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"Un satellite, une excavatrice, un tracteur... c’est tout autant du logiciel que du matériel", selon Paul Grenet

L’éditeur américain de PLM, PTC, affiche en 2013 une croissance de 3?%. Un résultat plutôt satisfaisant dans un secteur touché par la crise, qu’il doit en particulier à ses conquêtes de projets PLM en zone euro. Entretien avec Paul Grenet, directeur Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Afrique.

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Un satellite, une excavatrice, un tracteur... c’est tout autant du logiciel que du matériel, selon Paul Grenet
"Un satellite, une excavatrice, un tracteur... c’est tout autant du logiciel que du matériel", selon Paul Grenet

L’Usine Digitale - Malgré la crise économique, vous maintenez une croissance de 3 % en 2013 et une marge opérationnelle de 25 %. Êtes-vous satisfait ?

Paul Grenet - C’est une faible croissance principalement liée à des difficultés que nous rencontrons en Amérique. La zone euro, elle, représente un pourcentage stable de 40 % dans nos revenus. C’est très significatif pour un acteur américain. L’Europe est la zone du monde sur laquelle pèsent le plus de contraintes et cela pousse les industriels à se transformer. Ce qui nous sert. La globalisation, la personnalisation des produits introduisent de la complexité dans les processus industriels, les outils… Mais nos résultats sont aussi le reflet de notre positionnement sur le PLM (Product lifecycle management), alors que nos concurrents sont plutôt dans la fourniture tactique de logiciels, nous sommes davantage sur des projets de long terme.

Que représente le PLM dans votre activité ?

Il compte pour 35 à 40 % dans nos revenus. Et il contribue à 80 % de notre croissance. Nous sommes passés d’environ 900 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2007 à près de 1,4 milliard de dollars aujourd’hui, avec une croissance de la CAO qui ne dépasse pas 3 %. Il ne faut cependant pas s’y tromper, celle-ci représente encore près de la moitié de nos revenus. Le reste de notre chiffre d’affaires provient du logiciel destiné au service, et est en croissance. Et parce qu’elle est beaucoup centrée sur le PLM, notre activité est presque contre-cyclique. Ce sont des projets de plus long terme que d’autres qui sont dans la fourniture tactique de logiciel, et donc moins impactés par la crise. Nos clients font plutôt des projets majeurs d’investissement, d’intégration, d’harmonisation, de globalisation, de transformation de leur activité vers les services… C’est le cas pour EADS depuis plusieurs années ou de Philips, par exemple. Et sur le PLM, nous avons gagné des clients comme Philips en 2013, mais aussi Embraer, Raytheon. Les industriels sont plus murs aujourd’hui en matière de PLM.

Avec cette maturité des industriels dans le PLM, désormais, sur quoi travaillez-vous avec eux ?

Nous leur proposons de ne plus séparer le développement logiciel du reste du produit. Comme cela se passe déjà dans les téléphones mobiles, par exemple. Aujourd’hui, un satellite, une excavatrice, ce sont tout autant du logiciel que du matériel. Et c’est un moyen aussi de les accompagner vers un changement de business model. Si on prend l’exemple de Philips, développer logiciel et matériel en parallèle leur permet d’avoir une vision plus complète de leur produit. Or, 70 % de la valeur ajoutée d’un scanner vient du logiciel d’analyse d’imagerie. Et de plus en plus d’hôpitaux achètent un service à l’image, et pas forcément le scanner. John Deere ne vend plus de tracteurs mais des "farming solutions", au mètre cultivé. Sur le principe du "fly by the hour" de la défense et de l’aéronautique. Cela peut correspondre à un certain mix de différents types de tracteurs loués sur un certain temps, par exemple, avec des connexions satellites vers une base de connaissances pour l’analyse des sols. Et l’industriel doit savoir calculer la rentabilité de ce type de contrats. D’autant qu’avec de tels business models, à l’usage, il peut aussi imaginer de nouvelles sources de revenus. Pourquoi pas des services de suivi à domicile dans le cas de Philips par exemple.

Quel est votre rôle dans cette transformation du business model des industriels ?

Nous connectons les mondes du service et du produit. Qui plus est, cette transition ne peut se faire sans un empilement de maturités préalables chez les industriels. Il faut qu’ils aient un produit numérique pour que cela fonctionne. Donc des modèles CAO suffisamment élaborés et du PLM. C’est là que se trouvera la plus grande valeur. Il faut qu’il y ait un déclic chez les industriels. En Europe, c’est la contrainte qui les pousse. Aujourd’hui, PTC investit un milliard de dollars dans ces solutions de SLM (service lifecycle management), qui représentent pour l’instant moins de 10 % de notre chiffre d’affaires. C’est plus que ce que nous investissons dans le PLM.

Quelle est la prochaine étape pour PTC ?

Évidemment, il y a la croissance exponentielle des échanges de données entre machines. En 2020, nous devrions atteindre 20 fois les échanges de données entre humains. Or, le PLM reçoit et stocke ces informations. Comment est-ce qu’on traite ces données qui contiennent de la propriété intellectuelle ? Il faut arriver à leur appliquer la régulation. C’est un sujet qui est encore à l’état de recherche. Et puis, nous travaillons aussi sur le knowledge management social, au sens de réseau social. En recréant les communautés techniques qui ont été imaginées il y a quelques années avec les outils propriétaires lourds du knowledge management, mais en utilisant les réseaux sociaux.

Quel est le poids de la France dans votre activité ?

Notre plus important pays en Europe, et de loin, c’est l’Allemagne. Mais la France arrive en deuxième. En 2013, nous avons signé notre plus gros contrat logiciel avec Air France Industrie pour l’optimisation de gestion de pièces détachées. Nous travaillons aussi avec Eurocopter, MBDA, Lacoste. Chez MBDA, il y a un important besoin de collaboration internationale mais avec de la manipulation d’informations évidemment très sensible. Ce qui rend les projets complexes. Et bien sûr, notre plus gros contrat au monde est celui avec EADS !

Propos recueillis par Emmanuelle Delsol

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