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[Tribune] La technologie, auxiliaire essentiel de la santé des travailleurs

Tribune Quelles leçons tirer de la crise du Covid-19 en matière de santé et de sécurité des travailleurs ? L'emploi fréquent du mot résilience révèle le retour en force de l’humain. Il exprime d’abord un besoin d’espoir, de se reconstruire et mieux, un besoin de choisir, d’affirmer un choix. Et ce choix de se tourner vers un avenir maîtrisé fait aussi surgir, un second enseignement, l’omniprésence de la technologie, au service de l’humain. Par Arnaud Szymkowiak, Associé de la société de conseil Environemental Resources Management (ERM) Résilience.
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[Tribune] La technologie, auxiliaire essentiel de la santé des travailleurs
[Tribune] La technologie, auxiliaire essentiel de la santé des travailleurs © Freepik

Résilience. C’est donc le terme qui émerge de cette période, qui s’affirme comme le nouveau mantra de nos organisations, après celui d’agilité, qui semble avoir montré certaines limites à l’usage… N’étant ni Boris Cyrulnik ni un spécialiste des matériaux, je ne discuterai pas de sa pertinence. Je voudrais juste laisser résonner son emploi qui témoigne des leçons de cette crise pour ce qui concerne la santé et la sécurité des travailleurs.

Et ce qu’il révèle avant tout, et c’est un des premiers enseignements de cette crise, c’est le retour en force de l’humain. Car son emploi exprime d’abord un besoin d’espoir, de se reconstruire et mieux, un besoin de choisir, d’affirmer un choix. Et ce choix de se tourner vers un avenir maîtrisé fait aussi surgir, un second enseignement, l’omniprésence de la technologie – au service de l’humain. Les deux sont indissociables, avec, et c’est un parti pris, la prééminence de l’humain.

Le retour en force de l’humain
Une organisation, une entreprise, est faite d’hommes et de femmes et par eux, c’est une aventure humaine. Sans eux, sans leurs choix quotidiens, c’est le silence. Une organisation est faite du travail de chacun chaque jour, avec comme condition nécessaire, leur santé. Que semble nous dire de plus cette crise à ce sujet ? Le choix binaire tout économie ou tout santé est insatisfaisant, s’il fallait le prouver, c’est chose faite. Nous voulons travailler et travailler dans des conditions respectant notre santé : ce point a été omniprésent, bien sûr à travers le souci d’être protégé de la pandémie (même si on peut regretter que la peur en ait été souvent le motif profond), mais aussi à travers par exemple le souci d’ergonomie du télétravail, devenu prioritaire.

Allons plus loin : selon nos expériences terrain, il semble que le ralentissement de l’activité ait réduit les taux de fréquence des accidents dans certaines entreprises. Un premier niveau d’analyse avance naturellement la réduction des rythmes, là où l’activité était encore présente. A un second niveau d’analyse, il semblerait que les règles de prévention face à l’émergence de la pandémie non seulement ont rapidement été respectées dans les entreprises, mais surtout ont conduit à un meilleur respect des autres règles de sécurité.

Ainsi, la nécessité pour appliquer les mesures barrière, de segmenter ses tâches, de les redécouvrir en quelque sorte et surtout de leur porter une attention accrue, ont pu amener l’opérateur à une meilleure maîtrise, à une meilleure attention, donc à une meilleure sécurité. Un résultat qui viendrait renforcer les démarches de santé sécurité au travail fondées sur des procédures comprises et sur le facteur clé de l’attention de l’opérateur et de tout ce qui peut maintenir éveillée cette attention. Un résultat qui vient dire ou redire que la sécurité est compatible et non antagoniste au travail, voire qu’elle renforce la qualité du travail.

Toutefois, la remise en route des organisations et processus à plein régime peut conduire à un environnement "accidentogène", par un rythme accru, une recrudescence du stress face à la réadaptation. Il est important d’y veiller activement et d’assurer une reprise sereine de l’activité des entreprises, un aspect qu’il va falloir surveiller de très près.

Cette période de pandémie a aussi mis au premier plan la dimension du soin, la fonction "care". C’est vrai pour la société au global qui a tenu grâce aux personnes, aux femmes en particulier, en charge de ces fonctions que ce soit pour la santé, la propreté, pour se nourrir, pour produire des masques. C’est aussi vrai dans certaines organisations, à travers une émergence ou un renforcement de la dimension du soin, une prise de conscience de cette dimension dans le management et le travail en équipe.

Le maintien du travail dans des organisations en prise avec la pandémie a exigé plus de communication, de présence sur le terrain du management, de l’attention constante portée aux personnes, aux questions, à l’inquiétude. Les managers se sont sentis investis ou réinvestis de ce devoir de prendre soin de leurs équipes. Et je pense que la volonté de résilience, appelant le besoin de se reconstruire, exprime surtout ce besoin d’être de nouveau en lien et en confiance avec les autres humains. Réémergence de l’humain donc.

La technologie au service de l’humain
Le deuxième enseignement majeur, que nous devons finalement réconcilier avec le premier, c’est l’omniprésence de la technologie au sein du monde professionnel. Evidemment, est d’abord une technologie au service de l’humain celle des ordinateurs, de nos réseaux et des logiciels associés pour maintenir le lien, la continuité professionnelle, avec ses risques bien sûr, mais qui s’est avérée au final salvatrice. 


Bien utilisée, cette technologie peut aussi être mise au service des travailleurs bien au-delà : en effet, suite à la crise sanitaire que nous avons traversée, des start-ups se sont adaptées voire même réinventées pour répondre aux nouveaux besoins des entreprises. Comme par exemple des start-ups spécialisées dans la détection des gaz ou substances dangereuses qui se réorientent avec opportunisme et bienveillance pour chercher des système de détection du SARS-Cov-2 ; d’autres développent des kiosques médicaux pour réaliser des examens de base au sein des entreprises ; d’autres encore travaillent sur la visualisation des problèmes ergonomiques…

La technologie sort donc renforcée dans sa présence au sein de tout système organisationnel ou productif et apparaît comme un auxiliaire essentiel de la santé des travailleurs. Une technologie, adaptable et au service de notre créativité, peut nous accompagner dans notre chemin vers la résilience.

Parfois les crises ne font pas naître du nouveau, mais révèlent le potentiel de ce qui était en germe, en racines. Pour ce qui concerne la sécurité au travail, cela me semble particulièrement approprié : d’une part la dimension de l’humain à partir des démarches centrées sur la culture s’affirme plus que jamais comme essentielle et modifie les modes de management, d’autre part les technologies apportent de nouvelles solutions pour améliorer la sécurité, à condition que l’humain reste au centre. Un aspect essentiel dont il est important de prendre conscience et non pas seulement en cas de crise.

Arnaud Szymkowiak, Associé de la société de conseil Environemental Resources Management (ERM) Résilience.
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