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Vacances : je m'autorise ou je m'autorise pas ?

Ex-directeur commercial de relaxnews et de My Little Paris, Thomas Barret a décidé en 2015 de créer son entreprise. Ambition : ré-enchanter nos matins, avec sa gamme d’accessoires siglés The Morning Company. Chose peu commune, il choisit dès le début de son aventure de tenir un carnet de bord, afin de partager ses premiers pas et ses péripéties d’entrepreneur. L’Usine Digitale publie, chaque semaine, ses récits.
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Vacances : je m'autorise ou je m'autorise pas ?
Vacances : je m'autorise ou je m'autorise pas ? © Thomas Barret

Ça y est. C’est bon. Tout est calé. J’ai tout bien fait dans les règles de l’art. J’ai prévenu à l’avance par oral, puis j’ai fait ma demande par écrit (via e-mail), comme il se doit. Reste à attendre la confirmation.

Quelques secondes passent.

Je reçois comme prévu l’email que je viens d’envoyer : ma propre demande de congés (une demi-journée, pour être précis). Je m’apprête donc à la valider officiellement.

Mais c’était sans compter la petite voix.

la petite voix qui ne laisse aucune chance

Vous savez, cette petite voix, sans visage, nasillarde, sournoise, qui vous suit partout et qui a la mauvaise habitude de surgir de temps à autre pour ne poser QUE des questions désagréables et culpabilisantes. Sans que vous ne puissiez rien y faire.

Non, cette petite voix là ne laisse aucune chance. Tapie à l’ombre du subconscient, elle rôde, elle surveille, elle analyse. Et soudain, elle surgit et interroge : [voix nasillarde] "Thomas, prendre une demi-journée de congé dans ta situation : est-ce bien raisonnable ?"

J’ai pourtant tout tenté pour en venir à bout. J’ai essayé de lui donner la tonalité de Céline Dion pour la décrédibiliser (est-ce bin raisonnable, alors qu’il seuffiraït d’aïmer ?), ou encore de celle de Dark Vador pour la rendre moins réelle (ksssshhh… est-ce bien raisonnable… ksssshhh… mon fils ?). Mais rien n’y fait. Elle est toujours là.

Paradoxalement, c’était plus facile quand j’étais salarié. Les vacances étaient dues et méritées, puisqu’une autorité supérieure (mes boss) en avait décidé ainsi. Maintenant que c’est à moi de me juger méritant ou non… c’est moins évident.

JOURNEE MONDIALE DE LA PROCR…

 

Tout à ma culpabilité d’entrepreneur RTT-iste, le nez dans un expresso fade et mes pensées dans mon projet, The Morning Challenge, je pose mon regard sur mon téléphone. Une notification automatique s’est affichée, que je lis par curiosité. Elle est issue de mon agenda. Il est écrit : “JOURNEE MONDIALE DE LA PROCR…”

Tiens, aujourd’hui c’est la journée mondiale de quelque chose ? Mais de quoi ? Procr… éation ? Procr… ureur de la République ?

Une petite voix (pas celle de Céline Dion cette fois, plutôt celle de Bernard de la Villardière), me dit de creuser. De mener l’enquête. Je relève donc mes manches et je poursuis la piste. J’affiche mon agenda. La date d’aujourd’hui : mercredi 25 mars 2015.

Et là, en plein écran, une révélation. La solution à toutes ces questions philosophiques, à tous ces doutes soulevés par la petite voix, s’affiche. Sous forme d’un bête rappel automatique. Et ce rappel indique :

[25/03/2015] – JOURNÉE MONDIALE DE LA PROCRASTINATION

(Véridique ! Pour ceux qui ne me croient pas, allez voir ici.) La petite voix est terrassée.

Elle a beau objecter avec force arguments que "la procrastination, c’est mal", et qu'"il ne faut pas remettre à demain, surtout quand on est entrepreneur", elle ne peut lutter. Le monde tout entier en a décidé ainsi, et même la petite voix doit s’y plier.

D’ailleurs à bien y réfléchir, ce n’est pas si bête. Procrastiner, savoir perdre du temps… c’est en fait très important. Je m’explique. C’est souvent difficile, et tout particulièrement pour un entrepreneur, de sortir la tête des impératifs opérationnels pour prendre du recul. Lire, flâner, rencontrer, visiter, rêvasser… Autant d’activités qui ne font pas concrètement avancer les choses. Et pourtant, savoir perdre son temps est nécessaire pour nourrir son inspiration et sa vision, deux éléments décisifs pour le succès d’un projet. Soyons honnête, c’est rarement en refaisant la mise en forme de ses slides Powerpoint pour la 15e fois ou en répondant à un 258e email qu’on trouve une idée géniale et structurante.

Libéré de toute culpabilité, je décide donc de me valider ma demande de congé.

Ma semaine, enfin ce qu’il en reste, en quelques données chiffrées, ça donne :

1 promesse tenue : open café au Numa vendredi.

2 rendez-vous importants à préparer : BETC start-up Lab et Bourse French Tech chez Bpifrance.

17 lignes Excel pour construire mon coût produit… c’est trop !

3 heures d’activité manuelle pour tester le montage d’une pièce.

5 voisins incrédules au Numa devant mon activité manuelle.

Je vous souhaite une excellente semaine, en espérant que vous procrastinerez à bon escient !

Thomas Barret, néo-entrepreneur

Ce billet a également été publié sur le blog de l’auteur : The Morning Challenge

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