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Une entreprise liée aux renseignements chinois a compilé les données de 2,4 millions de personnes

Vu ailleurs L'entreprise chinoise Zhenhua Data, proche du Parti communiste chinois et de son armée, est accusée d'avoir compilé les données de 2,4 millions de personnes dont de nombreuses figures publiques. Cette base de données inclut des adresses postales, des états civils, des coordonnées bancaires... La société réfute ces accusations.
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Une entreprise liée aux renseignements chinois a compilé les données de 2,4 millions de personnes
Une entreprise liée aux renseignements chinois a compilé les données de 2,4 millions de personnes © Unsplash/Markus Spiske

L'entreprise Zhenhua Data a compilé les données personnelles de 2,4 millions de citoyens américains, britanniques, australiens et indiens. Située à Shenzhen, cette société compte parmi ses principaux clients l'Armée populaire de libération et le Parti communiste chinois.

Cette base de données a été transférée à l'universitaire américain spécialisé en économie Christopher Balding, qui était auparavant basé à Shenzhen mais qui est retourné aux États-Unis pour des raisons de sécurité. Il a partagé les données avec Internet 2.0, un cabinet de conseil dont les clients comprennent les renseignements australiens et américains, pour qu'il puisse les analyser. Les résultats ont été publiés pour la première fois le 14 septembre par un consortium de médias, dont l'Australian Financial Review et le Daily Telegraph.

Dans un communiqué, Christopher Balding a déclaré que l'individu qui lui a fourni cette base de données s'était grandement mis en danger mais avait "rendu un service énorme" et qu'il était la preuve que "beaucoup de personnes en Chine sont préoccupées par l'autoritarisme et la surveillance du Parti communiste chinois". 

Les données liées à des personnalités publiques
Cette base de données contient les informations personnelles de 2,4 millions de personnes dont 52 000 Américains, 35 000 Australiens et près de 10 000 Britanniques, d'après les premières analyses. Y sont incluent des personnalités publiques de premier plan telles que les premiers ministres Boris Johnson et Scott Morrison et leurs proches, la famille royale, des célébrités et des personnalités militaires.

Parmi ces données, on trouve des informations disponibles publiquement sur Internet – telles que des dates de naissances, des adresses postales ou des états civils – mais également des données beaucoup plus confidentielles comme des coordonnées bancaires ou des profils psychologiques…

L'entreprise Zhenhua Data, à l'origine de cette base de données, se défend d'avoir soustrait ces informations illégalement. Interrogée par The Guardian, elle répond que "nos données sont toutes des données publiques disponibles sur Internet. Nous ne collectons pas de données. Il s'agit juste d'une intégration de données". La société nie également toute relation avec le pouvoir chinois, arguant que ses clients sont "des organismes de recherche et des groupes d'entreprises". 

Des informations utilisées dans la guerre de l'information
Reste à savoir à quelles fins sont réutilisées ces informations ? La réponse n'est pas encore tout à fait claire. Pour Christopher Balding et le CEO d'Internet 2.0 Robert Potter, "ces données semblent être utilisées pour soutenir des opérations des services de renseignement, de l'armée, de la sécurité et de l'Etat chinois dans la guerre de l'information".

Ce sont les prises de position de Wang Xuefeng, CEO de Zhenhua Data, qui ont en partie confirmé leur hypothèse. Il utilise l'application WeChat pour promouvoir la "guerre hybride", une stratégie militaire qui allie des opérations de guerre conventionnelle, asymétrique et de cyberguerre. Ce concept illustre notamment le mode de guerre du Hezbollah, adaptant l’armement conventionnel à des tactiques irrégulières lui permettant de tenir tête à l’armée technologiquement et numériquement supérieure d’Israël.

Augmenter les dépenses en cybersécurité
Pour les deux spécialistes, "les sociétés libérales ne saisissent pas les menaces incarnées par le communisme autoritaire chinois en ignorant les guerres non traditionnelles et les opérations d'influence". "La guerre d'information menée par Zhenhua s'attaque aux institutions clés des démocraties en visant des cibles comme les enfants des politiciens, les universités et les secteurs industriels majeurs. Ces derniers sont impliqués dans la transmission de l'information et la formation des politiques", poursuivent-ils.

D'où l'importance d'augmenter les dépenses en cybersécurité, d'après le ministre australien de l'Energie, Angus Taylor. Suite à une campagne d'attaques informatiques, l'Australie a récemment annoncé une augmentation de son budget de 926,1 millions de dollars sur 10 ans pour renforcer sa lutte contre les cyberattaques. Un discours similaire est tenu par le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton qui appelle l'Europe à se doter d'une capacité de "cyberdissuasion".

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