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"The Apprentice montre qu'à un poste donné, il y a une pluralité de candidats possibles", explique Bruno Bonnell

Entretien A partir de mercredi 9 septembre, M6 propose la version française d'une émission américaine The Apprentice. C'est Bruno Bonnell, le dirigeant d'Awabot, qui a accepté d'être le recruteur d'un directeur du développement commercial. 14 candidats vont devoir passer une succession d'épreuves pour décrocher le poste. Bruno Bonnell a accepté de répondre à nos questions. Il revendique de faire de la télé-réalité, mais entend en profiter pour faire passer un message positif sur la nécessité d'ouvrir le recrutement à des profils diversifiés. 
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The Apprentice montre qu'à un poste donné, il y a une pluralité de candidats possibles, explique Bruno Bonnell
"The Apprentice montre qu'à un poste donné, il y a une pluralité de candidats possibles", explique Bruno Bonnell

L’usine Digitale - Pourquoi avez-vous accepté de participer à la version française de The Apprentice ?

Bruno Bonnell - Trois raisons m’ont incité. L’idée de la transmission d’abord. J’ai trente ans d’expérience et je pensais pouvoir profiter de ce programme pour faire passer des messages. Cela m’a semblé aussi être un excellent moyen de faire sortir l’entreprise des émissions confidentielles où elle est trop souvent cantonnée, de montrer sa réalité au-delà des caricatures et des polémiques. C’était enfin une occasion rare de mettre en pratique la philosophie à laquelle je crois depuis longtemps : pour un poste donné, il y a une pluralité de candidats possibles, qui peuvent nous surprendre.

 

Le programme repose sur des épreuves où les candidats sont mis en situation. Pensez-vous que cela compte autant, voire plus, que les diplômes et les expériences alignés sur un CV ?

Un des points que j’ai apprécié dans l’émission c’est la diversité de profils des candidats. Pour rejoindre une entreprise technologique, il y a des candidats qui viennent de la restauration, de la cosmétique…Tous se sont révélés surprenants, se sont dépassés.

Je peux vous dire que je suis surpris par le dernier carré qui est véritablement atypique par rapport à ce que nous aurions obtenu avec un recrutement sur CV. On finit par trop calibrer les emplois, par procéder à des embauches avec une feuille de mission trop serrée. Résultat : on entend toute la journée "je ne trouve pas le bon candidat" alors que le chômage atteint des niveaux très élevés. Nous cherchons trop aux mêmes endroits, les mines, les filons sont épuisés.

 

Votre participation à l’émission va changer les modes de recrutement de votre entreprise ?

Oui. Ce qui était jusqu’ici quelque chose d’informel, que certains pouvaient considérer comme un caprice de ma part va devenir une règle. A chaque recrutement, je vais demander à chaque fois trois candidats avec un profil différent. Et j’encourage les DRH et les cabinets de recrutement à se bousculer pour aller chercher les aiguilles dans les bottes de foin.

 

Considérez-vous que les entreprises françaises sont plus frileuses en matière de recrutement atypique que, par exemple, les entreprises américaines, plus ouvertes sur le droit à l’échec, moins attachées aux diplômes ?

J’ai dirigé pendant cinq ans une entreprise américaine et je peux vous dire qu’aux Etats-Unis le poids du diplôme est pire qu’en France. On peut s’y séparer d’un très bon comptable parce que le chiffre d’affaires atteint 100 millions de dollars et que le gars a fait une formation pour les boites de moins de 100 millions.

En France, on ne doit pas avoir de complexe sur ce point. On aide les collaborateurs à grandir. Mais il faudrait aller plus loin, avoir davantage d’audace pour recruter des gens différents, quelle que soit l’origine de cette différence, l’âge, l’origine, le sexe, le handicap... Il faut aller chercher en dehors des sentiers battus. Les postulants qui se réinventeront dans votre entreprise ont toutes les chances d’être les meilleurs pour le poste.

Trop souvent, on se rassure en prenant un candidat qui a déjà fait la même chose dans le même type d’entreprise. Pour relever le défi de la compétitivité, il faut arrêter de cloner et oser la différence.

 

Avant de dire oui, j’imagine que vous avez mis des conditions, eu des exigences. Quelles étaient-elles ?

Il était essentiel pour moi que ce soit un vrai recrutement dans mon entreprise, qu’on ne joue pas une comédie. Ensuite, je voulais qu’on reflète bien l’entreprise à la française. Dans la version américaine, il y a cette phrase "you’re fired" que je n’aurais jamais dite et que je n’ai jamais entendue dite par aucun chef d’entreprise. Je voulais qu’on mette les formes, que les candidats ne soient à aucun moment humiliés.

 

Revenons aux candidats. Rétrospectivement, aviez-vous repéré le gagnant dès le début avec votre expérience ? Ou la surprise a-t-elle vraiment été totale ?

Quand j’ai rencontré les quatorze candidats au début, je me suis donné pour règle de ne pas avoir d’a priori. Je n’en ai donc repéré aucun. Toutefois, au fil du jeu, certaines personnalités m’ont attiré. Parfois, elles se sont révélées intéressantes. D’autres non.

Cette émission est une véritable compétition olympique, où il faut tenir la distance. Les épreuves sont de plus en plus difficiles. On commence par vendre du poisson dans un des premiers épisodes. A la fin, ils ont dû monter une campagne de publicité dans un temps extrêmement réduit. Il faut de sacrées qualités d’organisation.

 

Plus que les savoir-faire, ce sont donc les savoir-être qui font la différence ?

Pour certains postes très techniques, il faut maîtriser certaines connaissances. Mais pour un poste de manager, je crois que l’on a surtout besoin d’une véritable expertise humaine.

 

A vous écouter, on a l’impression que vous avez beaucoup appris en faisant cette émission ?

Oui. je suis venu pour transmettre mais les candidats m’ont beaucoup appris et je suis vraiment ravi de l’avoir fait. C’est passionnant d’avoir pu observer des candidats aussi différents mettre en œuvre des solutions originales dans les différents cas pratiques qu’ils ont dû résoudre.

Cela a été pour moi un véritable bol d’air de bon moral. Il y a en France des jeunes et des moins jeunes emplis d’enthousiasme qui ont envie de faire.

En cela c’est une vraie émission de télé réalité que je suis fier de porter : on y montre la vraie réalité de notre environnement, loin de tous les clichés.

 

Aux Etats-Unis, Donald Trump a rempli votre rôle. Allez-vous un jour être candidat à la présidence de la République ?

Si on m’avait proposé d’être Donald Trump, j’aurais dit non. Il se caricature trop dans le programme. J’ai essayé au contraire d’être moi-même, je suis à la fois sévère et juste. La télévision est une loupe, alors elle peut exagérer certains traits.

Pour revenir à votre question, j’ai une conviction, le monde politique et le monde économique sont deux mondes différents. Dans le monde économique, il faut développer l’innovation, la créativité. Le monde politique a pour mission de créer et de gérer l’écosystème où l’économie se développera au mieux. Un entrepreneur qui veut faire de la politique est naïf s’il croît qu’un pays peut se gérer comme une entreprise.

 

La bande annonce de l'émission peut être vue ici

Sur Facebook : TheApprenticeQuiDécrocheraLeJob

Sur Twitter : @m6 #TheApprenticeM6

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