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Très haut débit pour tous : Macron a-t-il tenu ses promesses ?

Analyse A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, retour sur l'une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron il y a cinq ans : la couverture du territoire en très haut débit et l'élimination des zones blanches. Verdict.
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Très haut débit pour tous : Macron a-t-il tenu ses promesses ?
Très haut débit pour tous : Macron a-t-il tenu ses promesses ? © Campagne présidentielle d'Emmanuel Macron

"Lutter contre les inégalités d’accès au numérique" était l'objectif numéro un du volet numérique du programme du candidat Macron en 2017. L'ambition était de "couvrir en très haut débit l’ensemble du territoire d'ici la fin du quinquennat", "d'éliminer les zones sans réseau" (zones blanches), et de travailler à l'inclusion numérique en termes d'usages. Qu'en est-il cinq ans plus tard, à l'aube du prochain quinquennat ?

Couverture fixe : objectif atteint
Sur le plan de la couverture fixe, "ce quinquennat aura été celui du très haut débit", résume Philippe Le Grand, président d'Infranum, fédération regroupant 220 industriels de la filière des infrastructures numériques (opérateurs, équipementiers, fabricants de câbles…).

On peut dire que l'objectif du "très haut débit pour tous en 2022" – pris en réalité en 2012 lors du quinquennat précédent,  est atteint. "Il y a eu beaucoup d'arbitrages. L'accompagnement de l'Etat s'est vraiment matérialisé, notamment pendant la crise du Covid-19, ce qui nous a permis de ne prendre que deux mois de retard."

Précisons que ce "très haut débit" correspond à une connexion d'au moins 30 Mb/s, ce qui permet par exemple de télétravailler dans de bonnes conditions avec les outils actuels.

Les progrès rapides de la fibre
Le sous-objectif était d'atteindre 80% des raccordements en fibre (300 Mb/s à 8 Gb/s selon Ariase). Il sera dépassé. "Nous devrions terminer l'année autour de 89%. La France est le pays le mieux fibré d'Europe, et celui qui déploie le plus vite. Sur les infrastructures fixes, c'est une vraie réussite", nous indique Philippe Le Grand. "Selon nos estimations, en 2025 entre 300 000 et 2 millions de foyers ne seront pas encore raccordés en FTTH, soit moins de 2% des foyers. Il ne restera que des cas très particuliers, ce que l'on appelle les raccordements longs et complexes. C'est-à-dire des raccordements qui demandent beaucoup de travail, ou pour lesquels le génie civil n'existe pas ou bien est dégradé."

"Une partie du réseau pose difficulté sur le dernier kilomètre, sur la partie publique du réseau. On estime à 5% ce nombre de prises, soit environ 2 millions", expliquait lors d'un grand oral des candidats à la présidentielle organisé par Infranum l'un de ses vice-président, David El Fassy. Les financements manquent pour effectuer ces travaux. Parmi les autres problèmes : les installations, obligatoires dans les constructions neuves, qui ne respectent pas les cahiers des charges et doivent être démontées ; ou encore les syndics de copropriété qui mettent longtemps à donner l'autorisation de déployer la fibre, voire qui refusent.

La 4G fixe, alternative privilégiée
D'après les derniers chiffres du régulateur des télécoms, l'Arcep, 29,7 millions de locaux étaient éligibles aux offres FTTH au 31 décembre 2021, soit 23% de plus qu’il y a un an, et environ 70% des locaux.

Quand la fibre n'est pas disponible, la connexion est assurée par du câble coaxial (l'ancien réseau Numericable, qui fait monter le pourcentage de locaux éligibles à des services à très haut débit sur réseaux filaires à 33,1 millions), ou des technologies alternatives (radio, 4G fixe, ou satellite). Selon Infranum, la 4G fixe est l'alternative majoritaire (au mois deux tiers des raccordements).

S'il est réélu, le candidat Emmanuel Macron s'engage à généraliser la fibre d'ici 2025, et à entamer de nouvelles discussions au Parlement pour débloquer des budgets pour les raccordements complexes. Début février, le Premier ministre a par ailleurs doublé l'aide financière au raccordement en 4G ou 5G fixe, satellite ou radio, pour la passer à 300 euros.

