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Veolia en course pour remplacer tous ses datacenters par le cloud public d’ici 2020

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Cas d'école Le groupe français de services d’environnement Veolia migre à marche forcée toute son informatique vers le cloud public. Avec pour conséquence de fermer sa cinquantaine de datacenters dans le monde d’ici 2020. En France, il aura achevé cette migration en avril 2018.

Veolia en course pour remplacer tous ses datacenters par le cloud public d’ici 2020
Veolia en course pour remplacer tous ses datacenters par le cloud public d’ici 2020 © Veolia

Le compte à rebours s’accélère pour Veolia. En avril 2018, le groupe français de services d’environnement, qui compte 163 000 personnes dans le monde et s’attend à un chiffre d’affaires de 24,9 milliards d’euros en 2017, aura fermé son  datacenter loué chez l’hébergeur informatique Equinix et infogéré par Atos. Il reposera alors pour son système d’information dans l’Hexagone exclusivement sur le cloud public. Il sera l’un des rares grands groupes au monde à avoir migré 100% de son infrastructure informatique vers le cloud computing.
 

La France, pays pilote

Le coup d’envoi de cette migration a été donné en 2015 avec la conclusion d’un partenariat stratégique avec l’américain Amazon Web Services, leader mondial du cloud d’infrastructure (IaaS pour infrastructure as service et PaaS pour Platform as a service). La France, où le groupe emploie 50 500 personnes, a été choisie comme région pilote. Mais la transformation concerne aussi la cinquantaine d’implantations à l’étranger. "En France, nous sommes presque au bout de la démarche, confie le directeur du système d’information Jean-Christophe Laissy. A l’étranger, le degré d’avancement du projet se situe entre 25 et 75% selon les pays. A l’horizon 2020, tout le monde aura achevé sa migration." La cinquantaine de datacenters détenus à l’international, dont certains en propre, auront alors été tous fermés.

Veolia a fait le choix radical du cloud public, et seulement le cloud public, alors que les grandes entreprises ont tendance à privilégier plutôt une démarche de cloud hybride combinant cloud privé et cloud public. "Le cloud public seul est la meilleure option pour répondre aux besoins grandissants d’agilité et d’innovation de nos métiers, justifie Jean-Christophe Laissy. Nous voulions aussi changer le paradigme de la sécurité et réduire les coûts. Notre infrastructure informatique est toujours dimensionnée au bon niveau, et non aux pics d’activités, et nous la payons à l’usage." La démarche a d'autant plus de mérite qu'elle est menée entièrement en interne, sans l'accompagnement d'une entreprise de services du numérique ou d'un cabinet de conseil.
 

Choix d'une stratégie d'action rapide

L’infrastructure informatique de Veolia comprend 125 000 postes de travail et 25 000 serveurs, pare-feu et objets connectés. Elle est gérée par des centaines d’informaticiens dispersés dans la cinquantaine de pays où l’entreprise est présente. "Difficile de coordonner le travail d’autant d’équipes et d’être sûr que tout le monde est à jour en termes de sécurité, de mises à jour ou d’évolution technique, estime le directeur du système d’information. Nous sommes obligés de tester tous les ans les équipements clés pour nous assurer que nous sommes au bon niveau de performances ou de sécurité.  Ce n’est plus gérable à l’échelle d’un groupe mondial comme le nôtre."


Paradoxalement, Veolia a préféré aller vite plutôt que de procéder par des petits pas. "Bien sûr, nous avons démarré par la migration de petites applications pour nous faire la main, confie Jean-Christophe Laissy. Mais nous nous sommes très vite attaqués à de gros morceaux. Cela nous offre l’avantage d’embarquer plus de monde et de rendre la transformation plus visible. Cela nous permet aussi de gérer le changement plus efficacement. Si on le fait graduellement, la machine risque de se bloquer."
 

Pari sur les services applicatifs en ligne

Le dernier grand morceau traité est le système SAP de gestion de l’entreprise, utilisé en France par 17 000 collaborateurs. Sa migration sur le cloud d'Amazon Web Services s’est achevée avec succès en octobre 2017. Elle suit celle de deux autres grandes applications : l’outil de consolidation financière et l’outil de gestion de la trésorerie. Il ne reste plus qu’à traiter les applications techniques d’annuaire réseau et de sécurité.

Dès le départ, Veolia a fait le pari des services applicatifs en ligne (SaaS pour software as a service). Une forme ultime du cloud qui affranchit de l’achat de logiciel et d'infrastructure, et de tout ce que cela implique en termes de gestion de licences, de mise à jour et de maintenance. "A chaque nouveau projet, nous avons l’obligation de privilégier la solution SaaS, explique Jean-Christophe Laissy. C’est possible dans les fonctions de support. C’est ainsi que nous sommes passés à Google pour la messagerie, Salesforce pour la gestion de la relation client,  SuccessFactors pour la gestion des ressources humaines, ou encore Acquia pour la diffusion de contenu sur nos sites Web. Mais plus on s’approche des métiers, plus cette option devient compliquée. Ce sont ces applications métiers, développées en interne, que nous portons sur l’infrastructure cloud d’Amazon Web Services. Nous migrons également des applications importantes du marché comme SAP que nous voulons continuer à utiliser."

 

Economie estimée en dizaines de millions d'euros par an

Pour Jean-Christophe Laissy , le bilan s’avère positif. "Qu’il s’agisse de fiabilité, de résilience et d’absorption des pics de charge, les promesses du cloud public sont bel et bien au rendez-vous, affirme-t-il. Nos équipes informatiques passent moins de temps dans la gestion des incidents et se concentrent désormais sur le management et les services aux utilisateurs. Sur le plan financier, nous constatons globalement une baisse de 25% des coûts d’exploitation, ce qui représente des dizaines de millions d’euros par an. La migration du système SAP génère, à elle seule, une économie de plusieurs millions d’euros par an."

Veolia n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Le groupe fait cohabiter aujourd’hui deux outils de communication : la solution cloud G Suite de Google pour la messagerie et la solution traditionnelle Office de Microsoft pour la collaboration. Jean-Christophe Laissy veut unifier tout cela en basculant tout le monde sur G Suite de Google pour l'ensemble des fonctions de communication et de collaboration. Il prévoit également de remplacer les PC traditionnels des postes de travail par des Chromebook, ces PC portables "légers" tournant sous le système d’exploitation Chrome OS de Google et donnant un accès sécurisé à toutes les applications de l’entreprise via le navigateur Chrome du géant d'internet. Un projet pilote déjà expérimenté auprès des 2 500 collaborateurs du siège à Paris. Le déploiement mondial est programmé à partir d’avril 2018.

 

Dépendance vis-à-vis de Google et Amazon

Cette migration à marche forcée vers le tout-cloud a un revers de médaille: elle risque de rendre Veolia dépendant de deux géants d'Internet: Amazon et Google. Une perspective qui ne semble pas inquiéter Jean-Christophe Laissy. Du moins pour le moment.

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