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[Test] Lenovo Mirage Solo : le premier casque de réalité virtuelle Daydream est-il à la hauteur des espérances ?

mis à jour le 14 novembre 2018 à 17H00
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Le Mirage Solo est le premier casque de réalité virtuelle autonome de Lenovo, et le seul à utiliser la plate-forme Google Daydream pour le moment. Destiné au marché grand public, il est en concurrence avec l'Oculus Go, malgré un écart de prix significatif. Applications, performances, ergonomie, finition... Les caractéristiques du Mirage Solo justifient-elles cette tarification premium ? Réponse dans notre test détaillé.

Lenovo Mirage Solo : le premier casque de réalité virtuelle Daydream est-il à la hauteur des espérances ?
[Test] Lenovo Mirage Solo : le premier casque de réalité virtuelle Daydream est-il à la hauteur des espérances ? © Julien Bergounhoux

L'année 2018 a vu les premiers casques de réalité virtuelle autonomes ou "tout-en-un" sortir sur le marché. Ces derniers fonctionnent sans ordinateur ni smartphone car ils intègrent directement tous les composants requis. Oculus a été le premier à se lancer en mai 2018 avec son casque Go, vendu au prix record de 219 euros. Lenovo a suivi avec le Mirage Solo, sorti en juillet sur le marché français à 399 euros. Conçu en partenariat avec Google et basé sur la plate-forme Daydream de ce dernier, il se place directement en concurrence avec l'Oculus Go, et ce test s'appliquera donc à comparer les deux appareils.

 

Une bonne qualité d'affichage

Le Mirage Solo est équipé d’un écran LCD "fast-switch" qui lui permet d’atteindre une fréquence de rafraîchissement de 75 Hz. Sa résolution est de 2560 x 1440 pixels répartie sur les deux yeux (en conséquence il n’y a pas de réglage de l’écart pupillaire). Il utilise des lentilles de Fresnel qui lui confère un champ de vision diagonal d’environ 110°. L’affichage est fin, même si l’effet "grille de pixels" reste présent. La qualité perçue de l’affichage (foncièrement subjective) est à peu près équivalente à celle du Go à nos yeux. La zone de confort ("sweet spot") des lentilles, dans laquelle l’image est la plus nette, est correcte et ne pose pas de problème, le casque tenant bien en place.

 

64 Go de stockage extensible par carte microSD

Sa puissance de calcul est assurée par une puce Qualcomm Snapdragon 835, supplémentée par 4 Go de RAM. Sa capacité de stockage interne est de 64 Go, un bon point face à l’Oculus Go qui ne propose que 32 Go par défaut (il faut rajouter 50 euros pour avoir plus). Le Mirage Solo dispose par ailleurs d’un port pour carte microSD qui permet d’ajouter jusqu’à 256 Go de stockage amovible. On trouve sur le casque un bouton pour allumer et éteindre le casque, deux boutons pour le volume sonore un port USB C qui sert à recharger l’appareil.

 

3 heures d'autonomie de batterie

Le Mirage Solo est équipé d’une batterie de 4000 mAh. Lenovo estime l’autonomie moyenne de la batterie à 2h30. Lors de nos tests le Mirage Solo a systématiquement dépassé les 3 heures d’autonomie avec un usage mixte : jeux, visionnage de vidéos, navigation dans les menus. Pour du visionnage vidéo pur, l’appareil passe de 100% à 32% après 2h30 de Netflix. Quant à la recharge, elle se fait au rythme approximatif d’un pourcent par minute avec le chargeur d’origine branché sur secteur. En partant de 0%, 30 minutes de charge amènent la batterie à 31%, 60 minutes de charge l’amènent à 60%, 90 minutes la portent à 87%. Les 10 derniers pourcents sont les plus difficiles à récupérer : il faut 140 minutes pour retrouver 100%.

 

Bonne ergonomie

L’ergonomie du casque est plutôt bonne mais pas parfaite. Le système d’attache – fortement inspiré de celui du PlayStation VR – enserre la tête, ce qui permet d’éviter que le casque n’appuie sur le visage. Une sage décision car avec un poids de 645 grammes il n’est pas tout à fait léger (l’Oculus Go fait 467 g en comparaison). La mousse en contact avec le visage fait son travail et n’est pas désagréable, cependant la fente pour le nez est un peu étroite. Suivant les morphologies et le réglage, le casque peut finir par appuyer légèrement sur le nez, suffisamment pour laisser une marque rouge au bout de 10 minutes. Même chose sur le front si le casque est serré trop fermement. Une fois trouvé le bon réglage, nous n'avons pas eu de problème à le porter plus d'une heure d'affilée.

 

 

Le casque est mieux maintenu qu’avec le système d’attache souple de l’Oculus Go, mais le résultat n’est pas parfait. On notera également que la molette à l’arrière forme une bosse qui empêche de pouvoir confortablement appuyer la tête sur le dossier d’un siège ou même sur un coussin. Attention également au capteur de présence, moins fiable que sur le Go. Si on ne fait pas attention à bien étendre complètement le casque, il risque de rester allumé et de rapidement se décharger.

