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Terrifié par l'exemple de Fortnite, Google aurait tout fait pour empêcher d'autres développeurs de faire comme Epic

Après plus d'un an de procès, on en apprend un peu plus sur le conflit opposant Epic Games à Google. Le développeur accuse l'entreprise de Sundar Pichai de mesures incitatives et de contrats secrets pour conserver son monopole pour la distribution d'applications sur Android. Il aurait tout fait pour empêcher que d'autres développeurs suivent la voie d'Epic avec Fortnite, proposé indépendamment du Play Store. Dans un document que le juge vient de rendre public, Epic avance que plusieurs fabricants de smartphones ont accepté des ententes avec Google, dont LG, Motorola, Sony et Xiaomi.
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Terrifié par l'exemple de Fortnite, Google aurait tout fait pour empêcher d'autres développeurs de faire comme Epic
Terrifié par l'exemple de Fortnite, Google aurait tout fait pour empêcher d'autres développeurs de faire comme Epic © Joshua Hoehne / Unsplash

Après plus d'un an, de nouveaux documents viennent d'être dévoilés concernant le procès intenté par Epic Games contre Google (qui se tient en parallèle d'un autre procès contre Apple). L'entreprise à l'origine du jeu Fortnite accuse Google d'avoir payé plusieurs sociétés, dont Activision Blizzard, pour éviter qu'elles ne fassent comme Epic en sortant leurs jeux hors du Play Store, et conserver ainsi son monopole.

Des contrats avec plusieurs développeurs et fabricants de smartphones
Pour rappel, Epic Games a initialement saisi la justice afin de dénoncer le système de paiement intégré mis en place par Apple et Google dans leurs boutiques d'applications respectives et qui imposent des commissions de 30% sur les revenus des développeurs. Mais contrairement à Apple, Google autorise en théorie les magasins alternatifs.

Toutefois, dans ce document, Epic avance que le géant de Mountain View aurait passé des contrats avec différentes entreprises pour leur accorder des avantages et une plus grande part de revenus pour éviter qu'elles ne lui tournent le dos. Le même procédé aurait été mis en place auprès des principaux fabricants de téléphones afin qu'ils refusent de préinstaller d'autres boutiques d'applications sur leurs appareils.

À en croire les documents avancés par la plainte, ces pratiques s'inscrivent dans le cadre d'un programme que Google appelle le "Premier Device Program". Lancés en 2019, plus de 200 millions de nouveaux appareils auraient été concernés, d'après une présentation Google destinée à un usage interne. Ce type de pressions n'est pas nouveau, Google interdisant l'accès à ses services (Gmail, YouTube, Search, etc.) si les fabricants ne font pas ce qu'il souhaite.

Les bénéficiaires de ces contrats seraient entre autres LG et Motorola, qui auraient convenu de recevoir 12% des revenus de recherche de leurs clients, et jusqu'à 6% de l'argent dépensé sur le Play Store, en échange de l'interdiction des préinstallations d'applications que désirait Google. Oppo, Vivo, HMD Global (Nokia), Sony, Sharp, Xiaomi et une autre marque non citée auraient également participé au programme, garantissant à Google et son store le monopole contre des compensations financières.

éliminer le "risque de contagion" et le risque de perte financière
Dans cette même présentation, les cadres du Play Store auraient indiqué que les contrats proposés à travers ce programme ont permis d'éliminer le "risque de contagion" de l'attitude d'Epic Games à d'autres "développeurs d'applications". Selon les documents, Google était inquiet qu'inspirés par l'exemple d'Epic, des "développeurs sérieux" tels que "Blizzard, Valve, Sony, Nintendo" ne soient tentés de contourner le Play Store en distribuant directement leurs applications. Des craintes étendues ensuite à d'autres "grands développeurs", dont Electronic Arts, King, Supercell et Ubisoft, qui pourraient choisir de "s'affranchir du Play Store".

Cette hypothèse a été prise très au sérieux en interne puisque Google aurait même évalué la perte financière à 3,6 milliards de dollars si un tel scénario était amené à se concrétiser. D'après la plainte déposée par Epic, Google aurait également envisagé l'idée de prendre le contrôle du développeur. Les options considérées étaient "soit de racheter les actions d'Epic détenues par Tencent", environ 40%, et "avoir plus de contrôle sur Epic", soit de "s'associer à Tencent pour acheter 100% d'Epic".

En amont, Google aurait essayé de convaincre Epic d'accepter l'un de ces accords, indiquant qu'en cas de refus, il faudrait compter plus de 15 étapes avant que les joueurs ne puissent télécharger l'application sur les smartphones équipés d'Android. Une stratégie qui souligne l'hypocrisie du marketing d'Android, présenté comme un système d'exploitation libre et ouvert.

Si la procédure judiciaire suit encore son cours aux Etats-Unis ainsi qu'en Europe et en Australie, ces nouvelles révélations placent le géant sous une mauvaise lumière. Récemment, ce sont 36 Etats américains qui ont lancé une action judiciaire à l'encontre de Google, visant les pratiques jugées monopolistiques de son Play Store. Les 36 procureurs généraux ont indiqué que Google aurait utilisé exactement les mêmes accords secrets afin "d'écraser de manière préventive" le Galaxy Store de Samsung et éviter qu'il ne devienne un concurrent direct.

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