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Visé par de graves accusations, Clearview AI continue d'enrichir son outil de reconnaissance faciale

Vu ailleurs Dans un document financier à des fins de collecte de fonds, la start-up Clearview présente sa feuille de route pour les prochaines années. A l'origine d'un moteur de recherche biométrique pour identifier les criminels, elle souhaite élargir sa base de données et proposer de nouveaux cas d'usages. Les nombreuses enquêtes dont il fait l'objet n'ont pas l'air de l'inquiéter. 
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Visé par de graves accusations, Clearview AI continue d'enrichir son outil de reconnaissance faciale
Visé par de graves accusations, Clearview AI continue d'enrichir son outil de reconnaissance faciale © DR

La start-up Clearview AI, à l'origine d'un moteur de recherche basé sur la reconnaissance faciale, n'a pas l'air de se soucier des accusations qui pèsent sur elle. Dans un document financier consulté par le Washington Post, elle détaille sa feuille de route sur les prochaines années. Elle dit être en bonne voie pour atteindre les "100 milliards" de photographies de visages dans sa base de données d'ici un an. Le but : pouvoir identifier "presque tout le monde".

Retrouver un suspect
L'entreprise newyorkaise se présente comme un fournisseur de technologie de reconnaissance faciale pour les organismes chargés de l'application des lois, comme les forces de l'ordre, leur permettant de retrouver facilement un suspect. Ils peuvent utiliser cet outil pour identifier une personne dont ils disposent d'une image issue, par exemple, d'un enregistrement de vidéosurveillance.

Elle commercialise une plateforme en ligne sur laquelle se trouve un moteur de recherche. Il fonctionne en y téléchargeant la photographie d'un visage à partir de laquelle il va calculer l'empreinte numérique correspondante à celle-ci et effectuer une recherche des photographiques auxquelles sont liées des empreintes similaires.  

Des données aspirées des réseaux sociaux
La base de données, à l'origine du fonctionnement de ce moteur de recherche, est constituée de photographies et vidéos publiquement accessibles sur des réseaux sociaux, des sites professionnels contenant des photographies de leurs salariés ainsi que des blogs. Des images sont également extraites de vidéos disponibles en ligne, par exemple sur YouTube. Cette collecte concerne des images de personnes majeures comme mineures, aucun filtre n’étant appliqué à cet égard. Seules des centaines d’URL, associées aux sites "pour adultes" ayant des audiences parmi les plus importantes, sont bloquées et exclues de la collecte.

L'entreprise veut désormais diversifier les cas d'usages de son moteur de recherche. Elle souhaiterait permettre la surveillance des "travailleurs de la 'gig economy'" par exemple ainsi que développer une technologie pour identifier une personne en fonction d'un certain nombre de caractéristiques, telle que sa façon de marcher ou ses empreintes digitales, détaille le Washington Post.

A la recherche de fonds
Le document interne a été rédigé à des fins de collecte de fonds. La société déclare que sa base de "visages" est passée de 3 milliards d'images à plus de 10 milliards depuis début 2020. Son système de collecte de données ingère désormais 1,5 milliard d'images par mois. Avec un investissement de 50 millions de dollars elle pourrait augmenter sa capacité de collecte à 100 milliards de photographies, créer de nouveaux gabarits, étoffer son équipe de vente et augmenter ses dépenses de lobbying plaidant pour "une réglementation favorable", détaille-t-elle dans le document financier. La jeune pousse a déjà levé 30 millions de dollars en juillet dernier. 

La réglementation sur la reconnaissance faciale dépend de chaque pays. Ainsi, les efforts de lobbying ne seront pas les mêmes aux Etats-Unis, où la loi est plutôt clémente, et en Europe où la technologie est beaucoup plus encadrée par le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Plusieurs régulateurs se sont d'ailleurs emparés de cette problématique.

La Cnil met en demeure Clearview AI
En France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a mis en demeure en novembre dernier la start-up de cesser d'ici deux mois la collecte et l'usage des photos et vidéos publiques aspirées sur Internet pour alimenter son logiciel. Elle estimait également qu'elle traitait ces données personnelles de manière illicite car elle ne disposait d'aucune base légale. Les demandes d'accès et d'effacement n'étaient pas non plus traitées. Si elle ne se met pas en conformité, l'entreprise s'expose à une amende pouvant aller jusqu'à 4% de son chiffre d'affaires annuel mondial (qui n'est pas connu). La conclusion de la Cnil devrait bientôt être publiée.

L'Information Commissioner's Office (ICO), l'équivalent de la Cnil au Royaume-Uni, veut infliger une amende de plus de 17 millions de livres sterling (environ 19,9 millions d'euros). La start-up est également dans le viseur des autorités autrichiennes, italiennes et grecques. Au Canada, trois organismes provinciaux de surveillance de la vie privée ont ordonné le 14 décembre à la société de cesser de collecter, d’utiliser et de divulguer des images de personnes sans leur consentement.

La mauvaise utilisation des données est au coeur de ces litiges mais également l'utilisation par les forces de l'ordre du logiciel de reconnaissance faciale. L'autorité suédoise de protection des données personnelles (IMY) a ainsi condamné la police nationale à une amende de 250 000 euros pour l'utilisation illégale du logiciel.

Une ligne de défense classique
Face aux critiques, Clearview AI utilise toujours le même moyen de défense. Elle affirme ne pas avoir besoin de recueillir le consentement des personnes parce qu'il s'agit de renseignements auxquels le public a déjà accès sur Internet. "Clearview AI explore le web accessible à tous et ne peut pas rechercher d'informations privées ou protégées, notamment dans les comptes de réseaux sociaux privés", a expliqué à plusieurs reprises Doug Mitchell, l'avocat de la société américaine.

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