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STMicroelectronics : les syndicats dénoncent l’absence de stratégie globale... et un retour 10 ans en arrière

Les syndicats de STMicroelectronics ne sont pas convaincus par la réorganisation présentée par le PDG Carlo Bozotti. Ils dénoncent l’absence de stratégie globale et réclament des comptes à l’Etat actionnaire.
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STMicroelectronics : les syndicats dénoncent l’absence de stratégie globale... et un retour 10 ans en arrière
Carlo Bozotti, PDG de STMicroelectronics, n'a pas convaincu les syndicats
"C’est un scandale social et une énorme aberration économique. Le PDG veut détruire la partie la plus avancée de ST sur le plan des produits, de la complexité entre le logiciel et le matériel. Ceci menace aussi directement les technologies les plus avancées, compromettant par là l'indépendance stratégique technologique." C’est ainsi que la CGT a accueilli l’annonce par Carlo Bozotti de l’arrêt progressif de l’activité de STMicroelectronics dans les processeurs pour décodeurs et box internet, avec au passage la suppression de 1400 postes dans le monde, dont 430 en France par des départs volontaires.
 
 
Décision précipitée selon la CFE CGC
Le patron du fabricant franco-italien de semi-conducteurs a justifié cette "décision difficile" par la dégradation persistante des résultats dans ce domaine sans perspective d’inverser la tendance. En 2015, cette activité affiche une perte de 250 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 209 millions, en chute de 39% par rapport à 2014. En deux ans, les pertes cumulées s’élèvent à 500 millions de dollars.
 
La CFE CGC dénonce une décision précipitée. "Elle est prise au moment où nous venons de gagner trois projets importants de décodeurs avec nos nouvelles puces comme Monaco, affirme Jean-Marc Sovignet, délégué central. Dire que nous allons arrêter ne va-t-il pas inciter ces clients à changer d’avis et d'aller se fournir ailleurs ?"
 
 
Toutes les activités en berne, sauf les microcontrôleurs
Au-delà des difficultés dans les circuits numériques avancés comme ceux dédiés aux décodeurs, les syndicats s’interrogent sur l’avenir du groupe en tant qu’acteur européen majeur de puces électroniques. Car à l’exception des microcontrôleurs,  toutes les autres activités du groupe sont en berne, y compris celle dans les Mems, naguère florissante.
 
Carlo Bozotti a tenté de leur fournir un nouvel horizon en martelant ses nouvelles priorités sur les applications d’intelligence (Smart) qui se développent dans la voiture (Smart car), la maison (Smart home), les villes (Smart cities), l’industrie (Smart industry) et plus généralement l’Internet des objets. Un marché potentiel estimé à 150 milliards de dollars par an. "Nous avons tous les composants pour profiter de cette opportunité : les circuits de puissance, les capteurs, les microcontrôleurs, les éléments de connectivité sans fil…, se réjouit-il. Seuls nous manquent les modems cellulaires et les processeurs d’application de divertissement."
 
Réorganisation en trompe l'oeil
Pour s’adresser à ces nouveaux marchés, les syndicats réclament depuis longtemps une refonte de l’organisation, jugée peu propice à la collaboration entre les parties numérique et analogique, et entre les parties française et italienne. Une demande que Carlo Bozotti pense satisfaire en organisant l’entreprise en trois activités, au lieu de cinq auparavant. "Nous revenons à une organisation que nous avions il y a 10 ans, commente Jean-Marc Sovignet. La direction n’a fait que répartir différemment les produits. Il n’y a aucune démarche concrète visant à faire travailler les gens sur des projets impliquant différents produits."
 
Les applications Smart réclament en effet, non pas des composants, mais des solutions avec du numérique, de l’analogique et du logiciel. "Sur ce point, il n’y a rien de fait", regrette le délégué CFE-CGC.
 
 
Bercy attendu au tournant
Les syndicats réclament des comptes à l’Etat actionnaire. L’intersyndicale de STMicroelectronics a été reçue à deux reprises à Bercy, et la CFE-CGC deux fois à l’Elysée. Aujourd’hui, c’est la déception qui l’emporte. "Le ministère d’Emmanuel Macron est en cause. Lors des diverses rencontres avec les syndicats tenues depuis mai 2015, ses représentants avaient dit : pas de restructuration avant une nouvelle stratégie. Nous avons une restructuration et des suppressions d'emplois. Où est la nouvelle stratégie ? Où est le redéveloppement ?", interpelle Marc Leroux, délégué CGT.
 
Bercy, qui représente les intérêts de l’Etat français, actionnaire à hauteur de 13,5% du capital, avait en effet posé comme préalable à tout réajustement dans les circuits numériques avancés la définition d’une nouvelle stratégie "offensive" tournée vers les marchés d’avenir comme celui de l’Internet des objets. En faisant des applications Smart une priorité, Carlo Bozotti pense avoir rempli cette condition. Mais les syndicats ne l’entendent pas de cette oreille. Ils auront tout loisir de l’exprimer lors de leur rendez-vous à Bercy le 24 février 2016.

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