TuSimple peu regardant sur la sécurité de ses systèmes de conduite autonome ?

Un camion autonome TuSimple a percuté une barrière en béton après avoir soudainement traversé une autoroute début avril. Une enquête a été ouverte par les autorités américaines. Mais cet accident pourrait être révélateur de problèmes de sécurité plus profonds, dans une entreprise qui cherche à développer à tout prix sa technologie de conduite autonome en vue de rentabiliser sa recherche, comme l'évoque une enquête du Wall Street Journal.

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TuSimple peu regardant sur la sécurité de ses systèmes de conduite autonome ?

Erreur humaine ou technologie vacillante ? Le 6 avril dernier, un camion équipé de la technologie de conduite autonome développée par TuSimple, a soudainement viré à gauche, traversé l'autoroute I-10 au niveau de Tucson dans l'Arizona et percuté une barrière en béton. Cet accident sème le trouble quant à l'attention porté sur les normes de sécurité par TuSimple. En vue de livrer le plus rapidement possible une technologie de conduite autonome, TuSimple prend-t-elle des risques ? C'est ce que semblent penser des analystes et plus d'une douzaine d'anciens employés de l'entreprise, comme le rapporte une enquête du Wall Street Journal (WSJ) publiée le 1er août 2022.

Une erreur humaine, selon TuSimple

TuSimple, entreprise fondée en 2015 qui a réalisé son introduction en bourse en avril 2021, assure que la sécurité est la première de ses priorités et rappelle que personne n'a été blessé à l'occasion de cet accident. Elle est soutenue ou a noué des partenariats avec de nombreuses entreprises de renom comme DHL et Volkswagen. Elle réalise des essais dans l'Arizona, au Texas et en Chine.

Cet accident a été rendu public en juin dernier après que l'entreprise a rendu son rapport sur le sujet. Un conducteur et un ingénieur étaient présents à bord du camion accidenté. A plusieurs reprises TuSimple a imputé l'accident à l'erreur humaine. Mais, les détails dévoilés auprès du public en juin ainsi que les documents internes de l'entreprise, semblent mettre en lumière des problèmes fondamentaux rencontrés avec la technologie développée par l'entreprise, rapporte le WSJ.

Un rapport interne explique que le camion a brusquement tourné à gauche parce qu'une personne dans la cabine n'a pas correctement redémarré le système de conduite autonome avant de le déclencher. Le système a donc exécuté une commande obsolète de virage à gauche qui avait été émise 2min30 plus tôt et aurait dû être effacée du système.

Des experts songeurs

La Federal Motor Carrier Safety Administration, une agence du département américain des Transports qui réglemente les camions et les autobus, a ouvert une "enquête de conformité en matière de sécurité" sur TuSimple. La National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), qui se joint à cette enquête, a rapporté que les camions ne représentaient que trois des 145 accidents signalés parmi les véhicules équipés de systèmes de conduite autonome qui se sont produits sur les routes accessibles au public depuis juillet 2021. L'un de ces trois accidents étant celui de TuSimple.

Des chercheurs de l'Université Carnegie Mellon, interrogés par le WSJ, déclarent que c'est le système de conduite autonome qui fait tourner le volant mais qu'il est trompeur d'imputer tout l'accident à l'erreur humaine. Des garanties auraient dû empêcher l'accident si elles avaient été mises en place. Par exemple, un conducteur de sécurité ne devrait pas être en mesure d'enclencher un système de conduite autonome qui ne fonctionne pas correctement et le camion ne devrait pas répondre à des commandes datant de quelques centièmes de seconde. Ils ajoutent que le système ne devrait jamais permettre à un camion à conduite autonome de tourner aussi brusquement alors qu'il roule à 105 km/h.

Des employés critiques

Tu Simple se défend. L'entreprise assure avoir modifié depuis l'accident son système de conduite autonome, pour qu'un humain ne puisse pas l'enlencher à moins que le système informatique ne soit pleinement fonctionnel.

Si l'accident d'avril impliquait un camion avec un chauffeur de sécurité et un ingénieur, TuSimple réalise également des tests sur les voies publiques avec des camions sans opérateur de sécurité. En décembre dernier notamment, TuSimple a largement communiqué sur un trajet de 130 kilomètres réalisé par un camion autonome sans opérateur. Avant de réaliser ce trajet, l'entreprise s'était fixé comme objectif de faire 500 courses. Mais TuSimple aurait en réalité réalisé moins de la moitié de ces courses, le tout sans en informer ses équipes de sécurité.

La pression des investisseurs ?

Des employés auraient déjà exposés leurs inquiétudes quant aux normes de sécurité auprès de la direction sans se faire entendre. Par exemple, certains reprochent à l'entreprise de ne pas vérifier régulièrement les vulnérabilités des logiciels et d'utiliser des communications non chiffrées pour gérer le camion à distance. Les conducteurs de sécurité, quant à eux, ont faits part de leur inquiétude concernant les défaillances d'un mécanisme qui ne leur permettait pas toujours d'éteindre le système de conduite autonome en tournant le volant. Une caractéristique de sécurité pourtant standard. La direction aurait négligé leurs remarques.

Des personnes proches du dossier affirment au WSJ que ceux qui ont soulevé des problèmes de sécurité ont été ignorés, voire licenciés dans certains cas, ce que le porte-parole de l'entreprise a démenti auprès du quotidien américain. Certains analystes craignent que les pressions pour fournir des résultats aux investisseurs, dans l'attente de rendements à court terme, ne se fassent au détriment de la sécurité publique. La technologie de conduite autonome qui a fait largement rêver peine aujourd'hui à tenir ses promesses.

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