 

Pas d'enceintes intégrées

Le Mirage Solo est livré avec une paire d’écouteurs blancs car il ne dispose pas d’enceintes intégrées, contrairement à l'Oculus Go. Sans écouteurs, pas de son ! Cela nous a manqué après avoir été habitué aux casques intégrant directement le son. Chaque geste supplémentaire pour démarrer l'expérience est autant de freins à son utilisation fréquente, et c'est justement ce qui différencie en théorie les casques autonomes des accessoires pour smartphones comme le Gear VR ou le Daydream View. Les écouteurs fournis sont d’une qualité satisfaisante mais évidemment pas exceptionnelle.

 

 

peu pratique à Transporter

Le concept derrière les casques autonomes est qu’ils sont faits pour être transportés. Le Mirage Solo ne brille pas de ce point de vue, son système d’attache étant plutôt volumineux. L’appareil mesure 20,40 cm x 26,95 cm x 17,98 cm. Il pourrait être risqué de le transporter dans un sac sans l’endommager, et il prend surtout une place disproportionnée… L’Oculus Go, de par son système d’attache souple, est beaucoup plus compact et facilement transportable.

 

Un Contrôleur Daydream assez basique

Le contrôleur est le même que celui du Daydream View. Il dispose d’un pavé tactile cliquable, d’un bouton menu et d’un bouton retour, ainsi que de deux boutons de contrôle du volume sonore sur la tranche (redondant avec ceux présents sur le casque). Il est également équipé d’une centrale à inertie (un composant qui regroupe les fonctions de gyroscope, accéléromètre et magnétomètre), ce qui lui permet de servir à viser dans le monde virtuel à la manière d’un "pointeur laser". Il ne peut en revanche pas être déplacé dans l'espace.

 

 

Le contrôleur est un peu moins agréable à prendre en main que celui de l’Oculus Go car il est plat et ne possède pas de gâchette, une omission surprenante. Il est équipé d’une batterie lithium ion qui se recharge par USB C, comme le casque. Une solution plus économe que pour l’Oculus Go, dont le contrôleur requiert une pile AA.

 

WorldSense : un gros potentiel, mais sous-utilisé

Le Mirage Solo se différencie du Go par sa capacité à reconnaître son environnement et à permettre à l’utilisateur de s'y déplacer physiquement. Google appelle ce système "WorldSense". C’est une fonctionnalité majeure en théorie, typiquement appelée "room scale", mais elle est ici sévèrement limitée. D’abord parce qu’elle ne fonctionne que dans un rayon d’1,5 m environ (ce après quoi l’écran se voile et l’appareil demande à l’utilisateur de revenir à sa position de départ), mais surtout parce que le contrôleur du Mirage Solo ne dispose pas des mêmes fonctionnalités que le casque lui-même. Il est limité à une détection des rotations, comme celui de l’Oculus Go. On parle dans ce cas d'une gestion des déplacements sur trois axes (3 degrees of freedom, ou "3DoF"), contre les déplacements sur six axes ("6DoF") qui caractérisent les expériences de réalité virtuelle plus abouties que l'on trouve sur PC.

 

Ainsi, bien qu’il soit possible de débloquer le bridage du casque en matière de déplacement dans les options, il est difficile d’y voir une "killer feature". Il faut rajouter à cela le fait que la majorité des expériences Daydream ne sont pas adaptées à cette fonctionnalité (car elles n’ont pas été créées pour), et que celles qui le sont en font généralement un usage limité. Résultat : l’expérience utilisateur est résolument "mobile" et 3DoF, avec certes un confort supplémentaire, mais on reste très loin de la VR sur ordinateur. Il convient par ailleurs de signaler que nous avons rencontrés des problèmes récurrents de perte de tracking de la part de WorldSense lors de nos tests, de même que plusieurs plantages dont un qui a nécessité un redémarrage du casque.

 

Un choix raisonnable d'applications de qualité, dont plusieurs sont exclusives

L’app store Daydream comporte plus de 300 applications, mais toutes ne sont pas d’un grand intérêt. Ce n’est pas une réelle surprise, c’est le cas de la plupart des boutiques d’applications, toutes plates-formes confondues. On y trouve cependant de très bons titres comme Darknet, Wands, Drift ou Rez Infinite.

 

 

Google avait fait l’effort de financer plusieurs exclusivités lors de la sortie du Daydream store, parmi lesquelles des titres de qualité comme Virtual Virtual Reality, Eclipse: Edge of Light, Gunjack 2: End of Shift, Underworld Overlord ou encore Along Together. Ces jeux représentent le haut du panier de la VR mobile 3DoF. On notera qu’ils sont toujours indiqués comme étant des exclusivités, même s’ils sont désormais disponibles sur d’autres plates-formes et notamment l’Oculus Go.

