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Une enquête s'ouvre sur la collecte massive de données de santé par Google aux Etats-Unis

Vu ailleurs Google collaborerait avec Ascension, un vaste réseau de santé américain, pour créer un moteur de recherche de patient. Pour ce faire, la firme de Mountain View récolterait des millions de données médicales sans le consentement des patients. Une enquête a été ouverte par le Bureau des droits civiques pour s'assurer de la conformité de cette pratique avec la loi Health Insurance Portability and Accountability (HIPAA).
mis à jour le 13 novembre 2019 à 09H54
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Une enquête s'ouvre sur la collecte massive de données de santé par Google aux Etats-Unis
Une enquête s'ouvre sur la collecte massive de données de santé par Google aux Etats-Unis © Pixabay/Rawpixel

Actualisation (13/11/2019) : Après la révélation sur le fait que Google collecte des millions de données médicales à l'insu des patients mais avec l'accord des hôpitaux, une enquête est ouverte, annonce le Wall Street Journal. Celle-ci est menée par le Bureau des droits civiques, une agence rattachée au département de la Santé et des Services sociaux américain. Avec cette enquête, le Bureau des droits civiques veut notamment avoir plus d'informations sur cette collecte massive de dossiers médicaux personnels et s'assurer que la loi Health Insurance Portability and Accountability (HIPAA) est pleinement respectée.

 

Article original :

Google a des ambitions de plus en plus importantes dans le domaine de la santé connectée. Après l'acquisition par sa maison mère Alphabet des montres connectées Fitbit fin octobre 2019, le géant technologique a été contraint de dévoiler son nouveau projet. Nom de code : "Nightingale" (Rossignol en français).

 

Dans un article publié le 11 novembre 2019, le Wall Street Journal révèle que Google a rassemblé plusieurs millions de dossiers de patients américains de 21 Etats. Les informations recueillies dans le cadre de ce programme comprendraient "les résultats de laboratoire, les diagnostics, les dossiers d'hospitalisation et constituent un historique complet de la santé du patient avec son nom et sa date de naissance", détaille le journaliste. 150 employés de Google pourraient avoir accès à ces informations.

 

Créer un moteur de recherche de patient

Plus précisément, Google serait en train de collaborer avec Ascension. Dans le cadre de ce projet, l'un des plus grands réseaux de santé américains aurait fait migrer ses données vers Google Cloud pour créer un moteur de recherche de patient en ligne. Forbes a pu visionner cet outil et indique que la page contient "des informations complètes sur le patient, ses pathologies, ses derniers résultats de tests, ses médicaments, y compris des informations provenant de documents numérisés".

 

L'objectif serait d'offrir aux professionnels de santé un meilleur accès aux données patients et, en fin de compte, d'essayer de tirer des enseignements des données pour améliorer les traitements médicaux. Mais ce qui scandalise la presse américaine, c'est que ni médecins ni patients n'en ont été informés.

 

Un procédé totalement légal

The Verge a pu échanger avec Google. La firme de Mountain View affirme qu'il est courant de partager des données de santé sensibles avec des techniciens spécialisés dans ce secteur. Google indique que les patients n'ont pas besoin d'être mis au courant. "Tous les travaux de Google et Ascension respectent les réglementations en vigueur dans le secteur en ce qui concerne les données des patients et sont accompagnés de directives strictes en matière de confidentialité, de sécurité et d'utilisation des données", a déclaré Tariq Shaukat, dirigeant de Google Cloud, dans un billet de blog publié le 12 novembre 2019.

 

Et c'est totalement vrai. La loi Health Insurance Portability and Accountability (HIPAA), adoptée en 1996, prévoit que les hôpitaux peuvent partager les informations des patients, sans obtenir leur consentement, à des partenaires à condition que ce soit pour "les aider à remplir leur fonction de soin".

 

Le rachat de DeepMind... et des craintes dès 2016

Google n'en est pas à sa première accusation sur la confidentialité des données dans ce domaine. En juin 2019, une plainte a été déposée contre la firme et le centre médical de l'Université de Chicago (Illinois). Les accusations concernaient le partage de données identifiables provenant de dossiers médicaux électroniques de milliers de patients hospitalisés entre 2009 et 2016. Ces dossiers contenaient l'heure et la date, qui combinées aux données de géolocalisation auxquelles Google peut accéder, rendraient très facile l'identification des patients.

 

Les mêmes craintes ont été soulevées lorsque la start-up londonienne DeepMind a été rachetée par Google en 2014. En février 2016, Google DeepMind signe un partenariat avec le National Health Service (NHS), qui gère le système de santé public du Royaume-Uni. Il porte sur les dossiers médicaux de près de 1,6 million de patients dans trois hôpitaux londoniens. L'objectif est de développer une application, baptisée Streams, qui puisse aider les médecins à surveiller les problèmes rénaux et notamment les cas d'insuffisance rénales jusqu'à 48 heures à l'avance. L'outil devait permettre aux personnels médicaux d'éplucher, en temps réel, les données de ces personnes.

 

Mais une polémique s'est mise à gonfler. Il s'avère que ce ne sont pas seulement les données concernant les malades du rein qui ont transférées mais les informations de tous les patients de ces hôpitaux. Or ces fichiers comprenaient des indications très sensibles, comme une overdose ou une interruption volontaire de grossesse. Malgré les polémiques, Google a bien finalisé l’absorption de DeepMind en septembre 2019.

 

La multiplication de ces cas a poussé certains élus américains à proposer l'instauration d'un organe fédéral chargé de veiller au respect de la vie privée. Deux élues démocrates de la chambre des représentants aux Etats-Unis, Anna Eshoo et Zoe Lofren, ont déposé une proposition de loi début novembre 2019.

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