Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

STMicroelectronics à l’heure des choix stratégiques

Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs, STMicroelectronics, annoncera lundi 10 décembre 2012 son nouveau plan stratégique. Au programme : le maintien de l’intégrité du groupe, l’absorption de ST-Ericsson et le repositionnement possible sur le marché des puces numériques et sans fil.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

STMicroelectronics à l’heure des choix stratégiques
STMicroelectronics à l’heure des choix stratégiques © Google Maps

C’est un tournant historique pour STMicroelectronics. Dans le rouge depuis le quatrième trimestre 2011, le fabricant franco-italien de semi-conducteurs va annoncer son nouveau plan stratégique lundi 10 décembre 2012. Ce plan doit répondre à trois questions déterminantes pour l’avenir du premier fournisseur européen de puces électroniques.

La première concerne l’activité de circuits numériques formée par les Asic (circuits spécifiques) et processeurs d’application. Elle constitue un des foyers de pertes du groupe.  Le projet de scission de cette activité a fait l’objet de rumeur lancée par le journal américain Bloomberg mais démentie par la direction. L’idée semble écartée. Du moins pour le moment. Carlo Bozzoti, PDG de STMicroelectronics, devrait confirmer le maintien de l’intégrité du groupe autour de deux pôles d’activités complémentaires : d’un côté, les circuits numériques, qui vont aujourd’hui mal, de l’autre, les circuits analogiques qui incluent microcontrôleurs, détecteurs de mouvements et composants de puissance, et qui se portent plutôt bien.

Cette option est défendue par les syndicats. "La diversité des activités du groupe est un atout qu’il faut conserver, estime Bruno Gailhard, du syndicat UNSA. Les activités qui se portent bien soutiennent celles en difficultés. Ceci nous permet de résister mieux que les spécialistes dans des périodes difficiles comme aujourd’hui."

Absorption probable de ST-Ericsson

La deuxième décision porte sur ST-Ericsson, la coentreprise à 50/50 avec Ericsson spécialisée dans les circuits sans fil pour terminaux mobiles. Avec l’effondrement de son premier client, Nokia, sur le marché des téléphones mobiles, cette entité essuie des pertes chroniques depuis 2009 qui plombent les résultats de ses deux maisons mères. Ericsson, qui doit supprimer 1550 emplois pour redresser ses comptes financiers, souhaite achever son recentrage stratégique sur les équipements de réseaux télécoms. Après sa sortie en octobre 2011 de sa coentreprise avec Sony dans les mobiles, il voudrait se retirer cette année de ST-Ericsson. Carlo Bozzoti devrait donc annoncer le rachat de la part d’Ericsson et l’absorption de ST-Ericsson par STMicroelectronics. "Ce sera une décision logique attendue depuis longtemps, note Peter Cooney, directeur du marché semi-conducteurs au cabinet d’études ABI Research. Elle a du sens pour STMicroelectronics qui pourra compléter son portefeuille de produits et mieux exploiter les synergies internes. Elle résout en plus les problèmes de management, car gérer à deux une joint-venture n’est jamais simple."

Pour les syndicats, cette décision aurait peu d’impact dans les faits puisque STMicroelectronics a déjà repris au printemps dernier le développement des processeurs d’application auparavant partie intégrante de ST-Ericsson. Rien ne change donc pour les quatre sites – Grenoble, Paris, Sophia Antipolis et Le Mans – concernés en France. En revanche, les sites issus d’Ericsson en Suède pourraient être affectés. Surtout que ST-Ericsson conserve 44 sites dans le monde, un nombre trop important dû à l’héritage historique. ST-Ericsson est en effet la réunion des anciennes activités de puces pour mobiles de STMicroelectronics, de Nokia, d’Ericsson et de NXP (ex-Philips Semiconducteurs).

Abandonner le marché grand public ?

Une question reste en suspens : comment STMicroelectronics va-t-il se repositionner sur le marché des circuits numériques et sans fil ? Aujourd’hui, le groupe est présent sur deux marchés aux contraintes contradictoires. D’un côté, celui des grands volumes pour produits grand public (mobiles, décodeurs, multimédia, périphériques informatiques…). Sur ce marché fortement concurrentiel, seuls des spécialistes comme Qualcomm, Nvidia ou Broadcom parviennent aujourd’hui à tirer leur épingle du jeu. De l’autre, celui des applications verticales dans l’industrie, les télécoms, le médical, l’instrumentation, l’automobile, etc. Ce marché à moindres volumes (sauf pour l’automobile) réclame une plus grande spécialisation. "STMicroelectronics agit aujourd’hui à la fois comme généraliste sur le marché grand public et comme spécialiste sur les applications embarquées, analyse Peter Cooney d’ABI Research. C’est intenable à long terme. Tôt ou tard, il devra se retirer du marché grand public, gourmand en investissement, et se recentrer sur le marché de l’embarqué à l’instar de Freescale, d’Infineon et récemment de Texas Instruments." Mais une telle décision serait un cataclysme sur le plan social. Elle entraînerait non seulement la réduction des effectifs de développement notamment à Crolles, en Isère, mais aussi la fermeture de nombreuses lignes de fabrication en France et en Italie.

A la recherche d'un partenaire

Le maintien de STMicroelectronics sur le marché grand public n’est toutefois pas exclu. "Il est conditionné par la conclusion d’un partenariat stratégique avec un gros industriel des mobiles, qui deviendrait à la fois investisseur et client, estime Peter Cooney d’ABI Research. Seuls Apple et Samsung répondent à ce double besoin. Mais ils développent leurs propres processeurs d’application. Un partenariat présente pour eux peu d’intérêt."

Didier Lamouche, directeur général de STMicroelectronics et PDG de ST-Ericsson, cherche depuis le printemps dernier le partenaire idoine. Des discussions auraient été menées dans ce sens avec Apple, Samsung et des fabricants de terminaux chinois. Apple et Samsung sont déjà de gros clients de STMicroelectronics, notamment pour les détecteurs de mouvements au cœur de leurs smartphones et tablettes. C’est aussi le circuit NovaThor de ST-Ericsson, combinant processeur d’application et modem, qui motorise le smartphone Galaxy SIII du géant coréen. Ces pourparlers ont-ils abouti ? Réponse le 10 décembre 2012.

Ridha Loukil

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

3 commentaires

Analyste
10/12/2012 19h22 - Analyste

"Après sa sortie en octobre 2011 de sa coentreprise avec Sony dans les mobiles, il voudrait se retirer cette année de ST-Ericsson. Carlo Bozzoti devrait donc annoncer le rachat de la part d’Ericsson et l’absorption de ST-Ericsson par STMicroelectronics" Effectivement vous n'affirmiez rien, il y a un conditionnel. C'est vous qui conseilliez à ST de s'accrocher a Nokia j'imagine (on en serait pas la sinon). En tout cas belle analyse, il manquait juste un scenario pour STEricsson!

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Ridha Loukil
10/12/2012 15h07 - Ridha Loukil

L'article n'affirme rien, il ne fait que passer en revue les différentes options. Il évoque l'absorption de ST-Ericsson au conditionnel, et c'est le contraire qui se produit. Mais l'article posait bien le problème de la présence de ST dans les circuits san fil.

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Kam
10/12/2012 10h31 - Kam

Bon bah il s'est passé strictement l'inverse : c'est STMicro qui se désengage. Vos analystes spécialisés ne font visiblement pas mieux que les boules de cristal ou diseuses de bonaventure. On peut savoir pourquoi vous affirmez alors que vous ne savez rien?

Répondre au commentaire | Signaler un abus

 
media