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Télétravail : les outils de surveillance à distance se généralisent

Étude Selon un sondage, plus de 60% des entreprises françaises ont ou vont mettre en place des solutions pour contrôler la productivité des salariés en télétravail. Elles utilisent parfois des techniques intrusives, incompatibles avec le droit à la vie privée selon la Cnil.
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Télétravail : les outils de surveillance à distance se généralisent
Télétravail : les outils de surveillance à distance se généralisent © Thomas Martinsen

Cinquième vague de Covid-19 ou non, le télétravail s'est installé pour durer. Les entreprises ont dû s'adapter, et les salariés français peuvent se féliciter d'être plutôt mieux protégés que dans d'autres pays face aux initiatives parfois agressives de leurs employeurs pour les micromanager à distance. Selon une étude réalisée par le cabinet d'études Vanson Bourne pour le compte de la société de services informatiques VMware, 22% des entreprises françaises ont mis en place des outils pour surveiller la productivité de leurs salariés en télétravail, et 40% ont l'intention de le faire ou sont en cours de mise en oeuvre. Un pourcentage inférieur à ce qui est observé ailleurs en Europe et dans le monde.

Parmi les outils utilisés pour surveiller les travailleurs à distance figurent les logiciels de surveillance des emails (qui concernent 37% des entreprises françaises qui ont mis ou vont mettre en place une surveillance), des outils collaboratifs (45%), de la navigation sur internet (36%), de la géolocalisation (25%), ou encore la vidéosurveillance (24%), les logiciels de tracking via webcam (25%), et les enregistreurs de frappe sur le clavier, ou keyloggers (20%).

En France, la cnil veille
Ces trois dernières solutions, bien que moins utilisées en France qu'ailleurs, sont particulièrement intrusives et la Cnil a d'ailleurs pris position en jugeant certaines technologies comme "non compatibles" avec le principe selon lequel l'employeur n'a pas à placer ses salariés "sous surveillance permanente, sauf dans des cas exceptionnels dûment justifiés au regard de la nature de la tâche" : la surveillance constante par le biais de dispositifs audio ou vidéo, le partage permanent d'écran, l'utilisation de keyloggers, et l’obligation de cliquer sur une application ou de prendre des photos à intervalles réguliers pour démontrer sa présence derrière son écran. Ces dispositifs ne sont pas, selon l'autorité de protection des données personnelles, "proportionnés" dans un objectif de contrôle du temps de travail ou des activités du salarié. Dans tous les cas, ils nécessitent une information préalable des salariés.

Le sondage de Vanson Bourne a relevé une corrélation ente l'augmentation du turnover et la mise en place de dispositifs de surveillance, particulièrement en France. Le turnover a progressé dans 48% des entreprises françaises qui ont mis en place de telles solutions en France, contre 39% en moyenne dans l'échantillon mondial. Le sondage a été réalisé entre juillet et août 2021 auprès de 7600 personnes (dont environ 600 Français), travaillant dans des entreprises d'au moins 500 salariés.

dérives dystopiques aux états-Unis
Les technologies de surveillance du travail à distance se sont particulièrement développées aux États-Unis, depuis le début de la pandémie de Covid-19. Selon Gartner, le nombre de grandes entreprises qui utilisent ce type de solutions a doublé, passant de 30 à 60%.

Les dispositifs utilisés Outre-Atlantique vont parfois très loin, comme en témoigne le Washington Post : système de reconnaissance faciale qui analyse la direction du regard et la présence en face de l'écran, système d'écoute permanent, enregistrement des frappes, captures d'écran régulières… Le quotidien américain, qui a enquêté auprès d'avocats obligés de se soumettre à un logiciel de reconnaissance faciale utilisé en télétravail pour des raisons de sécurité et de confidentialité, rapporte des situations ubuesques : déconnexions intempestives du réseau lorsque le travailleur change de position, regarde ailleurs trop longtemps ou réajuste ses lunettes, quand un animal entre dans la pièce, ou pire, dysfonctionnements de l'algorithme lorsqu'il s'agit de personnes de couleur.

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