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"Un plan de départs volontaires comme celui de SFR, c’est de l’horlogerie suisse", estime Xavier Tedeschi

Entretien Dirigeant de Latitude RH, Xavier Tadeschi accompagne depuis de nombreuses années des entreprises dans leur transformation. Il est l'auteur de "Et moi je fais quoi ? Plaidoyer pour une saine restructuration" aux éditions du Palio. Un titre qui nous a conduit à lui demander son analyse sur le plan de départs volontaires de SFR. Selon lui bon nombre de questions doivent être encore posées.
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Un plan de départs volontaires comme celui de SFR, c’est de l’horlogerie suisse, estime Xavier Tedeschi
"Un plan de départs volontaires comme celui de SFR, c’est de l’horlogerie suisse", estime Xavier Tedeschi © D.R.

Vous avez accompagné plusieurs entreprises dans leur transformation. Que vous inspire le plan annoncé par SFR ?

Xavier Tedeschi : D’après les informations que nous avons aujourd’hui, je suis très dubitatif, très surpris. Par la date d’abord, ce genre d’annonce ne se fait pas pendant l’été normalement. Le nombre annoncé 5000, et surtout la proportion d’un tiers des effectifs, me laisse aussi très circonspect. Quand vous faites un bon plan de vrais départs volontaires, avec des mesures d’accompagnements solides, si vous arrivez à 12 ou 13% de départs volontaires, c’est le signe que vous avez très bien travaillé. Je ne vois vraiment pas comment ils vont faire pour arriver au chiffre annoncé.

 

Pourquoi dites-vous un vrai plan de départs volontaires ?

Je veux dire par là, qu’il s’agit de vrais départs volontaires, qu’on n’a pas mis la pression sur les gens pour qu’ils s’en aillent. Je ne sais pas comment il est posiible d'arriver à 30%. 

 

Et on ne parle pas du tout du cadre juridique dans lequel cette opération va avoir lieu. C’est une question très importante. Je ne vois pas très bien comment la direction de SFR peut ne pas négocier un plan de sauvegarde pour l’emploi (PSE). Ce qui nous rémène au point précédent : traditionnellement, quand une entreprise fait un plan de départs volontaires dans le cadre d’un PSE, elle prévoit les mesures qui seront prises si le nombre de volontaires n’est pas suffisant.

 

En l’absence de PSE, je doute que SFR envisage de signer 5000 ruptures conventionnelles. Si tel était le cas, je ne vois pas comment l’administration du Travail pourrait l’accepter. Des démissions ? Cela voudrait dire que les 5000 personnes concernées ont déjà retrouvé du travail, car je vous rappelle que vous ne pouvez pas vous inscrire à Pôle Emploi comme ça. La question du mode de gestion de la séparation entre le salarié et l’entreprise d’un point de vue juridique est essentielle, j’insiste sur ce point.

 

On parle d’une indemnité de 2,5 mois de salaire par année d’ancienneté. Est-ce dans la norme ?

Là encore, je manque d’informations. Il faudrait savoir si c’est du supra légal ou pas, connaître la structure des rémunérations dans l’entreprise. Je ne peux pas répondre dans l’absolu. C’est aussi lié à l’existence ou non d’un PSE. Dans un PSE, il y a des mesures d’accompagnement, de l’outplacement, des formations...

 

Plus généralement, un tel plan ne déstabilise-t-il pas l’entreprise ? Comment faire pour limiter ce risque ?

En général, on met des cliquets dans le plan de départs volontaires. Il faut toujours en mettre. C’est-à-dire qu’on décide que les salariés ayant telle qualification ou travaillant dans tel service ne pourront pas partir. Si vous considérez que la R&D est stratégique, vous prévoyez que les ingénieurs qui y travaillent ne soient pas concernés.

 

Sinon le grand risque d’une telle opération, outre l’ambiance difficile que cela crée, c’est de voir partir en priorité les gens qui sont employables, qui n’auront pas de problème de reclassement, et qui se disent que ce n’est pas pour évoluer dans un tel environnement qu’ils ont choisi le métier.

 

Un bon plan de départs volontaires c’est de l’horlogerie suisse. Cela demande beaucoup de tact, de précision, pour l’ajuster au mieux entre les impératifs économiques d’une part et les objectifs de l’entreprise, tout en préservant les savoir-faire. Sans compter l’effet sur la cohésion au sein de l’entreprise. Entre ceux qui voulaient partir et qui ne peuvent pas, ceux qui voudraient mais qui n’ont rien derrière, ceux qui restent et qui voient leurs copains qui sont partis s’éclater dans un nouveau métier...

 

Y’a-t-il des moyens d’éviter que cela se passe trop mal ?

La première chose à faire dans une opération de ce type est de mobiliser les managers. C’est pour cela que l’annoncer en plein été, alors que plus d’un salarié sur deux est sur la plage, me semble très bizarre. Le salarié qui veut partir commence par aller voir son manager. Celui-ci doit donc être très au point sur le calendrier, les objectifs de l’opération, les éventuels cliquets que je viens d’évoquer. Si cela n’est pas fait, le salarié et son manager vont être l’un et l’autre dans le brouillard.

 

C’est préjudiciable, car on sait que la décision d’un départ volontaire est très volatile. Les personnes intéressées un jour peuvent changer d’avis très vite. Il faut donc mobiliser une énergie folle dans l’entreprise pour bien accompagner cette opération. Encore une fois, je me répète, mais c’est très très difficile de mener un plan de départs volontaires.  

 

Que peut faire la ministre du Travail qui a reçu les dirigeants et les syndicats ?

Outre recevoir les différentes parties et s’assurer que les règles de droit sont respectées, elle n’a pas beaucoup de levier. En outre, elle va sûrement nommer un coordinateur national pour éviter que, par exemple, la direction de chaque magasin, aille négocier avec l’administration du travail.

 

Quelle peut être l’intérêt de cette annonce en plein été ?

Vraiment je me le demande. Il y a un vrai risque que cela crée de fortes tensions dans l’entreprise. Je ne peux donc que faire des hypothèses. Soit la direction de SFR a voulu envoyer un signal fort sur le marché et aux dirigeants politiques en mettant en évidence les conséquences sociales du nombre d’opérateurs. Soit le but est de donner de la visibilité aux parties prenantes, notamment les marchés financiers. Mais peut-être ont-ils un autre objectif...

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