Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"Video killed the TV store" : vers la fin du broadcast classique ?

En 2017, la vidéo représentera 70% du trafic Internet mondial : c’est le plus grand tournant dans l’industrie du broadcast (diffusion) depuis l’arrivée de la télévision couleur dans le salon de nos grands-parents. Pour les opérateurs, c’est une révolution du business model qui se joue alors que la convergence s’accélère entre les réseaux et le contenu lui-même, toujours plus nomade et multi-écrans. Damien Lucas, co-fondateur et directeur technique d’Anevia, décrypte ce phénomène pour L'Usine Digitale.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Video killed the TV store : vers la fin du broadcast classique ?
"Video killed the TV store" : vers la fin du broadcast classique ? © DR

L’électrochoc est finalement venu... de l’électricien. Quand j’ai voulu tout rénover chez moi et qu’il m’a présenté un devis pour déplacer l’antenne TV dans le jardin, j’ai fait tournoyer mon stylo sept fois dans ma main avant de signer. À vrai dire, cette antenne est tout sauf esthétique, alors pourquoi ne pas en profiter pour faire nos adieux ? J’ai reposé le stylo, attrapé mes clés et couru acheter une Apple TV.

Il y a 15 ans déjà, l’équipe Videolan démocratisait la télévision sur IP sur tout le campus de l’Ecole Centrale Paris. Demandez aujourd’hui à n’importe quel étudiant fraîchement débarqué au dortoir de l’université : plus personne n’emménage avec son abonnement mensuel au câble et son poste de télé.

Le campus des temps modernes est une mosaïque d’ordinateurs portables, tablettes et smartphones et dans la grande valse du multi-écrans, l’écran de télé est en train de redevenir ce que son nom indique : un simple écran parmi d’autres. Bref, nos jeunes ont coupé le cordon avec la télévision linéaire et les autres générations suivent : regarder, sur plusieurs écrans, une saison en un jour ou un film sur une semaine, font partie de ces plaisirs dont plus personne ne se prive.

les nouveaux usages sont le défi numéro un des opérateurs

Ainsi tourne la roue : les nouvelles technos ouvrent la voie à de nouveaux usages, de nouvelles expériences qui font monter d’un cran les standards de qualité. Et ma tablette de discuter 4K en Airplay avec ma dernière télé connectée. Là où l’on serait tentés de ne voir qu’un gadget de plus, c’est tout le contraire qui se joue : les nouveaux usages sont le défi numéro un des opérateurs, qui doivent faire preuve de la plus grande virtuosité dans leur façon de jongler avec les formats et résolutions. C’est là qu’ils sont attendus au tournant car la qualité compte autant que la quantité.

Et si Netflix semble vouloir redéfinir les frontières entre édition et distribution en produisant ses propres séries, cela fait un moment que la mutation a commencé. Il y a même un marché qui avait pressenti le phénomène avant les autres : la France. Qui aurait dit en effet, il y a dix ans, que Vivendi deviendrait le 2e groupe de divertissement au monde, juste derrière Walt Disney ? La seule question, à l’époque, était la suivante : quel rapport entre Cegetel et les studios Canal / Universal ? Dans un paysage broadcast traditionnel, aucun! Chacun étant appelé à faire tranquillement son métier. Vivendi avait pourtant vu juste : le contenu allait venir aux opérateurs, et le broadcast classique de vivre ses dernières heures.

un tango endiablé entre le contenu et les infrastructures

Dix ans plus tard, les projets de fusion/acquisition se suivent, se ressemblent et entérinent la vision : AT&T et Dish Network, SFR et Numericable, Comcast et Time Warner Cable, l’accord Netflix-Comcast. Tous nous racontent la même histoire : celle d’un tango endiablé entre le contenu et les infrastructures aptes à faire virevolter ce dernier dans l’ère de la mobilité. Plus qu’un défi à relever pour les opérateurs, la convergence est donc devenue un business model à part entière.

L’explosion du contenu et du nombre d’acteurs marque donc la fin du broadcast classique, et ce dans le but d’assouvir nos plus féroces appétits : voilà à quoi ressemble le gâteau que les opérateurs doivent à présent se partager, et que le consommateur, en réalité, commence à peine à savourer.

Damien Lucas, co-fondateur et directeur technique d’Anevia

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media