Truffle 100 : Le logiciel français en mal de valorisation

Pour la huitième année consécutive, le Truffle 100, classement des 100 premiers éditeurs de logiciels français, affiche de belles performances.

Mais leur faible valorisation en fait des proies faciles pour les prédateurs étrangers.

Comme en témoigne le passage de Cegid, figure emblématique du secteur, sous pavillon américain.

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Truffle 100 : Le logiciel français en mal de valorisation

Encore une bonne année pour le logiciel français. Pour la huitième année consécutive, le Truffle 100, qui recense les 100 premiers éditeurs hexagonaux, termine 2015 en forte croissance, avec une augmentation de 9% du chiffre d’affaires à 12,8 milliards d’euros et de 10,1% du revenu d’édition à 7,5 milliards d’euros. Le bénéfice double à 1186 millions d’euros, l’investissement R&D progresse de 15% à 1174 millions d’euros et les effectifs gonflent de 3,5% à près de 107 000 personnes. Soit une création nette de 3540 emplois, dont 1000 en R&D. C’est-ce qui ressort de l’édition 2016 du Truffle 100, publié conjointement par le fonds de capital-risque Truffle Capital et le cabinet de conseil CXP.

Fruit des investissements dans le cloud

"Ces beaux résultats découlent des investissements massifs consentis dans la transition vers le cloud dès 2007-2008, explique Bernard-Louis Roques, directeur général et cofondateur de Truffle Capital. Cet effort a fini par payer. Les clients adoptent de plus en plus le modèle du SaaS alors que le modèle traditionnel de licence génère des revenus encore importants en maintenance et services." Sur les 100 éditeurs, 74 proposent des offres SaaS, c’est-à-dire des logiciels en tant que services cloud. Ils étaient 68 à le faire en 2014.

Paradoxalement, ces performances financières ne se traduisent pas dans la valorisation des entreprises. Selon Truffle Capital, le PER (Price earning radio ou ratio entre le cours de l’action et le bénéfice par action) des éditeurs français cotés en Bourse serait deux fois inférieur à celui outre-Atlantique. Une sous valorisation qui en fait des proies faciles pour les prédateurs étrangers.

Cegid, symbole des symptômes du logiciel français

Le sort de Cegid illustre bien le problème. L’éditeur lyonnais de logiciels de gestion, figure emblématique de la filière en France et symbole d’une transition réussie vers le cloud, va passer sous le contrôle des fonds d’investissement anglo-saxons Silver Lake Partners et AltaOne. "C’est la preuve qu’il est sous-évalué en Bourse, analyse Bernard-Louis Roques. Si ces fonds l’achètent, c’est qu’ils espèrent en tirer une meilleure valorisation, sinon ils ne le feraient pas. D’ailleurs depuis l’annonce du projet, l’action a bondi de 25%."

D’autres fleurons français du logiciel ont filé à l’étranger. Le plus emblématique reste Business Objects, considéré comme la plus grande success story française et le pionnier de l’informatique d’aide à la décision. Son rachat en 2007 par l’éditeur allemand SAP a frappé les esprits. "C’est une grande perte du patrimoine technologique français, estime le patron de Truffle Capital. La R&D de Business Objects était basée en France. Il n'en reste plus grand-chose aujourd’hui. L’essentiel est parti ailleurs. Si rien n’est fait pour mieux valoriser les éditeurs français, l’hémorragie risque de continuer."

Plus de sorties que d'entrées en bourse

Les difficultés rencontrées par les start-up et PME à financer leur croissance se reflète dans l’état de la bourse. Il n’y a plus que 25 éditeurs de logiciel cotés en 2015, contre un pic de 33 en 2011. "Il n’y a plus assez d’introductions en Bourse pour compenser les sorties à la suite de rachats, note Bernard-Louis Roques. Il faudrait pour cela 5 à 10 opérations par an. Or, il n’y en a eu que trois en 2015. Trop peu."

Au-delà des fonds communs de placement en innovation (FCPI), adaptés à l’amorçage de start-up, le patron de Truffle 100 milite pour le drainage d’une partie de l’épargne comme les PEA PME et l’Assurance-vie pour le financement de la croissance des PME innovantes. "Aujourd’hui, c’est facile de monter en France sa start-up et de trouver de l’argent d’amorçage, note-t-il. Ce qui est compliqué c’est de financer la croissance et la pérennité de l’entreprise au-delà de 5-7 ans. Il suffirait d’un volant de quelques centaines de millions d’euros pour résoudre le problème. C’est à ce prix que l’on pourra défendre le patrimoine technologique de la France et rendre le logiciel français conquérant. On pourra alors voir les éditeurs français racheter des étrangers, et non plus seulement l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui."

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