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Un choc de culture pour une nouvelle croissance numérique

Dans le cadre des travaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et à l’initiative de sa vice-présidente Françoise Frisch, la fédération Syntec a organisé le colloque "Initiatives pour une nouvelle croissance" pour accompagner la transition éco-sociale qui est en train d’éclore. Le doctorant en droit social spécialiste des TIC Yann-Maël Larher revient sur ce colloque et les interrogations suscitées par ces nouveaux axes de croissance en France et en Europe.
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Un choc de culture pour une nouvelle croissance numérique
Un choc de culture pour une nouvelle croissance numérique © DR

En introduction du colloque "Initiatives pour une nouvelle croissance", qui s'est déroulé au Cese le 18 octobre, Jean-Paul Delevoye, président du Cese, a souhaité "faire découvrir les formidables richesses cachées de notre pays". Il a ensuite invité à "un choc de culture". Jean-Luc Placet, président de la Fédération Syntec, a quant à lui souhaité fixer comme objectif d’améliorer la compétitivité de la maison France, à travers les métiers de l'innovation, de l'intelligence, de la créativité qui au delà de la fédération Syntec ne sont pas très bien représentés dans l’hexagone. Un colloque également porté par Michel Serres, qui a fait part de ses réflexions sur "la renaissance de l’humanité" et sur "le monde nouveau à fabriquer", alors que "les institutions françaises ont été créées à un moment où le monde n'était pas celui que nous connaissons".

Les nouveaux visages de l’industrie

A travers l'espace informationnel, les entreprises ont réussi à démultiplier le temps, mais cet espace ne connaît pas les lignes droites, chaque utilisateur devient le centre de son cercle de connaissance, a indiqué en introduction, Thierry Breton, PDG du groupe d'ingénierie informatique Atos.

La mobilité, le cloud à la demande, les réseaux sociaux, le big data… sont les principaux moteurs de cette révolution selon lui. Mais, cet espace répond aussi aux mêmes règles et aux mêmes déviances que le monde matériel, il n’est pas épargné par l’espionnage, la malveillance, la guerre dont l’affaire Snowden est le révélateur. Il faut trouver de la confiance pour créer de la valeur dans cet écosystème. En France et au niveau européen, il ne faut pas tomber dans la schizophrénie, il faut une régulation équilibrée qui n’entrave pas son développement. Il faut passer d'un monde linéaire, à un monde collaboratif ou 1+1 =1000 et non pas 2.

Pour le président du Syntec Numérique, Guy Mamou-Mani, "par chance, nous avons en France les connaissances pour développer et transformer notre économie". Ces nouveaux écosystèmes industriels ont désormais besoin, pour s’épanouir et être source de croissance et d’emplois, d’un cadre et d’un climat propices à leur développement. On ne pourra développer le numérique en France, si l'Etat ne se transforme par lui-même.

"L’innovation, moteur de la nouvelle croissance"

La France s’est dotée de puissants dispositifs de soutien à l’innovation scientifique et technologique, pourtant notre pays est souvent à la peine pour sortir l’invention du laboratoire. Muriel Touaty, directrice générale du Technion France, a apporté son retour d’expérience sur le modèle israélien. Fondée en 1924, Technion est une école d'ingénieur qui forme ses étudiants à devenir des créateurs d'idées qui s'exportent dans le monde entier, dans un pays qui, à défaut d'avoir des ressources naturelles, a choisi de s'appuyer sur sa matière grise. En Israël, la culture du risque et du résultat a permis de voir éclore une nation d'entrepreneurs.

Si la France reste un "follower" en innovation, c’est parce que la culture du "bottom up" (approche ascendante) n'est pas ancrée dans la culture française, qui cherche toujours l’innovation à travers l’Etat ou les grandes entreprises, a indiqué Geoffroy Roux de Bézieux, en charge de l'économie, de la fiscalité, de l'innovation et du numérique au Medef.

L'innovation ne se produit plus dans les grandes mais dans les petites structures. Des aménagements fiscaux et sociaux seraient bienvenus pour les promouvoir. Le rôle de l'Etat est de construire un écosystème favorable à l'innovation.

Pourquoi, par exemple, est-ce le groupe Bolloré qui a développé Autolib, et non Peugeot ou Renault ? L'innovation n'est pas uniquement technologique mais liée à l'usage et à son business model. Pour transformer l’invention en succès commercial, il faut commencer valoriser ceux qui ont des idées dans les entreprises et leur accorder le droit de se tromper ou de remettre le modèle en cause.

"Un changement de culture, passer de la culture de la blouse blanche à celle du garage", note Alain Bentéjac, président de Syntec-Ingénierie. On peut avoir les inventeurs, si on ne valorise pas l'invention, d'autres le font à notre place.

Le capital humain au cœur de l'économie immatérielle

Le capital humain est la source de tous les actifs immatériels d’une entreprise et est donc devenu sa principale richesse. "On a pourtant tendance à considérer que ce n'est pas si important que ça", indique Bernard Ramanantsoa, directeur général du groupe HEC. Car le capital humain est plus difficile à gérer que les autres capitaux. Or, seul le capital humain permet de mettre en place des stratégies de différenciation.

La transformation de l’entreprise en écosystème modifie profondément le management des talents dans l’entreprise mais encore, et de façon fondamentale, le rapport de l’individu au travail. Il faut savoir reconnaître la qualité du travail. Pour Jean Wemaere, président de la Fédération de la Formation Professionnelle, "quand l'individu est évalué il est également reconnu. Quand on reconnait le professionnalisme du salarié on passe d'un dialogue social à un dialogue professionnel".
 
Enfin, la temporalité de ce capital est différente. C'est un problème de compétitivité des entreprises et du pays à court, moyen et long termes. Il faut par exemple réussir à investir dans l'enseignement supérieur et la recherche pour créer du capital humain bien formé.

Quelle stratégie pour quelle croissance ?

Pour Jean-Pierre Letartre, président du pôle France 2020 du Medef, "la prospective est à la mode et c'est une bonne nouvelle !". L'objectif final, c'est de créer des emplois. Quels sont les leviers ? Les métiers de services de prestation intellectuelle sont devenus le moteur, non seulement de la transformation, mais des économies elles-mêmes. "Le projet ?France 2020 nous permettra de recenser les bonnes idées pour atteindre cet objectif", assure-t-il. On dit souvent que l'ascenseur social est en panne, mais l'ascenseur économique l'est aussi.

Comme l’a enfin souligné Hervé Baculard, président de Syntec Conseil en Management, il n'y aura pas d'innovation et de croissance sans un cadre favorable pour faire gagner la France. Il faudra élaborer et mettre en œuvre une stratégie ambitieuse basée sur l’innovation et visant à la reconquête de notre compétitivité. Il faudra aussi lui offrir un cadre fiscal et règlementaire stable et modernisé et, surtout, un climat favorable à l’entrepreneuriat. C’est dans ces conditions que la France pourra prétendre à devenir l’un des champions mondiaux de la nouvelle croissance.

En définitive, notre économie n'est pas à bout de souffle et peut conquérir de nouveaux territoires. Ce qui est attendu de la vieille Europe c'est de trouver de nouveaux caps, une nouvelle croissance et de nouveaux emplois.

Yann-Maël Larher, doctorant en droit social à Assas sur les TIC dans l'entreprise
@yannmael

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