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STMicroelectronics boude les fusions-acquisitions et l’assume

Alors que la consolidation bat son plein dans les semi-conducteurs, STMicroelectronics entend rester à l’écart du mouvement. Un choix pleinement assumé. Mais le fabricant franco-italien de puces peut-il faire autrement ?
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STMicroelectronics boude les fusions-acquisitions et l’assume
STMicroelectronics boude les fusions-acquisitions et l’assume © Pascal Guittet

Intel avec Altera, Avago avec Broadcom, Dialog avec Atmel… La consolidation dans l’industrie des semi-conducteurs bat son plein. Mais STMicroelectronics persiste et signe. Le fabricant franco-italien de puces électroniques n’entend pas y prendre part. Le PDG Carlo Bozotti l’a clairement martelé lors de la présentation des résultats trimestriels, le 29 octobre 2015, démentant par la même occasion les rumeurs de projet de rachat de l’américain Fairchild Semiconductor. Le directeur financier Carlo Ferro vient de réaffirmer cette position lors des rencontres de Merrill Lynch avec les investisseurs à Londres et Zurich.

 

Consolidation tirée par 3 facteurs

Selon l’argentier de STMicroelectronics, la vague actuelle de fusions-acquisitions sans précédent dans le secteur est tirée par la combinaison de trois moteurs. Le premier est le besoin de disposer d’un portefeuille de produits assez large pour se positionner sur les marchés émergents des solutions électroniques complètes comme celui de l’Internet des objets. Le deuxième tient à la nécessité d’atteindre une taille critique suffisante pour rester compétitif sur le marché. Le troisième réside dans les faibles taux d’intérêt actuels qui rendent le financement des transactions moins couteux.

 

Le catalogue de ST est complet, mais...

Carlo Ferro estime que son groupe dispose de toute la palette de produits nécessaire pour satisfaire les cas d’usage dans l’Internet des objets, sans fusion-acquisition. Jean-Philippe Dauvin, ancien économiste-en-chef de STMicroelctronics, aujourd’hui expert auprès du cabinet parisien Decision, le confirme : "ST a le portefeuille de produits le plus riche et le plus complet de l’industrie des semi-conducteurs. Les nouveaux clients, qui le découvrent pour la première fois, sont impressionnés. Jamais ils ne soupçonnaient une telle variété."

 

... Inadapté au marché des objets connectés

Un bémol toutefois : "ST est aujourd’hui quasiment inaudible sur le marché de l’Internet des objets, relativise-t-il. Il se comporte toujours comme un fournisseur de composants, et non de solutions. Et il lui manque la composante logicielle, essentielle dans la transformation numérique à l’œuvre dans tous les secteurs."

 

La direction assume pleinement son choix, alors même que l’allemand Infineon Technologies a racheté l’américain International Rectifier, le néerlandais NXP va fusionner avec le yankee Freescale et le britannique Dialog va absorber l’américain Atmel. Tous les autres grands acteurs européens du secteur bougent donc. STMicroelectronics a choisi, lui, de rester à l’écart du mouvement. Mais pourrait-il faire autrement ?

 

PRIORITÉ À LA RÉSoLTION DU PROBLÈME DES CIRCUITS NUMÉRIQUES

"ST ne peut pas jouer le rôle de consolidateur pour une raison toute simple : il n’en a pas les moyens", estime Jean-Christophe Eloy, PDG de Yole Développement, cabinet français d’études de marchés électroniques. Depuis cinq ans, le groupe est en effet englué dans des difficultés sans fin qui lui ont fait perdre beaucoup d’argent (2,9 milliards de dollars en cumulé entre 2009 et 2013). Sa priorité va aujourd’hui à la résolution du problème de sa division DPG (Digital product group) qui rassemble ses activités dans les circuits numériques avancés, foyer chronique de pertes.

 

Notre dossier sur la crise de STMicroelectronics

 

La structure du capital, facteur de blocage

"ST ne peut pas, non plus, se faire racheter, car son capital est verrouillé par les Etats français et italien, note Jean-Christophe Eloy. C’est un grand problème pour le groupe qui va se retrouver plus petit que les futurs ensembles NXP-Freescale ou Avago-Broadcom." Les Etats français et italien détiennent en effet ensemble 27% du capital de STMicroelectronics. Ils considèrent la société comme stratégique pour l’indépendance technologique de leurs pays. Ils n’accepteront pas de le voir filer en dehors de l’Europe.

 

Selon Merrill Lynch, le fabricant franco-italien devrait voir son chiffre d’affaires baisser de 6,6% en 2015 à 6,85 milliards de dollars. Cette chute, combinée à la montée de NXP-Freescale et Avago-Boadcom, devrait lui coûter sa place dans le Top 10 mondial des fournisseurs de semi-conducteurs où il pointait à la 9e position en 2014.

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