Yokai mise sur la génération de photos par IA pour séduire le grand public et les influenceurs

La start-up française Yokai s’appuie sur l’IA générative pour produire des photos réalistes dans une diversité d’environnements. D’abord destinée au grand public, la plateforme s’ouvrira aux professionnels en 2023 en même temps qu’elle devient une application.

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Yokai mise sur la génération de photos par IA pour séduire le grand public et les influenceurs

Pour moins de cinq euros, Yokai propose à chacun de recevoir sous quelques heures cinq photos de lui dans l’univers ou dans le style de son choix, produites par un système s'appuyant sur des techniques d'intelligence artificielle génératives. Cette entreprise française est née en 2019 de l’association de Matthieu Bizien et Olivier Zetlers et vient de lancer une application iOS.

Les deux hommes avaient déjà collaboré sur un premier projet consacré à la protection automatique du droit d’auteur. Au service de plus de 5000 auteurs, leur start-up analysait des millions de pages web pour prédire lesquelles étaient en infraction afin de les faire supprimer. "Ingénieur passionné, Matthieu m’a parlé de l’intelligence artificielle générative et ça m’a rappelé ma première expérience professionnelle en agence de publicité. On faisait des shootings photo, multipliant les prises et impliquant un immense travail post-production", se souvient Olivier Zetlers.

Un outil basé sur Stable Diffusion

Pour mettre au point sa solution, Yokai utilise Stable Diffusion. "C’est l’un des trois plus grands modèles, il a été entrainé à partir d’un corpus de données open source." La jeune pousse a développé sa technologie afin qu’à partir de quelques images individuelles, une personne se retrouve injectée dans l'environnement voulu, généré par l’intelligence artificielle. L’univers photographique peut tout aussi bien placer le sujet dans la série Games of Thrones que dans le Woodstock de 1969.

"Le succès de la série évènement Mercredi Adams s’accompagne du mouvement fashion core, ces styles vestimentaires unitaires véhiculés par la génération Z. Nous créons actuellement une collection sur ce fashion core pour que les personnes puissent obtenir une photo d’elles d’un réalisme extrême en punk des années 80 ou dans le style dark academia de Mercredi." Yokai prévoit également de sortir de nouveaux thèmes comme le célèbre festival californien Burning Man.

La question du droit d’auteur

Pour placer un utilisateur de Yokai au cœur de cet évènement américain, l’intelligence artificielle générative va utiliser le macro modèle de Stable Diffusion et des milliards de photos du festival. "Théoriquement, les grands modèles d’IA générative sont allés piocher dans un corpus d’images libres de droit. Pour respecter le droit d’auteur, l’IA ne doit pas copier sans autorisation donc la question est : quand l’IA produit une image, est-ce que tout ou partie de cette photo est issue d’une image existante ? Fondamentalement non !", répond Olivier Zetlers.

Soucieux d’être transparent sur ce sujet, il reconnait que 1 à 1,5% des images générées sont coupables de copier des éléments. Sa défense : "Ce sont des accidents de l’IA sur lesquels les laboratoires concernés travaillent. On ne peut pas rendre l’IA coupable de copier quand elle apprend de l’existant." Ces systèmes ne font en effet que de copier, c'est même le principe de base de leur fonctionnement. Ils imitent les œuvres sur lesquelles ils ont été entrainés et sont surtout capables de produire des résultats hybrides à partir de nombreuses sources différentes.

Le cofondateur estime que l’IA générative mime le fonctionnement d’un artiste qui s’inspire du travail d’un autre pour faire un tableau dans un genre semblable mais en rien identique. "L’IA va décomposer les formes en équations complexes pour généraliser sa compréhension. La notion de copiage est détruite dans son processus." Notons néanmoins que le sujet de l'application de la propriété intellectuelle dans le cadre de la génération d'images n'a pas encore été tranché sur le plan légal.

Du grand public aux professionnels

Yokai se met d’abord au service des particuliers avec l’objectif de diminuer progressivement le coût de son service pour devenir gratuit. "Notre système nécessite des cartes graphiques puissantes, coûteuses et énergivores", justifie le cofondateur. La génération Z est visée en premier lieu mais la start-up entend s’ouvrir à d’autres marchés en 2023, à commencer par les influenceurs, les modèles photos professionnels et tous ces publics qui multiplient les prises de vue et doivent générer de nouvelles photos rapidement.

Les cofondateurs vont également se tourner vers le marché B2B, d’abord auprès des services d’impression photo qui pourraient embarquer la solution de Yokai pour développer leur offre avec des livres photos nouvelle génération. "Nous allons également nous adresser aux marques de mode et de beauté pour proposer aux utilisateurs de générer des photos d’eux dans l’environnement de la marque, et ainsi immerger le client dans leur univers."

A plus long terme, probablement en 2024, Yokai poursuivra son déploiement en allant vers les agences de publicité. "Notre solution ne répond pas encore aux attentes de ce marché en termes de flexibilité et de fonctionnalités." Quid des photographes professionnels ? "Le photographe qui apporte une dimension artistique va être préservé, il apporte son œil pour composer l’image finale, l’IA va l’assister."

Protéger des dérives

En parallèle, Yokai veut se protéger des dérives et détournements potentiels de sa technologie. Certains pourraient en effet concevoir une image à partir de la photo d’une autre personne. "Il y a peu de risque car les environnements éditorialisés et les possibilités d’images générées restent cadrés." De plus, Yokai met un point d’honneur à ce qu’un humain vérifie chaque photo avant l’envoi aux utilisateurs. "Le système s’appuie sur des images réalisées depuis des dizaines d’années, potentiellement porteuses de contenus racistes ou sexistes d’un autre temps. Il est programmé pour éviter leur présence mais l’humain contrôle toutefois que l’algorithme a fonctionné."

Enfin, pour éviter qu’une image générée de cette façon soit présentée comme une photo prise dans un contexte réel, Yokai a mis en place un système d’identification de contenu capable de reconnaitre ses propres pixels et ainsi de préciser si la photo a été générée par elle.

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