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STMicroelectronics : les syndicats craignent la fermeture d’une usine en France

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Pour mettre fin à ses pertes dans le digital, le groupe franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics pourrait arrêter cette activité avec pour conséquence possible la fermeture d’une usine en France.

STMicroelectronics : les syndicats craignent la fermeture d’une usine en France
STMicroelectronics : les syndicats craignent la fermeture d’une usine en France © Pascal Guittet

Depuis l’annonce de Carlo Bozotti, le PDG de STMicroelectronics, de son intention de mettre fin aux pertes financières de l’activité digitale, les syndicats sont dans le qui-vive. Le comité d’entreprise, qui s’est tenu à Paris le 4 juin 2015, est loin de les rassurer. Au contraire. Jean-Marc Chéry, le numéro deux du groupe en tant que COO (directeur de l’exploitation), a confirmé la gravité de la situation.

L’activité DPG (Digital Product Group) en question regroupe les circuits numériques avancés, comme les puces pour décodeurs ou les Asic (circuits taillés sur mesure), et les circuits photoniques comme les capteurs d’image ou les détecteurs de proximité. En perte de vitesse face à des concurrents américains comme Broadcom et Qualcomm, elle perd de l’argent depuis 2012. "Depuis quelques années, le marché des décodeurs évolue vers des solutions intégrées matériel-logiciel, avec le système d’exploitation et la bibliothèque de logiciels associés, remarque Éric Potard, délégué CFDT. Le problème, c’est que STMicroelectronics en tant que fournisseur de composants en silicium n’a pas su prendre le virage du logiciel." Résultat : il a perdu son leadership sur ce marché au profit de Broadcom.

un contrat de 500 millions de Dollars perdu

Dans les Asic, le groupe franco-italien pâtit de la tendance à privilégier des circuits sur étagère ou moins customisés, alternatives plus économiques, plus rapides et moins risquées. La situation s’est aggravée avec le report de plusieurs commandes et l’arrêt récemment d’un produit chez un grand client. "Un constructeur de consoles de jeu a décidé d’arrêter sa console portable pour se recentrer sur les consoles de salon, confie Jean-Marc Sovignet, délégué CFC-CGC, sans préciser le nom du client en question. Ce changement stratégique se traduit par une perte importante de chiffre d’affaires de 500 millions de dollars par an pour notre groupe."

Sony, qui fait partie des 10 plus grands clients de STMicroelectronics, a arrêté sa console de jeu portable PSP en décembre 2014. A-t-il également décidé d’arrêter la PS Vita, sa dernière console de jeu portable ? C’est une possibilité à envisager à ce stade avec beaucoup de prudence.

LE RACHAT DE BROADCOM PAR AVAGO COMPLIQUE L’ÉQUATION

La multiplication des opérations de consolidation dans les semi-conducteurs complique encore la situation. Le rachat de Broadcom par Avago pour un montant de 37 milliards de dollars, la plus grosse acquisition de l’histoire du secteur, accroît tout particulièrement la pression sur STMicroelectronics. "Elle va créer un concurrent encore plus puissant que l’actuel Broadcom", prédit Jean-Marc Sovignet.

STMicroelectronics va-t-il vendre l’activité DPG, l’associer à un partenaire ou l’arrêter ? Jean-Marc Chéry s’est bien gardé de donner la réponse aux élus. L’option choisie devrait être connue en septembre octobre 2015. Les syndicats craignent que la direction n’opte pour l’arrêt pur et simple. L’activité DPG représente 15 % du chiffre d’affaires du groupe en 2014 et emploie 2 500 personnes, dont 1 500 en France principalement sur les sites de Crolles et Grenoble, en Isère. "Cette option signifie la fermeture d’une usine en France : Tours, Crolles ou Rousset", craint Éric Potard.

MENACES SUR Les USINEs de CROLLES I, Rousset et Tour

À Crolles, près de Grenoble, STMicroelectronics dispose de deux usines: Crolles I pour des plaquettes de 200 mm (comme à Tours et Rousset), et Crolles II pour des tranches de 300 mm, l’usine la plus avancée du groupe. La seconde ne semble pas menacée puisqu’elle sert de fer de lance au programme de R&D collaboratif Nano 2017 qui devrait rapporter à STMicroelectronics près de 400 millions d’euros de subsides publics en cinq ans. "Mais le groupe pourrait bien fermer l’usine de Crolles en 200 mm et en transférer la production sur Rousset, ou inversement", note le délégué CFDT.

Depuis six mois, STMicroelectronics est engagé dans un plan d’économie de 100 millions de dollars dans l’activité DPG, avec à la clé 450 suppressions d’emplois dans le monde, dont 150 départs volontaires en France. L’impact sur l’emploi en France a été limité en transférant 80 personnes vers l’activité MMS (microcontrôleurs, mémoires et sécurité), qui, elle, se porte bien. Car les microcontrôleurs, circuits numériques dédiés aux applications embarqués, ne sont pas concernés par les turbulences du digital.

Jusqu’ici, la direction de STMicroelectronics avait pour habitude de limiter l’impact social de ses décisions douloureuses. C’est ainsi qu’elle a intégré 1 000 personnes issues de ST-Ericsson après le démantèlement de cette coentreprise avec Ericsson à l’été 2013. Le groupe pourrait-il transférer la totalité du personnel touché vers l’activité MMS s’il devait arrêter une partie ou la totalité de l’activité DPG ? Jean-Marc Sovignet en doute fortement.

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

Jean
09/06/2015 23h55 - Jean

La troisième tranche est en cours de construction sur le site de Crolles. Le terrassement de le nouvelle unité a commencé. A quoi bon alors si une fermeture d'une usine se dessine ?

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ExST
09/06/2015 13h50 - ExST

Au lieu de Jusqu’ici, la direction de STMicroelectronics avait pour habitude de limiter l’impact social de ses décisions douloureuses Il faudrait lire : Jusqu’ici, la direction de STMicroelectronics avait pour habitude de cacher au public français l'impact social de ses erreurs stratégiques sur l'ensemble de ses sites mondiaux

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