Urssaf : "Nous voulons construire un cloud souverain avec l'Assurance Maladie et l'Assurance Retraite"

Jean-Baptiste Courouble, DSI de l'Urssaf Caisse Nationale, revient sur les projets de transformation digitale de l'organisation, sa stratégie, et explique comment il compte mettre à profit l'IA et le Big Data dans sa relation client.

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Urssaf :
Dans les locaux de l'Urssaf, à Montreuil.

En charge du recouvrement des cotisations sociales, des reversements aux quelque 900 attributaires (caisses de retraite, assurance chômage…), de la gestion de la trésorerie du régime général de la Sécurité sociale, des services au grand public comme le CESU ou l'APA et de la gestion des droits de catégories de travailleurs spécifiques comme les artistes-auteurs et les micro-entrepreneurs, l'Urssaf est un mammouth. Mais, loin de se fossiliser, il évolue et se transforme.

A la tête de la direction des systèmes d'information, Jean-Baptiste Courouble pilote le changement de l'Urssaf Caisse Nationale, et doit jongler entre un SI historique vieillissant mais incontournable, l'adaptation constante aux nouvelles réglementations, et l'accélération du lancement de nouveaux services.

L'Usine Digitale : Quelles sont les spécificités du système d'information de l'Urssaf ?

J-B. Courouble : Nous disposons d'une informatique sur-mesure et très particulière, car le caractère unique de notre métier fait que nous ne pouvons pas acheter de progiciels, par exemple. Nous avons donc tout développé en interne. L'autre particularité de l'Urssaf, c'est son "legacy" cœur de métier, l'ensemble des systèmes informatiques hérités de 40 ans d'activité, qui constitue un mille-feuille de législations successives et qui continue à être utilisé. À ce titre nous faisons face aux mêmes problématiques que les banques ou les assureurs, avec des systèmes qu'il faut progressivement APIser, et pour lesquels il est difficile de trouver des compétences. Les personnes qui l'ont écrit en cobol ne sont plus là.

Nous avons abandonné une refonte "cathédrale" de A à Z. Plutôt que de tout réécrire, nous isolons le système et intervenons sur des services périphériques et sur les couches techniques, en procédant par appartements, au gré des réformes. Et cela prendra encore quelques années ! Car nous ne pouvons pas nous permettre de nous tromper. Les flux annuels d'encaissement gérés par l'Urssaf, ce sont près de 600 milliards d'euros par an. Le plus gros flux en France.

Comment est dimensionnée la DSI et comment a évolué son budget ?

Le budget IT a pratiquement doublé depuis 2017 et représente chaque année 400 000 jours/hommes consacrés notamment à la formation, au recrutement et au développement de frameworks et de plateformes open source. La DSI compte 1200 personnes et emploie en outre 800 prestataires. Elle regroupe les dix anciens centres informatiques régionaux qui ont été fusionnés en janvier 2018.

Quelles sont les objectifs de votre transformation digitale ?

Ils suivent les objectifs de la transformation au sens large de l'Urssaf, vers un accompagnement plus poussé et sur-mesure des usagers en situation de création d'activité, de flux courant mais aussi en cas de difficulté. Il faut que chacun trouve les outils qui lui conviennent, et pour cela, il faut développer à la fois ces outils et la connaissance des usagers. C'est pourquoi nous lançons énormément d’offres de services personnalisées, par exemple un espace pour les marins, et nous travaillons sur une meilleure exploitation de la donnée en recourant au Big Data et à l'intelligence artificielle pour enrichir les services.

Le troisième axe de la stratégie consiste à se rendre interopérable avec l'écosystème, que ce soit d'autres organisations du secteur social, les services des impôts, ou des entreprises privées qui développent des services de simplification des procédures "certifiées" Urssaf. C'est une logique que nous essayons de pousser de plus en plus, et elle passe par des API rendues publiques ou certifiées, pour lesquelles nous passons des conventions avec les partenaires.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

La cohabitation avec le legacy et le recrutement sont de vrais enjeux pour notre direction. Nous faisons tout pour attirer les talents et les fidéliser. En 2022 nous avons recruté 164 personnes. C’est une première étape mais nous avons beaucoup d’autres besoins pour lesquels nous recrutons continuellement. Les profils recherchés sont notamment des spécialistes du cloud, du Big Data, de l'IA, des développeurs full-stack, des directeurs de projet…

Quelle est votre stratégie en matière de cloud ?

Nous avons tout d'abord mis l'accent sur un cloud privé open source, qui héberge tous les processus métiers purs et durs. Puis nous l'avons hybridé pour le cas où il est nécessaire d’accéder à des services managés particulièrement pointus. Nous en sommes à l'étape d'industrialisation. Et nous avons utilisé les hyperscalers comme AWS pour mener des expérimentations. En revanche, sur la partie stockage, en l'état actuel de l'offre nous limitons le recours aux grands fournisseurs de cloud américains pour des raisons de souveraineté.

Nous possédons trois datacenters en France, représentant 25 000 machines virtuelles et 10 pétaoctets de stockage. Face à la multiplication des serveurs et des besoins en capacités de stockage, le projet d’avenir consiste à construire un cloud souverain avec l'Assurance Maladie, qui a ses propres serveurs, l'Assurance Retraite, et la MSA (sécurité sociale agricole), qui serait mutualisé et hybridable. En 2022 nous avons réalisé un état des lieux, et l'objectif en 2023 est de conduire de premières expérimentations, pour un déploiement et une généralisation en 2024.

Comment vous adaptez-vous à la menace cyber ?

La question de la cybersécurité est une question extrêmement importante que nous prenons très au sérieux. Nos investissements ont augmenté. Aujourd'hui, une trentaine de personnes sont en charge de ce sujet à la DSI, sans compter le RSSI rattaché à la direction générale. Nous constatons une hausse des attaques – elles se comptent en milliers chaque année -, en partie liée à une augmentation réelle et en partie à une capacité de détection améliorée.

Quelles sont les applications de l'IA pour les services de l'Urssaf ?

Nous mobilisons l'IA pour construire un tiers des plans de contrôle annuels des inspecteurs de l'Urssaf. Nous nous en servons aussi pour améliorer la connaissance des usagers afin de mieux les orienter et les aider quand ils nous contactent, et pour gérer les flux liés à l'économie collaborative.

Et le Big Data ?

Chaque mois, via les déclarations sociales nominatives (DSN) des entreprises, nous collectons l'intégralité des bulletins de salaire en France. Nous sommes capables de croiser ces données pour effectuer des recommandations, pour des besoins statistiques et de fiabilisation. Nous avons l'intention de les utiliser dorénavant dans une approche plus commerciale et marketing de la relation client. Par exemple, pour orienter un entrepreneur vers le bon statut juridique.

Est-ce que le Lab Urssaf et la Fabrique Digitale, deux structures d'innovation lancées par l'Urssaf, existent toujours ?

Oui, le Lab est logé à la direction de l'innovation et du digital, et son pendant à la DSI est la Fabrique, qui permet de prototyper rapidement des idées et le cas échéant d'en faire des produits. Par exemple, pendant la pandémie, cela nous a permis de mettre en place le formulaire de chômage partiel pour l'emploi à domicile. Plus récemment, nous avons lancé Mon Pajemploi. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur Open Urssaf, notre service d'open data, qui met des API à disposition du public. Et nous ne comptons pas nous arrêter là puisque nous allons continuer de développer les projets gérés par la Fabrique, en renforçant notamment nos équipes.

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