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Transformation numérique : "Il n'y a pas assez de 'smart boss' en France", juge Olivier Mathiot

Le président du jury des premiers Trophées des industries numériques s'est montré captivé par le panel de dossiers qu'il a eu à juger. Olivier Mathiot, président de PriceMinister depuis avril 2014, en tire une conclusion : la France doit s'inspirer de ces exemples, et accélérer la transformation digitale des entreprises... et des hommes.
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Transformation numérique : Il n'y a pas assez de 'smart boss' en France, juge Olivier Mathiot
Transformation numérique : "Il n'y a pas assez de 'smart boss' en France", juge Olivier Mathiot © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

L'Usine Digitale - Comment avez-vous abordé votre rôle de président du jury ? Que retenez-vous du panel d'entreprises sélectionné ?

Olivier Mathiot - C'est une très bonne idée d'accompagner la transformation digitale des entreprises en France à travers ces Trophées. Il y a une forme d'inertie dans notre pays sur ce sujet, avec du retard à rattraper. J'ai trouvé l'exercice passionnant. Je l'ai abordé avec humilité, d'autant plus que je viens de l'univers des start-up, d'un pure-player, donc je ne suis pas un spécialiste des enjeux du digital dans le monde industriel.

J'ai été impressionné par la qualité de l'innovation. Ça m'a donné envie de voir dans quelle mesure on peut rapprocher les start-up que l'on accompagne avec France Digitale [association d'évangélisation sur le numérique dont il est président, ndlr] de cet univers de l'industrie, pour arriver à les faire collaborer.

Pourquoi ces deux mondes ont encore du mal à communiquer ?

C'est vrai qu'ils ne se parlent pas énormément. On n'a pas encore bâti assez de ponts. Les grands groupes qui veulent innover considèrent qu'ils ont le savoir-faire, les équipes de développement, en interne. C'est dommage, car souvent ils ne se rendent pas compte qu'ils manquent d'agilité, ne serait-ce que par l'inertie liée à leur taille.

Les PME sont dans une relation différente à l'innovation : lorsqu'elles lancent un projet, ça impacte pratiquement 100%  de leur ADN. On l'a vu chez Salm et Renz, des projets pour lesquels on a eu des coups de cœur. Leurs approches ressemblent beaucoup plus à celle de start-up : quand le digital intervient, il est tout de suite plus central, car il en va vraiment de la survie de l'entreprise. L'organigramme réduit permet de prendre des décisions rapides et courageuses et de bousculer les organisations. Le patron de PME est, de par la taille de l'entreprise et l'enjeu du digital, obligé de s'y intéresser directement. Il n'y a pas de délégation, de N-10  à l'intérieur d'une sous-division qui va s'en occuper, ce n'est pas anecdotique.

C'est quoi pour vous un dirigeant digital, un "smart boss" ?

Dans l'approche des Trophées, c'est quelqu'un qui a réussi, à partir d'un métier traditionnel, qui existait avant le numérique et à travers une vision à long terme, à imprimer un changement radical dans son entreprise. Souvent en combinant plusieurs dimensions du numérique : l'organisation RH, la commercialisation, la production... Le smart boss incarne lui-même la transformation numérique, cela procède d'une conviction profonde qu'il a impulsée et qu'il accompagne.

Y'a-t-il assez de smart boss en France ?

Non ! Quand on regarde les patrons de CAC 40 présents sur les réseaux sociaux, on voit qu'il y en a encore trop peu. On essaie d'agir au sein de France Digitale, ou avec le Medef, Croissance Plus ou d'autres organisations, pour ne pas seulement digitaliser les entreprises et les organisations, mais aussi les personnes. Il faut absolument que les esprit soient numérisés.

En France, on a plutôt une culture colbertiste du grand groupe. Du coup on a de très grands champions dont on est très fiers, certains ont d'ailleurs été récompensés lors des Trophées. Mais la réalité, c'est que les grands groupes du mal à se transformer. Or, même un grand groupe digital peut être menacé : les géants du e-commerce par exemple, s'il ne se transforment pas assez vite vers le m-commerce (pour prendre un seul exemple), seront menacés par de nouveaux arrivants plus agiles. Chaque nouvelle technologie bouscule les géants. Avec le numérique, le processus est accéléré : on peut devenir un géant beaucoup plus vite mais se retrouver à terre tout aussi rapidement. Il faut veiller à ne pas rester figé dans des postures : des conseils d'administration old school qui se cooptent entre eux, des grands patrons qui raisonnent à trop court terme.

Les exemples évoqués lors de ces Trophées, mais aussi la démarche French Tech, vous rendent-ils optimiste ?

Très optimiste ! Mais je trouve que ça ne va pas assez vite ! Si on ne change pas l'image de la France et qu'on ne montre pas que nos PME vont plus vite grâce au numérique, on aura un problème pour attirer les capitaux et les investissements. Le numérique doit permettre d'accélérer notre développement international : avec nos savoir-faire, on peut re-battre les cartes et ré-inventer la plupart des métiers.

Propos recueillis par Sylvain Arnulf

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