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Vers une généralisation du télétravail après la crise du coronavirus ?

La crise du coronavirus a provoqué une ruée vers le télétravail. Les entreprises et leurs employés ont inopinément pris part à une expérimentation massive de ce mode de travail décentralisé. Et si le télétravail devenait la norme ?
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Vers une généralisation du télétravail après la crise du coronavirus ?
Vers une généralisation du télétravail après la crise du coronavirus ?

"Continuez à recourir au télétravail au maximum de ce qui est possible." La consigne vient du sommet de l’Etat français. Dans son discours du 7 mai dernier, dans le cadre du plan déconfinement, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a même annoncé la publication d'un "guide spécial du télétravail" pour accompagner les entreprises peu familières avec ce type d’organisation.

Jusqu’alors, le télétravail faisait l’objet d’un fantasme pour certains ou d’un véritable cauchemar managérial pour d’autre. Et sa pratique restait très marginalisée en France. Près de 5 millions de Français sont actuellement en télétravail, selon la ministre. Et cela pourrait bien durer au-delà du confinement, à l’image de PSA, fleuron de l’automobile français, qui s’apprête à mettre au télétravail permanent ses 80 000 employés hors production.

LE COVID-19, ACCÉLÉRATEUR DE TÉLÉTRAVAIL

"C’est un fait, le remote est de plus en plus populaire. Et la crise du coronavirus a provoqué une accélération. Les entreprises sont poussées à réévaluer la nécessité de passer du temps au bureau", analyse Jordan Caroll, fondateur de The Remote Coach, un service de consulting pour aider des entreprises ainsi que des particuliers à opérer une transition vers le travail à distance.

Pour ce jeune américain, installé au Mexique, "la mentalité à l’égard du télétravail est en train de changer dans tous les secteurs". À hauteur d’un jour ou deux par semaine, le télétravail fait partie depuis plusieurs années de la culture d’entreprise de la Silicon Valley. Certaines sociétés, les "distributed company", vont même plus loin en adoptant le full remote, en se passant totalement de bureaux traditionnels : GitLab, Buffer, Platform.sh ou encore Automattic, l’entreprise éditrice de Wordpress...

L’ESSAYER, C’EST L’ADOPTER ?

Mais télétravail n’est pas applicable à tous les métiers. "J’ai 90% de mes équipes sur le terrain donc non-éligibles au télétravail", affirme Alexandre Bellity, CEO et co-fondateur de Cleany, une start-up spécialisée dans le nettoyage de bureau. Pour reste de l’équipe, vingt employés en présentiel au bureau, le télétravail était autorisé très ponctuellement, essentiellement pour les développeurs. "Je n'étais pas enclin du tout au télétravail, j’avais beaucoup d’appréhension", confie l’entrepreneur français qui affectionne "le management humain par l’humain et entre humain".

Après un mois et demi de confinement, il a été "forcé de constater une meilleure efficacité en télétravail". Cette façon de travailler oblige, selon lui, "à tout mettre à plat, à clarifier, à formaliser, à mieux répartir les rôles de chacun". Et parce qu’il a senti son équipe "plus engagée", Alexandre Bellity se dit désormais "beaucoup plus ouvert" à mettre en place davantage de télétravail au sein de Cleany.

Dans un sondage, réalisé par la société getAbstract auprès de salariés américains, 43% des personnes interrogées affirment vouloir continuer à travailler à distance après le confinement. C’est le cas de Katy, employée du secteur de la communication qui témoigne sur une plateforme de discussion où des employés s’échangent des tuyaux sur les jobs en remote : "Je n’aurais jamais imaginé être autant épanouie à travailler de chez moi. Je me sens moins stressée et beaucoup plus productive. Quelqu’un connait une formule magique pour convaincre son boss de rester en télétravail ?"

TÉLÉTRAVAILLER POUR VOYAGER

Simon Martin a tenté le coup. Cet ingénieur vibro-acoustique chez ESI Group, pionnier du prototypage virtuel pour les industriels, a convaincu sa direction de le laisser partir en remote, au Costa Rica, de décembre à mars dernier. "Je leur avais fait toute une présentation. En terme de faisabilité d’abord : en planifiant ma charge de travail, ma journée de travail type. Le fait que j’avais sélectionné Sámara, un village paradisiaque certes, mais avec un espace de coworking et une bonne connexion internet, a été primordiale", explique l’ingénieur de 29 ans qui s’était engagé à assumer le décalage horaire, quitte à participer à une réunion à 4h du matin, si besoin.

Le test a été concluant, à tel point qu’il a obtenu le feu vert pour réitérer l’expérience l’hiver prochain. "J’ai même donné l’envie à un collègue qui souhaite faire du remote en Asie", raconte Simon Martin pour qui "le remote à l’étranger reste difficile à généraliser à tous les niveaux d’une entreprise. Pour l’instant ça reste du cas par cas basé sur la confiance".

Outre atlantique, 74 % des CTO s’apprêtent à mettre 5 % de leurs employés en télétravail permanent après le confinement, selon le cabinet d’étude Gartner. "J’ai un collègue de 55 ans qui n’avait jamais fait de télétravail auparavant, il adore la flexibilité que ça lui offre", poursuit l’ingénieur qui avoue "échanger davantage avec certains collègues, par le biais de cafés virtuels" que lorsqu’il est au bureau. "Bizarrement le travail à distance a resserré nos liens."

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