 

D’autres jeux sont restés des exclusivités, comme The Hunter's Gate, Blade Runner: Revelations, Need for Speed: No Limits VR, So Let Us Melt, Lola and the Giant, Dead Target VR, Flutter VR, The Other Room, Battle Planet, Hungry Shark VR, Recall, Access Code, Danger Goat. A noter que tous ces titres sont payants, avec des tarifs allant de 3,5 à 17 euros. Le prix moyen est dans les 8 euros. Cette liste peut sembler longue à première vue, mais ces expériences n’occupent qu’une poignée d’heures en moyenne et c’est donc la question du renouvèlement du contenu qui se pose surtout.

 

Pas de transfert vidéo par câble depuis un PC

Pour le visionnage vidéo, on trouve Netflix, Within, Arte 360 et bien sûr l’excellent YouTube VR, ainsi que NextVR pour regarder des concerts ou représentations sportives immersives. YouTube VR est désormais disponible sur la plate-forme Oculus, mais le Mirage Solo reste le seul casque autonome à disposer de Google Street View (en version immersive), de Google Expeditions et des superbes productions de Google Spotlight Stories (le studio d'animation interne de Google).

 

A noter que si on trouve dans le store le très utile Skybox VR pour lire ses propres fichiers vidéo, nous n’avons pas pu utiliser le câble USB pour transférer des fichiers sur le casque depuis un PC (chose possible sur l’Oculus Go). Seule l’option de recharge (ou l’utilisation en mode MIDI) est disponible. Une omission plus qu’agaçante.

 

 

Les fonctionnalités sociales manquent à l'appel

La boutique est organisée en catégories : expériences compatibles WorldSense, exclusivités Daydream, jeux d’action, applications… On regrette l’absence d’une catégorie "applications gratuites", ou celle d’une fonction de recherche directement dans la boutique, alors qu’elle existe sur la page d’accueil.

 

On déplore aussi l’absence de fonctions sociales dans Daydream. Pas de liste d’amis, pas de fonctionnalité de chat ni de jeu en réseau. Il faut pour cela passer directement par les applications… du moins celles qui incluent ces fonctionnalités. Google a par contre intégré une fonction de partage d’écran (basée sur la technologie Chromecast) qui permet de montrer ce que l’on voit à son entourage via une TV ou un smartphone. Très appréciable.

 

Une expérience web assez pauvre

Le navigateur web Chrome est désormais disponible (il ne l’était pas au lancement), mais son intérêt est relativement limité. Il permet de visualiser une page web dans une petite fenêtre, avec des performances assez médiocres (ralentissements sur la page d’accueil d’Amazon.com), et surtout ne gère pas WebVR. L’expérience Hello World d’A-Frame apparaît dans la fenêtre du navigateur, mais c’est tout. L’option "casque" de la page ne fonctionne pas.

 

Les autres exemples A-Frame n’ont pas fonctionné lors de notre test. La page d’accueil de Sketchfab.com a chargé, mais impossible de naviguer sur le site. L’expérience n’a donc que peu d’intérêt, et on recommandera plutôt d'utiliser Firefox Reality que Chrome. A titre de comparaison, le navigateur web de l’Oculus Go gère correctement ces pages (même s’il ne peut pas charger les plus complexes, comme A-Painter).

 

Une synergie limitée avec la Mirage camera

Lenovo présente le Mirage Solo en duo avec la Mirage Camera, vendue séparément pour 299 euros. Elle permet de prendre des photos et vidéos immersives au format VR180 de Google. L’idée a du mérite : la Mirage Camera est pratiquement la seule dans sa catégorie sur le marché français et son prix, même s’il reste conséquent, est parmi les moins élevés pour ce type de produits. On regrette donc que la visualisation des photos ou vidéos prises avec la Mirage Camera ne soit pas plus simple sur le Mirage Solo.

 

Il faut télécharger les photos de la caméra vers un smartphone à l’aide d’une application dédiée, puis les envoyer dans l’application cloud Google Photos, et ensuite utiliser l’applications Google Photos du Mirage Solo pour les consulter. On aurait préféré pouvoir connecter directement la caméra au casque sans toutes ces étapes intermédiaires. La Mirage Camera fera l’objet d’un article à part qui sera publié sous peu.

 

conclusion

Le Mirage Solo est un appareil de bonne facture, bien conçu et agréable à utiliser. Mais la question pour un acheteur est de savoir s'il faut le préférer aux autres casques du marché. Et ce n'est aujourd'hui pas ce que nous conseillons. Là où le bât blesse réellement, c’est au niveau du prix. Le Mirage Solo est vendu 399 euros, tandis que l’Oculus Go est disponible à partir de 219 euros. Le Go possède de nombreux avantages par rapport au Mirage Solo, tant du point de vue des applications disponibles que de la qualité générale de l’expérience, ce qui en ferait un concurrent redoutable même si les deux casques étaient vendus au même prix.

 

Mais pour un coût presque deux fois supérieur à celui du Go, il n'est pas possible de recommander le Mirage Solo à l'heure actuelle. Sa fonctionnalité différenciante, le fait de pouvoir bouger la tête sur six axes, est trop limitée en l’état et n’apporte que peu de choses à l’expérience car les applications n’en tirent pas vraiment parti. Pour ceux qui ne jurent que par le "6DoF", on recommandera plutôt d’attendre quelques mois pour la sortie de l’Oculus Quest.

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