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[Tribune] La Chine, un pays trop futuriste sur ses moyens de paiement ?

Bye bye billets et cartes bleues ! La Chine adopte désormais son propre moyen de paiement. Générant l’année dernière l’équivalent de 82 milliards d’euros de recettes, la révolution du paiement par téléphone mobile a bouleversé le mode de paiement des Chinois en seulement 5 ans. Par Clara Benoudiz, consultante mc2i Groupe.
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[Tribune] La Chine, un pays trop futuriste sur ses moyens de paiement ?
[Tribune] La Chine, un pays trop futuriste sur ses moyens de paiement ? © Alipay

Cette révolution s’explique par l’apparition d’applications mobiles détenues par deux membres des GAFA chinois, les BATX. Ainsi, la filiale d’Alibaba, Ant Financial, et Tencent, possédant chacune leur application mobile de paiement, Alipay et WeChat, ont réussi à séduire l’ensemble des générations, petits et grands. L’engouement est tel qu’il a dépassé l’ensemble des paiements effectués par Visa et Mastercard dans le monde.

 

Le processus est simple. L’ajout d’une carte bancaire suffit à activer l’application. Les paiements sont ensuite divers et variés : allant de l’achat classique en magasin, aux paiements de services comme l’achat de courses ou de spectacles, l’application offre également la possibilité d’effectuer des virements aux tiers ou de faire crédit entre particuliers.

 

Si le modèle séduit en Chine, qu'en est-il en France ?

Le paiement mobile en France reste très marginal et ne séduit que 2,2% des Français contre 35,2% des Chinois. Cette différence s’explique par la particularité du marché chinois, qui reconnaît à Alipay et WeChat une reconnaissance de marque. Si les marchés occidentaux restent attachés aux systèmes bancaires classiques, la conjoncture n’est pas la même. Alors que les banques françaises sont facilement accessibles, les banques chinoises peinent à trouver des solutions face aux inconvénients rencontrés par les usagers : manque d’établissements à la campagne ou, a contrario, files d’attente interminables en ville… Les Français restent donc encore très attachés au système des institutions bancaires et privilégient d’autres innovations technologiques comme le paiement sans contact.

 

Le paiement mobile devrait tout de même facilement progresser. Apple Pay et Paylib multiplient les partenariats avec les banques françaises (BNP, Crédit Agricole, etc.) et de nouveaux moyens de paiement émergent, tels que Google Pay ou Samsung Pay.

 

Faire disparaître le sentiment de paiement

Les habitudes de consommation changent également. L’industrie du paiement tend à faire disparaître la sensation de paiement. À l’instar d’Uber ou d’Amazon, le one-click, ou paiement effectué de manière automatique directement via l’application mobile, se popularise de manière croissante. Inutile donc de sortir le porte-monnaie ! Le paiement s’efface peu à peu, sans pour autant refréner la consommation.

 

Si le paiement mobile semble être le paiement de demain, la Chine disrupte encore une fois le marché du paiement mobile grâce à son nouveau système de paiement à reconnaissance faciale. Ce sont les mêmes géants, Ant Financial et Tencent, qui sont à l’initiative du projet. Depuis deux ans, le système a su faire ses preuves et a réussi à séduire de nombreuses enseignes. C’est le cas de Carrefour. Grâce à des caisses de paiement à reconnaissance faciale, le paiement s’effectue grâce à deux caméras de la taille d’une bille. L’écran reconnaît le consommateur inscrit au préalable, et affiche le montant une fois l’ensemble des éléments scannés. Le consommateur n’a plus qu’à ajouter les quatre derniers chiffres de son numéro de téléphone sur le terminal de l’application pour ensuite partir. L’enseigne estime d’ailleurs que ce paiement se démocratisera à hauteur de 20% d’ici deux, voire trois ans.

 

Privilégier la facilité face aux inquiétudes ?

Une question reste cependant un suspens. Si l’ensemble des données semblent être centralisées sur une même application en Chine, comment la protection des données personnelles sera-t-elle assurée par les autorités mondiales ? Les législations française et européenne l’autoriseront-elles ? Si le sujet inquiète aussi bien les consommateurs que les autorités, le côté pratique des "portefeuilles mobiles" semblent primer sur l’inquiétude, malgré un système de notation accru et des critères très subjectifs.

 

Que penser également de la sécurité de ces applications ? L’ensemble des données sensibles, par simple piratage, pourrait être aux mains de hackers, rendant ensuite la tâche de récupération des données très difficile. Le sujet reste donc très sérieux. La simplicité oui, mais à quel prix ?

 

Clara Benoudiz est consultante chez mc2i Groupe

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