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Twitter n’est pas pécher

A l'occasion de la session hivernale des Napoleons, Eric Salobir, prêtre et responsable de la communication d'Ordo Praedicatorum, a été invité à s'exprimer sur le lien entre spiritualité et pouvoir. A cette occasion, il est revenu sur les liens qu'entretient l'Eglise avec le numérique.  Pour lui, les technologies sont un moyen de diffuser le message chrétien en ligne, mais sans perdre ce qui fait la spécificité du dogme. 

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Twitter n’est pas pécher
Le Wifi dans les églises, ce n'est pas pour demain. © Pixabay

Entre le jeu et d’autres activités en ligne réservées aux majeurs et pas vraiment catholiques, on pourrait imaginer que l’Eglise ne voit pas d’un bon œil le monde numérique. Pourtant, à écouter le dominicain Eric Salobir, on est vite convaincu qu’il n’en est rien et que l’Eglise entend être de son temps. D’ailleurs, s’il porte le col romain emblématique de la fonction religieuse, le jeune homme, responsable de la communication d’Ordo Pradicatorum, l’assortit avec un jean et des Timberland !

 

Ambivalentes technologies

Ce n’est donc pas lui qui excommuniera Internet et les technologies numériques. Son jugement est plutôt modéré, équilibré, tout le contraire d’un béni-oui-oui du www. "L’Eglise vit ces nouveaux outils de façon à la fois enthousiaste – car ils offrent des potentialités intéressantes – mais aussi de façon inquiète et parfois aussi douloureuse", explique-t-il.

 

Si le numérique ouvre de nouvelles formes de communication, l’Eglise, comme toutes les organisations hiérarchiques en fait parfois un apprentissage difficile. N’hésitant pas à emprunter un langage venu de l’entreprise, le dominicain indique que même au sein du clergé et des ordres religieux, il arrive de plus en plus souvent qu’on "chuinte facilement le middle management". Un conflit avec son responsable local et c’est d’un coup le responsable de l’ordre qui reçoit un mail. Là où on réglait les affaires entre soi, le changement peut être compliqué. Mais pas de quoi condamner l’outil.

 

L’homme d’église pense que c’est plutôt à l'Homme d’apprendre à mieux contrôler ces nouveaux outils, de mieux se contrôler. Ils devraient faire preuve d’un plus de discipline "pour ne pas envoyer un mail pour un oui ou pour un non au maître de l’ordre". En résumé, explique Eric Salobir, "ce n’est pas parce que j’ai potentiellement accès à quelqu’un que je dois le contacter à tout bout de champ".

 

Des contenus spirituels pour la Toile

Un conseil que le Pape semble suivre avec son compte Twitter dont il use avec parcimonie. S’il a peu de followers, le souverain du Vatican peut s’enorgueillir d’être la quatrième personnalité la plus suivie au monde, derrière Barack Obama, mais aussi la chanteuse Beyoncé. Eric Salobir n’est pas étranger à ce succès puisque le dominicain est réputé avoir converti la curie romaine à Twitter et d’avoir porté sur les fonts baptismaux le compte Ponfifex. Il constate "un véritable engouement des catholiques et des chrétiens pour ces technologies", qu’ils mettent notamment au service de leur foi. L’intérêt principal des réseaux sociaux pour lui vient de la facilité à entrer en relation entre les personnes à nouer des relations de pair à pair.

 

Mais les possibilités offertes par les technologies au service de la Foi ne s’arrêtent pas là. Eric Salobir cite l’exemple de l’opération nommée "la retraite dans la ville". Chacune de ses opérations est, assure-t-il, suivie en moyenne par 180 000 personnes. Pourtant rien n’était gagné. Il se souvient, amusé, qu’au début certains ironisaient à l’idée de catholiques s’agenouillant les mains croisées devant leur ordinateur. Mais là n’est pas l’enjeu : il s’agit de fournir des contenus spirituels en ligne.

 

Un hackathon "catholique"

Et pour cela, il ne recule devant rien ! Il a même déjà organisé des hackathons à San Francisco, pour voir comment on peut unir spiritualité et technologie. Une opération du même genre a eu lieu récemment à Paris en lien avec le réseau Optic. Une des équipes a proposé une application de coaching spirituel sur smartphone, une innovation qui semble réjouir le prêtre décidément bien dans son temps. "Il faut essayer de se fondre dans les modes de vie contemporains", assure-t-il.

 

Utiliser les outils de son temps pour faire passer le message du Christ, soit, mais il n’est pas question de renoncer à ce qui fait aussi le propre de la religion. "Dans l’église catholique, il y a un moment où il faut une forme de présence physique à l’autre. On peut faire beaucoup de choses en ligne mais il y a un moment où il faut une rencontre humaine entre deux ou plusieurs personnes", rappelle-t-il.

 

Ce n’est pas pour rien que le dogme de l’incarnation est central dans la religion catholique. Une forme d’incarnation qui serait comme une forme d’antidote au monde virtuel tel que l’envisagent les transhumanistes californiens. "Le spirituel pourrait être le contraire du virtuel. Le spirituel est beaucoup plus tangible", révèle Eric Salobir.

 

La foi ne dépendra jamais d’un selfie de Jésus ressucité. A l’heure d’Internet, Saint Thomas ne croirait-il toujours que ce qu’il verrait ?

 

(le titre de cet article est inspiré d'une réflexion d'Alexandre Kouchner qui animait cette rencontre. Rendons à César...)

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

CROUAN
23/01/2017 18h33 - CROUAN

Bel article, intéressant, empreint d'une certaine nouveauté ... qui fait la part des choses!

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