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"2018, c’est l’année de l’ouverture de la French Tech à de nouveaux sujets", Mounir Mahjoubi

Entretien Emmanuel Macron s’est engagé à faire de la France une start-up nation d’ici à 2022.  Une mission portée par Mounir Mahjoubi. French Tech, tour des start-up… le secrétaire d’Etat au Numérique livre son premier bilan et ses ambitions. Sans oublier les TPE/PME qu’il compte aussi accompagner dans leur transformation numérique.
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2018, c’est l’année de l’ouverture de la French Tech à de nouveaux sujets, Mounir Mahjoubi
"2018, c’est l’année de l’ouverture de la French Tech à de nouveaux sujets", Mounir Mahjoubi © Stéphanie Mundubeltz-Gendron

Le premier volet de votre politique numérique concerne l’économie, avec notamment la French Tech et l’accompagnement des start-up. Alors que David Monteau vient de remettre sa démission, quelle orientation souhaitez-vous donner à la French Tech ?

Mounir Mahjoubi – La French Tech, c’est quelque chose qui marche bien. Du coup, on continue. Il y a des sujets sur lesquels on est obligé de tout réinventer car on n’est pas d’accord avec ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui, ou parce que rien n'a été fait. Et il y a des sujets où c’est bien, il faut le reconnaitre et il faut le développer. Développer la French Tech est une volonté. David Monteau a décidé de partir pour créer une boîte. Cela veut dire que 2018 sera aussi l’année de se poser la question de ce qu’on peut faire de plus ou différemment.

 

Que comptez-vous mettre en place ?

M. M. –  La French Tech est un programme où l’on a fait des innovations très neuves mais qui pourraient être encore plus neuves en 2018. Qu’est-ce qu’on fait pour la mise en relation entre tous les acteurs, pour les French Tech Hub à l’étranger, pour les innovations de rupture, pour le lien avec les industries qui ne sont pas identifiées comme French Tech à l’origine. Il y a plein de boîtes French Tech dans l’énergie, les transports… 2018, c’est l’année de l’ouverture de la French Tech à de nouveaux sujets. On a confirmé tous les budgets, mais on a donné quelques priorités complémentaires, comme le sujet de la mixité et de la diversité sociale : comment peut-on avoir plus de femmes et plus de personnes issues des quartiers populaires dans le numérique ? C’est tout l’enjeu du travail avec French Tech Diversité.

 

Mais la French Tech Diversité avait déjà été annoncé en mars 2017 par Axelle Lemaire, avant votre arrivée au gouvernement?

M. M. – Oui, mais on a doublé le budget et on est en train de le passer à l’échelle nationale. Ce qui a été annoncé, c’est l’expérimentation. Il se trouve que l’expérimentation est bien et on avance.

 

Quel est le bilan positif de la French Tech, pour vous ?

M. M. – C’est l’effet que cela a eu sur les métropoles qui souhaitent être labellisées. Quand vous voyez Montpellier, par exemple, et ce que ça a fait pour la ville de devenir métropole French Tech, c’est génial. Tout est dû à la force de ces villes. Ce que la French Tech a fait, c’est de construire une marque, une identité, des outils, des processus, des facilitations à l’international pour permettre à la métropole d’accélérer son dispositifs. L’enjeu, c’est de définir l’étape d’après pour celles qui sont très bonnes et aider celles qui ne le sont pas à atteindre ce niveau-là.

On n’a pas encore trouvé le modèle concernant les réseaux thématiques French Tech

 

Qu’est-ce qui fonctionne moins bien ?

M. M. – Concernant les réseaux thématiques, on n’a pas encore trouvé le modèle. Cela a été expérimenté il y a moins d’un an. Certains ont déjà des résultats, ont organisé des événements internationaux, se sont déjà réunis à différents endroits de France, tandis que d’autres sont encore dans les échanges d’e-mails. La question, c’est : comment on anime cela, comment on accélère ? L’idée est d’être encore plus ciblé, plus tactique dans ce en quoi on investit et dans ce que l’on finance.

 

Qu’entendez-vous par plus tactique et plus ciblé ?

Vous serez présent au CES de Las Vegas. Avec des annonces dans les valises ?
Mounir Mahjoubi
Pas forcément avec des annonces, mais avec beaucoup d’envie d’accompagner. Je vais passer du temps avec les start-up de la French Tech. Mais je vais aussi passer beaucoup de temps avec les TPE et PME françaises, avec une délégation d’entreprises issue de l’économie traditionnelle. Le syndicat CPME sera très présent, le Medef aussi, de mêmes que des entreprises non syndiquées. Il y a beaucoup d’entreprises innovantes qui ne viennent pas du numérique.

Le CES, c’est un incontournable aujourd’hui, selon vous ?
M. M. – Quand on est une start-up innovante, le but c’est de montrer au monde qu’on est les plus innovants. Si on est une boite de l’économie traditionnelle, c’est aussi une façon de se frotter aux autres. Je trouve génial qu’une PME aille sur place avec deux ou trois personnes pour voir en vrai le niveau mondial, se tester et voir ce qu’on est capable de faire.
M. M. – Aujourd’hui, on ne fait aucun choix de thématique, de territoire, de cible d’export… Il y a un comité qui se réunit, mais on ne peut pas dire que c’est la traduction d’un choix. Ce n’est pas du saupoudrage non plus, car ce sont de très grosses sommes accompagnées de vrais programmes qui peuvent tourner et avancer. Mais cela ne permet pas de dire sur quel sujet la France est un peu retard et sur lesquels il faut qu’on avance.
 

Sur quelles thématiques faut-il accélérer justement ?

