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Y a-t-il une bulle autour de Salesforce?

Depuis 15 ans, le leader mondial des logiciels dans le cloud Salesforce peine à gagner de l’argent, alors qu’il jouit toujours d’une forte croissance. Pourtant, sa valeur boursière ne cesse de gonfler. Une situation qui interpelle de plus en plus d’investisseurs. Leur inquiétude est-elle justifiée ? Les avis sont partagés.
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Y a-t-il une bulle autour de Salesforce?
Y a-t-il une bulle autour de Salesforce?

La valorisaiton du leader mondial des logiciels de gestion de la relation client dans le cloud Salesforce est-elle une bulle prête à imploser ?

Son directeur général et co-fondateur, Marc Benioff, qui s'apprête d'ouvrir le Salesforce1 World Tour Paris, son évènement réunissant ses clients et partenaires en France, le 26 juin 2014, dirait bien sûr non. Il n’empêche que les analystes financiers se posent de plus en plus la question. Et pour cause: depuis sa création en 1999, Salesforce a rarement gagné de l’argent. 

Une action qui gagne 30% par an

Sur le premier trimestre de son exercice fiscal 2015, clos le 30 avril 2014, il a même creusé son déficit en enregistrant une perte de 97 millions de dollars, contre 68 millions un an auparavant. Pourtant le chiffre d’affaires à bondi de 37% à 1,23 milliard de dollars. Pour l’ensemble de l’exercice fiscal 2015, à clôturer le 31 janvier 2015, Marc Benioff table sur un revenu de 5,3 milliards de dollars, en progression d’environ 30%. Mais les comptes seront dans le rouge comme lors des trois exercices précédents.

Cette situation fait grincer les dents de plus en plus d’investisseurs, comme en témoigne la baisse du cours de l’action à chaque publication des résultats trimestriels. Mais pas au point d’entamer la confiance de Wall Street. L’action gagne en moyenne 30% de valeur par an. Depuis le début de l’année, elle a gonflé de 34,3%, ce qui porte la valorisation de Salesforce à 36,4 milliards de dollars, proche de celle d’Adobe Systems (36,3 milliards de dollars) ou de VMWare (40 milliards de dollars), tous deux leaders, en forte croissance et bénéficiaires, le premier dans les logiciels de création multimédia, l’autre dans les logiciels pour le cloud.

Une chasse aux clients qui coûte cher

Gemstone Equity Research fait partie des investisseurs qui trouvent cette valorisation excessive et non justifiée. Il s’inquiète de la persistance des pertes, d’autant qu’il note une dérive des coûts qui croissent plus vite que les revenus : +40% au dernier trimestre fiscal. Ceci est dû à l’investissement massif, non pas en R&D ou dans l’infrastructure, mais dans les forces de vente et de marketing pour continuer à engranger de nouveaux clients. 

La chasse aux clients constitue le nerf de la guerre dans une industrie en émergence comme celle du cloud computing. Or acquérir de nouveaux clients coûte cher, très cher. Les garder aussi. Salesforce ne dévoile pas le taux d’attrition, c’est-à-dire la part de clients qui le quittent au profit de la concurrence. Selon les analystes, il se situe entre 10 et 12%. Un taux plutôt élevé, qui oblige Marc Bénioff à investir davantage dans le service client, ce qui expliquerait la flambée des coûts.

Fragile prime au pionnier

De son coté, Michael Blair, analyste sur le blog traitant de la finance Seeking Alpha, pointe du doigt la fragilité de Salesforce face à la concurrence. Certes, Salesforce reste le pionner du modèle de vente de logiciels comme service en ligne dans le cloud, connu sous le sigle Saas (Software as a service). Il reste aussi le leader des logiciels de gestion de la relation client avec, selon Gartner, 16,1% du marché en 2013, devant SAP (12,8%), Oracle (10,2%) ou Microsoft (6,8%). Mais la concurrence monte vite, menée par ces géants traditionnels du logiciel et par une pléiade de nouveaux acteurs 100% cloud, dynamiques et innovants, comme Workday. Et la guerre des prix fait rage entre Google, Microsoft et Amazon Web Services."Ces géants, diversifiés et rentables, peuvent tenir le coup, mais pas Salesforce, dont le statut de pure player le rend vulnérable", estime Michael Blair.

Ces avertissements n’ébranlent pas l’optimisme de Balanced Investing. Pour cet investisseur, les fondamentaux de Salesforce restent flatteurs : une croissance soutenue de 30 à 40% par an, soit trois fois celle du marché, un leadership incontesté avec une part de marché passée de zéro à plus de 16% en 15 ans, et un écosystème sans égal qui rend cet acteur incontournable. La flambée des coûts est interprétée plutôt comme un bon signe qui illustre l’effort consenti par la société pour élargir sa base de clientèle et la fidéliser.

Le modèle du Saas brouille les comptes

Romain Chaumais, directeur associé d’Ysance, un cabinet français de conseil en numérique, va dans le même sens. "Salesforce incarne ce que seront les éditeurs de logiciels dans les années à venir, explique-t-il. Sa valorisation en bourse traduit sa belle promesse mais aussi la force de son écosystème. La société est encore en phase de conquête et de croissance. Tant qu’elle continuera à croître, personne ne lui demandera des comptes."

Ce débat illustre les difficultés d’appréciation des nouveaux acteurs nés d’emblée dans le cloud. "Le modèle du Saas brouille la grille de lecture des comptes financiers, car il faut investir énormément pour livrer le logiciel comme un service industrialisé pour des revenus différés et lissés dans le temps", remarque Dominique Dupuis, directrice de recherche au CXP, centre d’expertise en progiciels. Et c’est peut-être cela qui explique la patience des investisseurs qui continuent encore à faire confiance à Salesforce.

Ridha Loukil
 

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1 commentaire

F Belleton
12/12/2014 15h01 - F Belleton

J'ai parfaitement reconnu ma situation en lisant votre article. J'ai utilisé Salesforce pendant 2 ans. Il promet beaucoup, mais offre peu. Le marketing a pris le pas sur les fonctionnalités. Le service client est complètement débile (appels en anglais, des dizaines de mails envoyés pour un tout petit problème, ce qui donne une image organisée mais qui dans le fond n'est pas efficace, etc...). Et pourtant le service client est élu n01 mondial, va comprendre

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