Couverture mobile : net progrès, mais il reste des zones blanches
Sur le volet de la couverture mobile, les choses sont un peu plus compliquées, mais c'est là que le gouvernement a fait le plus d'efforts, en signant avec les opérateurs et l'Arcep en janvier 2018 le "New Deal Mobile". Par cet accord, l'Etat offrait aux opérateurs télécom de prolonger certaines licences radioélectriques au lieu de les remettre aux enchères, et les exonérait temporairement d'IFER (un impôt sur les antennes) sur une partie de leur réseau, renonçant à un montant estimé à 3 milliards d'euros.

En échange, les opérateurs s'engageaient à généraliser la 4G sur leur réseau d'ici fin 2020, et à réduire les zones blanches sur le territoire en priorisant pour la première fois la couverture des territoires plutôt que le pourcentage de population couverte, et en mettant en service 5000 nouveaux sites par opérateur dans des zones rurales identifiées par le gouvernement. Le tout pour un investissement estimé entre 3,2 et 5,6 milliards d'euros.

Résultat : au 31 mars 2021, 97% des pylônes étaient équipés en 4G, couvrant 99% de la population française y avait accès. L'Arcep indique que 85% du territoire est couvert en 4G par les 4 opérateurs, et que la qualité des connexions mobiles a connu "une nette amélioration" en 2021.

Le gouvernement bien aidé par les opérateurs
"Le New Deal Mobile s’est révélé une initiative à succès", juge l'Institut Montaigne dans son bilan du quinquennat Macron, soulignant toutefois que ce succès est "en partie à mettre au crédit du régulateur". La Cour des Comptes, qui a rendu un rapport sur le New Deal Mobile en juin 2021, estime de son côté que "le New Deal a contribué à des avancées substantielles de couverture du territoire sans répondre à toutes les attentes", grâce aussi aux "investissements en propre des opérateurs".

Elle ajoute que "la couverture des départements les moins bien desservis a fortement progressé", et que "les campagnes de mesures de l’Arcep attestent des progrès des débits moyens apportés aux clients 4G depuis trois ans", même si "de fortes disparités territoriales demeurent, en défaveur des zones rurales".

Il reste encore en France, malheureusement, des zones où le réseau mobile ne passe pas. Entre début 2018 et mi-2020, le taux de couverture par au moins un opérateur a crû de 89 à 96%, selon la Cour des Comptes, ce qui laisse 4% de zones blanches. La raison ? En général, la topographie des lieux. "Le cauchemar des opérateurs, ce sont les fonds de vallée avec beaucoup d'arbres, des reliefs accidentés non linéaires où les ondes traversent mal les feuillages", illustre Philippe Le Grand. Il y a aussi le problème de l'installation de nouvelles antennes, qui nécessite l'accord des élus locaux et suscite parfois l'opposition des riverains.

Un taux résiduel de zones structurellement difficiles à couvrir
Pour résorber les zones blanches, le gouvernement identifie par arrêté les sites à couvrir. Il en a identifié 3594 depuis le lancement du New Deal mobile, dont 1227 ont déjà été mis en service, selon un communiqué du secrétaire d'Etat chargé du numérique du 16 février 2022.

"Objectivement, on peut toujours faire plus mais c'est compliqué. La couverture à tout prix a un coût extraordinaire pour un retour sur investissement ridicule. L'égalité d'accès a ses limites, ce sont les 0,5% ou les 1% restant", conclut Philippe Le Grand. Dans le même temps, les opérateurs doivent consacrer des investissements très importants à la couverture 5G. En 2020, hors achat de fréquences, ils ont investi 11,5 milliards d'euros dans les infrastructures fixes et mobiles.

Les chiffres cités dans cet article concernent uniquement la France métropolitaine. Pour avoir des informations sur la couverture Outre-Mer, vous pouvez consulter les dernières données de l'Arcep sur le réseau fixe et le réseau mobile.

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