M. M. – L’énergie, la santé, la ville, les seniors, la cybersécurité, les transports… Tous ces sujets qui étaient un peu secondaires deviennent majeurs. Mais il y a ce que je pense et le travail que va faire la personne qui va rejoindre la nouvelle équipe pour définir les méthodes afin d’arriver à cette finalité.

 

Quand vous parlez de sommes énormes, de combien s’agit-il ?

M. M. – Il s’agit de plusieurs centaines de millions d’euros mais qui sont déjà engagés depuis plusieurs années. Le budget est déjà fléché. Li'dée est de savoir comment la French Tech peut être encore plus utile et encore plus présente. Faire rayonner, c’est faire la communication de la France technologique au travers le monde et montrer qu’on est les meilleurs sur certains domaines et certains sujets. C’est très important et il faut qu’on fasse de la très bonne comm’.

 

Vous avez démarré le Tour des start-up fin novembre 2017 afin d’identifier les besoins des jeunes pousses et trouver des solutions pour les accompagner. Quel est le premier bilan ?

M. M. – En une semaine, on avait déjà recueilli 500 formulaires. Sur les 500, il y a de grands sujets, comme les ressources humaines, le financement… Dans les sujets très spécifiques, toutes les start-up qui sont dans les milieux réglementés se plaignent du processus administratif réglementaire de certification…  Sur des grosses boîtes, tout le monde trouve absolument normal d’attendre un an et demi pour le processus, mais en temps start-up, un an et demi, c’est un an et demi où il y a zéro euro qui rentre. Ce n'est pas comme s’il y avait 50 autres produits qui font du cash-flow. C’est dans notre objectif de réduire toute cette complexité et ce temps pour les start-up.  

C’est ce qui ressort d’un premier survol. Quand on fera le travail d’analyse exhaustif (courant février 2018, ndlr), on sera beaucoup plus précis. J’attends de voir la fin pour être sûr qu’on n’oublie rien. Ce tour des start-up doit nourrir aussi sur les grandes priorités de la French Tech.

 

Par rapport à l’Europe, on parle de la French Tech, mais l’Allemagne et le Royaume Uni se mettent aussi en avant de leurs côtés. Cela peut être confus d’un point de vue international. Il n’y a pas de flagship "Europe Tech"…

M. M. – Il faut que l’Europe politique crée les capacités pour n’importe quelle boîte européenne de pouvoir exister sur tous les pays membres et les 500 millions de citoyens consommateurs d’Europe. Il ne faut plus qu’on se lance dans un pays donné, mais vraiment à la taille européenne. Donc on facilite tout le contexte législatif, réglementaire et on l’espère fiscal pour qu’il y ait une vraie capacité pour les acteurs européens de jouer l’Europe comme un marché. Plus on aura des boîtes qui vont se mettre à être des boîtes immédiatement européennes plus ça va faire émerger une identité européenne. Aujourd’hui, les start-up françaises se lancent en France, les start-up allemandes se lancent en Allemagne et ainsi de suite. Le jour où la prochaine grosse start-up, c’est une start-up du transport, qui vient de Finlande qui a lancé son projet au Danemark et qui a comme grand financeur Xavier Niel à Paris, là on commencera à se dire qu’on est profondément européen. Ce n’est pas encore le cas.

 

Pensez-vous que nous aurons aussi nos Gafa ou nos BAT européens ?

M. M. – J’y crois avec le transport, avec l’énergie, avec l’intelligence artificielle. Je crois qu’avec ce qu’on est en train de mettre en place, on aura des acteurs qui vont taper directement 500 millions de consommateurs, donc ça va leur permettre d’aller beaucoup plus vite au début et ça va faire de de nous un des gros acteurs des 5 ou 10 ans à venir.

J’ai récupéré ma recommandation sur les PME/TPE en arrivant [au gouvernement] et je souhaite la mettre en place

Concernant la numérisation des TPE et PME, quelles sont les grandes lignes de votre stratégie ?

M. M. – C’est un sujet que je porte depuis longtemps, que je portais quand j’étais président du CNNum. J’avais rendu une recommandation sur le sujet, qui n’a pas été mise en place. J’ai récupéré ma recommandation en arrivant et je souhaite la mettre en place : comment on arrive à activer et à mettre en place un dispositif qui permet de rentrer en contact avec ces TPE/PME, de présenter des types de projets qu’elles pourraient mener pour se numériser, avec une philosophie, celle des premiers pas numériques.

Il ne faut pas qu’on leur demande de faire de la blockchain ni des objets connectés. On va peut-être dans un premier temps leur proposer d’être présent sur un site, sur une plateforme, de mettre en place un premier dispositif de sécurité… et de dire qui peut les aider près de chez elle, combien ça coûte et qui peut les financer. C’est à la fois une plateforme, de l’accompagnement humain, du contenu et du fléchage de financement. Ce sera en place incessamment sous peu.

 

Incessamment sous peu, c’est combien de temps ?

M. M. – J’ai missionné Philippe Arraou (fin octobre 2017, ndlr), président des experts comptables de France, pour préfigurer à quoi ressemblerait ce dispositif et surtout la première mission que je lui ai demandée, c’est de fédérer l’ensemble des partenaires qui seraient prêts à cofinancer, colporter et diffuser ce dispositif. Et dedans, il y a tous ceux qui ont décidé d’accompagner et d’aider les entreprises. J’ai une très grande attente des experts-comptables. Ils voient les PME deux à trois fois par an. Donc si chaque expert-comptable, à chacun de ses clients, fait faire le diagnostic du numérique en ligne et leur fait des propositions, on touche un million de PME dès la première année. Et ça c’est génial.

 

Et les PME sont ouvertes à cela ?

M. M. – Très ! On avait interrogé 300 PME pendant le rapport. Elles veulent qu’on leur dise par où commencer et combien ça coûte.

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