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Transhumanisme et humanisme : Un statut pour les "êtres culturels numériques" ?

Série d'été "Le transhumanisme est-il un humanisme ?" L’Usine Digitale profite de la coupure des vacances pour prendre un peu de hauteur par rapport au sujet de l’Humain augmenté puis, qui sait, dépassé par la technologie. Dans ce troisième épisode, Milad Doueihi, historien des religions titulaires de la chaire d’humanisme numérique à l’université Paris Sorbonne explique, entre autres, comment la science-fiction et le droit ont mieux préparé les anglo-saxons au transhumanisme. Il participait le 11 juin à la conférence de Futur en Seine qui a donné le titre à notre série.    
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Transhumanisme et humanisme : Un statut pour les êtres culturels numériques ?
Transhumanisme et humanisme : Un statut pour les "êtres culturels numériques" ? © Discovery Communications.

Milad Doueihi est historien des religions et titulaire de la bien nommée chaire d’humanisme numérique à l'université de Paris-Sorbonne (Paris-IV). Il se décrit comme "numéricien par accident". En préambule de sa présentation à Futur en Seine, il a tenu à distinguer post-humanisme et transhumanisme. Les deux conduisant à des traditions extrêmement divergentes qu’on a parfois confondues.

 

ne pas confondre avec posthumanisme

 

"Le posthumanisme concerne tout ce qui est de l’ordre de l’information dans son rapport avec la mutation de l'humain", a-t-il détaillé. Le transhumanisme, lui, peut être abrité sous une définition largement acceptée : l’ensemble des technologies et sciences qui peuvent modifier d’une façon ou d’une autre le corps et l’esprit humains.

 

Dans le cadre de la conférence, Milad Douehi a souhaité porter un regard qui ne soit pas seulement européen sur le sujet. Selon lui, l’angoisse plutôt européenne face au transhumanisme trouve sa source dans la tradition philosophique du Vieux-Continent. Alors que les traditions anglo-saxonnes (y compris en Grande-Bretagne) de la science-fiction, mais aussi du droit donneraient une tout autre approche. "Un des enjeux passionnants, essentiels, pertinents du discours transhumaniste, c’est celui du statut émergent des êtres culturels, qui ne sont pas exclusivement de l’ordre du vivant conventionnel, de l’humain ou de l’animal," a ainsi précisé l’historien sur l’aspect juridique.


Un statut pour les "êtres culturels du numérique"

 

Tout commence selon lui, avec la Common Law née d’un procès historique de 1772 entre un maître et son esclave. Le juge ayant statué que, contrairement aux assertions du maître, l’esclave ne lui appartenait pas, qu’il ne pouvait pas en faire ce qu’il voulait jusqu’à le détruire, le tuer.

 

L’historien prolonge la réflexion sur de possibles êtres transhumanistes, qui pourraient eux-aussi bénéficier d’un statut les protégeant. Il précise que l’organisation Non Human Rights project, qui travaille déjà sur le statut des animaux et des végétaux, va aussi s’intéresser à ces "êtres culturels du numérique". Et tenter de trouver une solution pour leur garantir une certaine autonomie et surtout une reconnaissance juridique. Une démarche anglo-saxonne basée sur une absence de craintes…


"C’est une des questions les plus intéressantes posées par le transhumanisme", estime Milad Douehi. Elle se décompose en deux parties : quelle sorte d'autonomie associer au corps augmenté, modifié. Et comment réguler ce statut à la fois dans l’ordre social et dans la dimension juridique et législative ? Qu’il s’agisse d’un être augmenté, modifié, transformé, ou d’un être nouveau qui émerge, c’est une question difficile qui suscite des questionnements éthiques, juridiques, philosophiques et techniques.


A partir de la montre, on a porté la technique sur notre corps


L’historien cite "Darwin among the machines" ouvrage écrit au 19e siècle par Samuel Butler. Le texte conteste la théorie de l’évolution mais dit, selon le conférencier "une chose remarquable". En substance, depuis qu'on a inventé l’horloge, notre vie a été transformée en quelque chose qui est de l’ordre du social et du technique. Mais le plus important n’est pas forcément la mesure de la temporalité du vivant apportée par cette invention mais le passage, ensuite, vers de la miniaturisation.

 

"Un jour, en passant de l’horloge à la montre, on s’est mis à porter cette technique sur notre propre corps". Un premier lien direct entre l’homme et la machine. Si l’historien ne les a pas évoquées, on ne peut bien sûr s’empêcher de songer aux montres connectées et autres bracelets, compteurs de pas.


"Le plus intéressant, c’est que l’on est face à deux modèles, a estimé l’historien pour conclure. Un modèle qui donnera une vision de l’humanité distribuée selon les modèles de réseau que l’on connaît aujourd’hui. Un autre, qui est un certain individualisme exagéré. Et les deux ne convergent pas du tout."

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