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Visite au coeur de la R&D de Nokia

Reportage C’est tout naturellement au siège du groupe, à Espoo, dans la banlieue d’Helsinki, que Nokia fait la démonstration de ses projets R&D. Depuis le rachat de sa division mobile par Microsoft, l’ancien papetier a recentré ses activités R&D sur les réseaux. Au programme, 5G, réalité augmentée et hacking de mobile. Un grand absent : Alcatel Lucent, avec qui la répartition des rôles est encore en discussion.
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Visite au coeur de la R&D de Nokia
Visite au coeur de la R&D de Nokia © Florent Detroy

Pénétrer le siège de Nokia, à Espoo, dans la banlieue d’Helsinki, permet de vérifier que le design scandinave n’est pas un vain mot. De longues lampes suspendues au plafond éclairent le vaste hall d’entrée récemment rénové du Finlandais. Inspirées des champignons, ces formes étranges diffusent une lumière apaisante sur les tables épurées sur lesquelles les employés ont pris l’habitude de déjeuner. On en oublierait presque que Nokia joue actuellement sa survie après sa réorientation vers les réseaux et le rachat d’Alcatel Lucent. Décidé à concurrencer Huawei et Ericson, Nokia a notamment mis le réseau 5G au cœur de sa R&D. Cette technologie sera essentielle pour le développement de la voiture connectée, de l’IoT ou de la vidéo sur mobile.

 

LA 5G POUR 2020

 

Après quelques minutes de marches à travers le vaste campus, nous arrivons dans le centre de démonstration. Au milieu des grandes arches qui traversent la pièce, Kimmo Kettunen, research program manager du groupe, nous expose les derniers freins au développement de la 5G. Devant un écran où s’affiche une ville modélisée en 3D, balayée de spectres jaunes et verts, Kimmo Kettunen, research program manager du groupe, assure que "passer sous la milliseconde [de temps de réponse, ndlr], c’est la clef pour garantir la sécurité d’une voiture sans chauffeur." Sur l’écran, une voiture sans chauffeur percute une voiture standard devant elle, parce que l’information d’un ralentissement au feu suivant ne lui est pas parvenue assez vite. La démonstration est limpide.

Simulation d'un réseau 5G.

L’autre grand défi sera de créer des réseaux capables de traiter une multitude d’opérations simultanément. D’ici 2020, le monde pourrait compter entre 10 et 100 fois plus d’objets connectés que de personnes connectées selon Nokia. "Si le gens sont encore sceptiques devant la voiture connectée, ils ne le sont plus devant l’IoT. L’internet des objets est déjà là", assure Kimmo Kettunen. Là encore, beaucoup de points restent en suspens. "Nous ne savons pas par exemple sur quelle fréquence sera construite la 5G", reprend le chercheur. Nokia travaille ainsi sur les ondes millimétriques, "mais il faudra probablement recourir à la multiconnectivité entre la bande millimétriques et centimétrique, précise-t-il. Les réseaux devront sans doute être capables de mixer la 5G avec la 4G ou le Wi-Fi."

 

Aucun constructeur n’a encore atteint toutes les performances demandées pour la 5G, comme un débit de 10 Gbps ou un temps de latence (temps de réponse) inférieur à la milliseconde. Les standards définitifs de la 5G devraient être annoncés prochainement par l’Union Internationale des Communications (ITU), qui se réunit jusqu’au 27 novembre à Genève. Pour Nokia, le premier test grandeur nature aura lieu en 2018, lors les JO d’hiver de Corée, même si "les premiers résultats seront réellement attendus au JO de Tokyo [de 2020]. En attendant, il y a encore beaucoup d’améliorations à faire dans la 4G et dans le LTE", précise Kimmo Kettunen.

 

Des réseaux plus flexibles

 

Nokia doit aussi repenser l’architecture des réseaux afin de les rendre plus flexibles et plus sures. La R&D du finlandais travaille ainsi sur des architectures réseau moins centrées autour des fonctions cœur de réseaux. L'une des solutions est de les dématérialiser, avec le développement des SDN (Software Defined Networking) et des NFV (Network function virtualization). Le groupe mise également beaucoup sur l’essor des applications "liquides", qui permettront de transférer une partie du traitement à d’autres maillons du réseau. Les antennes relais deviendront notamment plus intelligentes, et permettront de réduire le temps de latence et de soulager les réseaux. L’objectif, "c’est de traiter la data avant qu’elle devienne big", résume Sorin Ifrim, business development manager du groupe.

La réalité augmentée, tablette à l'appui.

 

Plus puissant et plus proche du consommateur, ces réseaux permettront entre autres de développer la réalité augmentée. Sur la tablette que tend Sorin Ifrim, chaque immeuble de la maquette que l’on regarde est affublé d’icônes indiquant la présence d’un commerce. Il suffit alors de taper "pizzeria" pour que seuls les icônes associés restent à l’écran. En prime, la tablette a déjà calculé l’itinéraire pour s’y rendre. "Ikea utilise déjà ce type d’application pour vérifier qu’un meuble rentre bien dans votre pièce", précise Sorin Ifrim.

Maquette de démonstration des solutions de réalité augmentée.

 

Immersion à 360°

 

Nokia a également adapté le fruit de ses recherches en matière de réalité augmentée à sa caméra 360 degrès Ozo, lancée en juillet dernier. L’objectif est de proposer une nouvelle expérience aux spectateurs de grands évènements. Alors que la démonstration de la caméra emmène le spectateur dans les travées de la philharmonie de Berlin, la réalité augmentée lui permet de découvrir sur son écran les caractéristiques de chaque concertiste et de son instrument. Nokia reconnaît toutefois que les opérateurs intéressés par cette technologie envisagent de l’utiliser davantage dans des stades de foot que dans des salles de musique classique.

Démonstration de la caméra Ozo à Berlin.

 

Hacking de mobile

 

Autre grand challenge de l"ère numérique : la sécurité. Nokia a abandonné le projet de travailler sous Android lorsque Microsoft s’est emparé de la division mobile du groupe finlandais. C’est peut être le projet d’y revenir, avec le lancement d’un smartphone pour 2016, qui a poussé Nokia à se renforcer sur ce secteur. Car Android, "c’est une jungle, et un paradis pour les hackers", résume Rolf Maste, chargé de la sécurité chez Nokia Networks. La démonstration est inquiétante. Alors que vous jouez à un jeu sur mobile, une caméra prend une photo de vous. Votre visage s’affiche alors sur un écran de contrôle, avec votre identité et votre localisation. Nokia a consacré un forum à la question de la sécurité à Berlin en octobre dernier.

Antenne-relais reliée à un panneau photovoltaique.

 

Lors de cette visite, les questions énergétiques sont étrangement restées absentes. Seule la présence d’un panneau photovoltaïque sur une antenne relais rappelle que la question est bien une priorité. Le panneau n’est toutefois destiné qu’à assurer le fonctionnement des antennes dans les régions isolées ou en cas de black out, précise nos hôtes. Les compétences d’Alcatel Lucent, sur les small cell notamment, permettront peut-être au groupe de faire ses premières annonces. Réponse au premier semestre 2016.

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