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Un deuxième crash dans la Silicon Valley ? C'est possible, préviennent des investisseurs

L'investisseur de renom Bill Gurley s'inquiète dans le Wall Street Journal de l'état actuel de l'écosystème de la Silicon Valley. Selon lui, une deuxième bulle du secteur technologique n'est pas loin, et la prudence est de mise.

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Un deuxième crash dans la Silicon Valley ? C'est possible, préviennent des investisseurs
Un deuxième crash dans la Silicon Valley ? C'est possible, préviennent des investisseurs © TechCrunch - Flickr - CC

Le secteur technologique a le vent en poupe. Chaque jour, une nouvelle start-up semble lever des sommes faramineuses. Whatsapp a été racheté pour 19 milliards de dollars. Le géant chinois du e-commerce Alibaba s'apprête à faire une entrée en bourse historique.

L'un des investisseurs les plus réputés de la Silicon Valley, Bill Gurley de la firme Benchmark, qui a notamment investi dans la start-up Ubertire la sonnette d'alarme dans une interview avec le Wall Street Journal.

Un niveau de risque plus atteint depuis la bulle de 1999

"Je pense que la Silicon Valley dans son ensemble, ou du moins la communauté des start-up ou des investisseurs, est en train de prendre des risques de façon excessive - à un niveau que l'on n'avait pas vu depuis 1999." prévient l'investisseur, en faisant référence à la précédente bulle des années 2000. "Personne n'a peur, tout le monde en veut plus, et tout cela aura une fin."

Des sociétés privées lèvent des sommes énormes, certaines jusqu'à 500 millions de dollars, et ensuite dépensent leurs fonds à une vitesse grand V. Le "burn rate" (somme d'argent que les start-up sont prêtes à perdre pour continuer à se développer) atteint un niveau inquiétant, le plus élevé depuis la bulle de 1999, selon Bill Gurley. 

Dépenser toujours plus

Cela s'explique en partie par le fait que les start-up lèvent énormément d'argent qu'elles doivent ensuite dépenser d'une manière ou d'une autre, alors que leurs business modèles reposent sur le capital humain. "Si vous vous trouvez dans un écosystème compétitif, et que vous levez ce genre de somme, la seule façon d'utiliser cet argent - car ces companies sont fondées sur le capital humain, elles ne construisent pas de magasins physiques - est de dépenser plus.", explique Bill Gurley.

Par ailleurs, de plus en plus d'employés dans la Silicon Valley travaillent pour des entreprises qui perdent de l'argent, rappelle l'investisseur. "En 2001 ou 2009, on n'allait pas travailler pour des entreprises qui perdaient 4 millions de dollars par mois. Aujourd'hui, tout le monde le fait sans y penser à deux fois. Les gens oublient doucement, et la moitié des entrepreneurs aujourd'hui, ou plus - 60 ou 70% - n'étaient pas là en 1999 donc ils ne peuvent pas se souvenir."

Un cercle vicieux 

Bill Gurley met aussi en garde contre les signaux lancés par Wall Street aux chefs d'entreprise du secteur technologique. Dans le monde du logiciel, où le risque est le plus élevé, Wall Street a fait comprendre que si une entreprise publique perdait beaucoup d'argent, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Du coup, tous les patrons qui voient ces entreprises perdre de l'argent mais être évaluées à plusieurs milliards de dollars se disent, "dépensons plus" explique l'investisseur. 

Les entreprises sont alors emprisonnées dans un système ultra compétitif, où le concurrent double la mise et chacun dépense encore plus en ventes, marketing, etc. Les investisseurs se retrouvent coincés : comment donner des conseils de prudence à leurs start-up, sans perdre des parts de marché? "Il faut être agressif de façon pragmatique", résume Bill Gurley, mais "c'est difficile", admet-il.

"Je pense que les chances sont grandes de voir des échecs d'envergure dans un an ou deux.  En fait je pense que ce serait sain pour l'écosystème.", ajoute-t-il.

Retourner aux fondamentaux

Cela dit, les remarques alarmistes de l'investisseur ne signifient pas pour autant qu'il faut arrêter de financer les start-up. Il s'agit simplement d'être sélectif, selon lui, et d'encourager les entreprises à mieux gérer leurs dépenses. De plus, un service qui ne se monétise pas dès le départ n'est pas pour autant dépourvu de valeur. Bill Gurley prend l'exemple de Facebook qui a réussi à démontrer que son business modèle était viable, ou bien de Whatsapp qui s'est vendu pour une somme record. 

Toutefois, d'autres investisseurs de renom sont d'accord avec Bill Gurley. Fred Wilson, de la firme Union Square Ventures, s'inquiète ouvertement sur son blog d'avoir trop de start-up qui dépensent des millions de dollars par mois. "A un certain moment il faut construire un vrai business, générer du profit, faire vivre l'entreprise sans s'appuyer sur le capital de son investisseur, et commencer à créer de la valeur comme on le faisait avant.", estime-t-il.

George Zachary, de la firme Charles River Ventures, explique dans le Wall Street Journal : "si l'année 2000 était à un niveau 10 en termes de risque de bulle, je pense, qu'actuellement, nous sommes à un niveau 8 ou 9."

Nora Poggi

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