata du trafic récupéré". Un peu comme les comparateurs de voyage ou de prix. "Des réflexions sont en cours", assure-t-il.

 

Les plates-formes concurrentes se feront-elles suffisamment confiance pour contribuer à un portail commun, dans un esprit de coopétition ? Ce serait une façon de faire grandir leur offre rapidement. Mais elles devraient s'entendre pour unifier leurs conditions d'utilisation et gommer une partie de leurs différences. Pas gagné.

 

6 - Créer des ponts avec les autres modes de transport

Le covoiturage dynamique, de courte distance, en temps réel, doit s'inscrire dans l'offre de mobilité globale, qui inclut toutes les nouvelles formes de déplacement : vélos et voitures électriques en libre-service, bus, métros et tramways, car sharing…  Cela commence à se dessiner. Karos vient par exemple d'inclure les données du Syndicat des transports d'Ile de France à son application. Ses utilisateurs peuvent donc composer leurs trajets en combinant transports ferrés et co-voiturage. Carbip, lui, propose à la fois aux possesseurs de voiture de co-voiturer, louer leur véhicule ou leur parking quand ils ne l'occupent pas. Un service 3 en 1.

 

Ce mouvement passera aussi par l'introduction du covoiturage dans les applis de mobilité multimodales, comme Citymapper et Moovit. Ou même dans Google Maps, qui suggère déjà de commander un Uber pour certains trajets… A quand du Karos ou du Wayzup ? Les géants du web, comme Google (à travers Waze) mais aussi Facebook (qui plancherait sur un service de covoiturage) seront des intermédiaires incontournables… tout comme les constructeurs auto, qui mettent de plus en plus de billes dans des start-up et incitent leurs clients à partager leurs véhicules. C'est tout un rapport à la possession de la voiture et à la mobilité qui est à repenser.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale