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Transport, e-commerce, distribution : ce que le camion autonome pourrait changer

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Analyse Tesla s'apprête à dévoiler un nouveau modèle de camion autonome et électrique. Au-delà des routiers, ce sont tous les secteurs de la distribution, des transporteurs et de la logistique qui pourraient être concernés.

Transport, e-commerce, distribution : ce que le camion autonome pourrait changer
Transport, e-commerce, distribution : ce que le camion autonome pourrait changer © Capture d'écran YouTube

Tesla, le célèbre constructeur de véhicules autonomes, doit révéler ce jeudi 16 novembre 2017 un modèle de camion électrique avec des capacités de conduite autonome. Plus simples à développer et à commercialiser, les poids-lourds autonomes pourraient s’imposer avant les modèles de voitures individuelles ou partagées. Un secteur plus obscur pour le grand public implique de nombreux bouleversements pour l’économie.

 

Les camions autonomes pourraient voler la vedette aux voitures

Les tests de véhicule autonomes se multiplient dans les grandes villes mais, le plus souvent, dans des environnements très contrôlés et aseptisés. C’est l’un des principaux problèmes des constructeurs : faire appréhender à l’intelligence artificielle la multitude de scénarios pouvant se dérouler dans un environnement urbain. Cette problématique est moindre sur les autoroutes. Il n’y a ni piétons, ni cyclistes. Pas de carrefours et beaucoup moins de véhicules à qui céder le passage (police, pompiers, secours…). Un camion autonome doit juste réguler sa vitesse, rester dans sa file, respecter les distances de sécurité et éventuellement réaliser des dépassements.

 

Le développement de poids-lourds 100 % autonomes pourrait aussi s’imposer comme une nécessité économique. En France, selon l'Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France, le transport routier pèse 87 % dans le transport des marchandises. Aux Etats-Unis, 70 % des marchandises intérieures sont transportées par les poids-lourds. Or, selon l’American Trucking Association, le métier manque actuellement de 50 000 chauffeurs et ce chiffre pourrait atteindre 175 000 en 2024.

 

Une baisse des coûts considérable pour les transporteurs

Avec les véhicules et l’énergie, le coût humain est l’une des principales sources de dépenses pour les transporteurs. En France, un chauffeur ne peut pas conduire plus de 9 heures par jour et doit respecter des temps de repos à des endroits appropriés. Selon une étude publiée par PwC en octobre 2016, les camions autonomes permettraient de réduire les coûts des transporteurs de 5 % d’ici 2020 et de 30 % d’ici 2030 : "Soit une économie annuelle de plus de 30 000 € par poids-lourds traditionnels, grâce à la mise en circulation de camions 100% autonomes".

 

Des chiffres à relativiser dans la mesure où les chauffeurs ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Les routiers pourraient être amenés à assumer une mission de surveillance ou intervenir sur le dernier kilomètre. François Combes, directeur de laboratoire à l'Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux), soulève dans un article les problèmes posés par l’absence d’humain derrière le volant : "Comment assurer la relation avec les clients et vérifier que les livraisons soient bien effectuées ? Comment réaliser les tâches de maintenance quotidiennes (vérifier l’état du véhicule, le réapprovisionner, réaliser des petites réparations, arrimer la marchandise, etc.) ?" La disparition des routiers pourrait donc être compensée par l’apparition de nouveaux métiers, liés à la gestion de ce nouveau modèle de distribution.

 

La fin d’un débat sur l’énergie ?

Si les modèles de camions autonomes et électriques s’avèrent convaincants, tout un débat sur la motorisation du transport de marchandises pourrait tourner court. "Beaucoup de personnes pensent que les systèmes au gaz ou à l’hydrogène vont être plus efficients parce que ça permet d’embarquer plus d’énergie, de traverser des distances plus longues et d’avoir moins besoin de s’arrêter pour recharger", explique Laura Brimont, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales. "C’est vrai dans un système où le camion a besoin d’aller le plus vite possible d’un point A à un point B. Cette contrainte saute un peu avec l’autonomie puisque le camion va pouvoir prendre son temps, dépenser moins d’énergie et passer plus de temps à se recharger. L’autonomie favorise les solutions électriques pour le fret.”

 

Alors que les semi-remorques doivent aujourd’hui circuler le plus vite possible, l’émergence de camions autonomes ouvre de nouvelles possibilités pour d’autres rythmes de travail comme le note la chercheuse : "S’il n’y a plus de chauffeurs, les opérateurs de fret vont pouvoir se permettre de rallonger la durée du transport. Cela va devenir plus rentable de faire un Paris-Marseille en 24 heures, avec un camion qui roule à 50 km/h et qui consomme donc moins d’énergie."

 

Vers une diversification des distributeurs et des acteurs du e-commerce

Au-delà de l’autonomie et de l’énergie électrique, les camions autonomes proposent des véhicules connectés, avec une information en temps réel sur la circulation et les délais grâce à une flotte de véhicules qui communiquent entre eux. A l’avenir, les retailers et les acteurs du e-commerce pourraient être amenés à étendre leurs activités pour contrôler toute la chaîne de distribution. L’étude de PwC parle d’une chaîne de valeur intégrée : "“Le camion sera bientôt intégré dans le système d’information logistique en temps réel connectant l’ensemble de la chaîne de valeur du transport de marchandises, du fournisseur de pièces aux entrepôts et distributeurs jusqu’au client final. Aussi, les retards dus à un accident ou à la densité du trafic pourront être pris en compte immédiatement par le destinataire de la livraison."

 

D’ores et déjà, des acteurs comme Amazon s’intéressent de plus en plus à maîtriser tous les paramètres de la livraison. La diversification des activités de Tesla est également un exemple éloquent comme le note Laura Brimont : "L’objectif de Tesla, c’est de participer à la transition écologique à travers l’électrification. Leur approche, c’est d’intervenir tout au long de la chaîne. A la fois du point de vue de la production de l’électricité, en développant des énergies renouvelables, du point de vue du développement des batterie et du recyclage de ces batteries."

 

 

L'uberisation des camions va se renforcer

“Les camions étant connectés avec le gestionnaire de flotte et le chargeur, ils pourront bientôt eux-mêmes déterminer leur taux de remplissage et le communiquer en temps réel”, fait remarquer l’étude PwC. Plusieurs start-up françaises, comme Chronotruck ou Cargomatic, ont déjà émergé pour “ubériser” les transports logistiques et rentabiliser au maximum l’espace des camions de livraison.

 

"Aujourd’hui, un véhicule est en moyenne utilisé 5 % de son temps et se trouve au parking les 95 % de temps restant", fait remarquer Olivier Le Cornec, directeur recherche et développement à Transdev. "Les acteurs essayent de vendre non pas un véhicule mais une application smartphone qui va permettre d’avoir un véhicule à la demande. Il y a une question de course à la vitesse. Je ne sais pas si ce sont les acteurs alternatifs (e-commerce, opérateurs de transport) ou les constructeurs qui vont tirer le véhicule autonome."

 

Cette logique pourrait aller plus loin du côté des voitures autonomes partagées. Laura Brimont évoque ainsi une hypothèse où des véhicules pourraient servir au transport de passagers le jour et au transport de marchandises la nuit : "L’autonomie va peut-être aussi permettre de mutualiser le transport passager et marchandise dans une perspective de logistique du dernier kilomètre. A Paris, les camions de livraison commencent à devenir un vrai problème pour la mairie, ça prend de la place et ils circulent aux heures de pointe."

 

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