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Alphabet ou l'illusion de la transparence

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Concession aux analystes financiers qui ne comprennent plus rien à cette entreprise pieuvre totalement atypique, ou signe que la valeur des groupes du numérique, devrait se mesurer autrement qu’en taux de clic ou répartition du chiffre d'affaires : Google devient Alphabet. Le groupe se structure par filiales, par grands projets, pour afficher des résultats financiers détaillés de son activité. Mais peu de chance que d’un simple changement d’état civil naisse une soudaine transparence sur la stratégie de cet ovni économique. Ni que le géant arrête de viser la lune avec ses moonshots sous prétexte que seul son moteur de recherche gagne de l’argent.

Alphabet ou l'illusion de la transparence
Alphabet ou l'illusion de la transparence © Alphabet

Google a pris la planète numérique par surprise au beau milieu de l’été. Désormais, il faudra l’appeler Alphabet ! Sans spéculer sur le choix du nom, il est déjà possible d’essayer de comprendre les impacts de la réorganisation induite par cette nouvelle appellation. Le géant californien rebaptisé ne se décrit pas encore de A à Z – il faudra attendre la fin de l’année pour les détails – , mais il devrait compter au moins huit divisions. Et Google, tel que la plupart des internautes le connaissent, ne sera plus que l’une d’entre elles, avec son moteur de recherche, Google Ads, Youtube, Android et ses apps, Gmail, Drive, Maps et consors et l’infrastructure sous-jacente à l’ensemble.


Les sept autres entités, celles des grands projets connexes de l’entreprise, bien que déjà connues, apparaissent désormais comme des filiales ou business units : Calico pour la santé (et la fin de la mort…), Nest pour l’internet des objets, Fiber pour les télécoms, Sidewalks Labs pour la ville et les transports, le fonds Google Capital et le VC Google Venture et, last but not least, le laboratoire Google X des "moonshots" (des projets qui visent la lune) comme la Google Car ou les Google Glass.

 

Chacune de ses divisions, Google compris, a désormais son CEO, qui n’est autre que son ancien dirigeant comme Craig Barratt pour Fiber, Arthur Levinson pour Calico, Tony Fadell fondateur de Nest, ou Sundar Pichai, qui tient déjà les rênes opérationnelles du nouveau Google depuis octobre dernier en devient le CEO.

 

Flatter la bourse

 

Rien de très nouveau sous le soleil brulant de la Silicon Valley. Cette organisation déclarée ne fait qu’acter un fonctionnement existant, même s’il est habituellement volontairement laissé flou par l’entreprise. Alphabet pose un calque sur l’organigramme existant de l’entreprise, et souligne à gros traits la réalité de l’ex-Google devenu Alphabet pour tous ceux qui ne le suivent pas de près. Ceux qui persistent à l’appeler "le moteur de recherche" omettant ses incursions dans les télécoms, la robotique ou l’automobile.

 

Mais tout comme Facebook a dû bousculer sa stratégie pour se faire accepter en bourse, aussi puissant soit-il, Google doit aussi faire bonne figure et se faire comprendre des financiers sous peine de sanction boursière (l’annonce d’Alphabet a inévitablement fait grimper le cours de Google de 6% en quelques heures à près de 700 dollars). Il doit tout du moins faire en sorte que la bourse ait l’impression de le comprendre, grâce à une structure proche de celles des industries classiques.

 

Fin mai 2015, Google a d’ailleurs débauché la directrice financière de la banque Morgan Stanley, Ruth Porat. Sans surprise, elle deviendra celle d’Alphabet. Et lui reviendra la rude tâche d’afficher la transparence économique du groupe, de contrôler la rentabilité des entités, même si elle dépend hiérarchiquement des deux fondateurs, amoureux d’innovation.
 

UN modèle économique toujours  Incompris 

 

Comme le note un contributeur du site Seeking Alpha, pour les analystes financiers qui jugent les entreprises trimestre par trimestre, il est plus sensé pour Google d’investir dans son moteur qui rapporte, plutôt que dans tous ses projets connexes aujourd’hui générateurs de couts. Tout comme il semblait plus sensé pour Kodak de continuer d’investir dans la photo analogique plutôt que numérique ou pour Nokia dans les mobiles simples plutôt que dans les smartphones, ajoute-t-il non sans ironie... CQFD.

 

Fin 2014, dans une de ses études, le cabinet français Fabernovel avait quant à lui décortiqué les modèles de Google et des 3 autres GAFA. Il y rappelait justement qu’une des caractéristiques de ces géants résidait dans l’absence de cœur de métier. Leur objectif principal consistant à s’accaparer le plus grand nombre de clients possibles, en leur fournissant tous les services dont ils ont besoin, sans distinction. Une vérité particulièrement vérifiée chez Alphabet. Autant dire qu’une organisation en business units n’y a que peu de sens. Au diable le "core business". Reste qu’un Alphabet, organisé par filiales, quasiment par business units, rassure.

 

Si l’on en croit le groupe, chaque entité devrait donc présenter dès la fin de l’année ses propres comptes donnant une plus grande transparence à l’ensemble. Aujourd’hui, on sait globalement que Google empoche un chiffre d'affaires proche de 70 milliards de dollars (35 milliards au premier semestre 2015) dont la forte majorité provient de la publicité associée à son moteur de recherche. Mais quid de la Google Car ? Des Google Glass ? de Nest ? Désormais, le groupe avouera que tous ses projets perdent de l’argent, sauf Google. So what ? 


Lors d’une rencontre avec l’Usine Digitale, Salim Ismail, directeur exécutif de l’Université de la singularité (financée en particulier par Google), rappelait que "quand on gagne plus de 15 milliards de dollars par trimestre, on peut se permettre de jouer un peu avec des projets plus risqués." Il voit dans Google X l’exemple parfait des organisations exponentielles dont il se veut le théoricien. "Si vous êtes une entreprise qui veut lancer quelque chose, il ne faut pas simplement faire un peu mieux que le statu quo, mais dix fois mieux. Puis ensuite, cent fois mieux." C’est le modèle Google. Celui de sa réussite actuelle et future.
 

Une transparence de façade ?

 

Faut-il voir dans Alphabet une simple concession aux analystes financiers qui ne comprennent plus rien à cette entreprise pieuvre totalement atypique ? Faut-il y voir un signe que la mesure de la valeur des groupes du numérique, et de celui-ci en particulier, ne devrait pas se mesurer autrement qu’en taux de clic ou répartition du chiffre d'affaires ? Un peu de tout ça sans doute. Google change de nom, mais reste une gigantesque pieuvre, aux tentacules difficiles à saisir.

 

Peu de chance que d’un simple changement d’état civil naisse une soudaine transparence sur la stratégie de cet ovni économique. Alphabet est un moyen de calmer la bourse tout en laissant aux fondateurs, en particulier, la latitude de s’amuser avec leurs jouets de luxe préférés. Les faramineux revenus de Google continueront d’alimenter les projets lunaires de Larry Page et Sergei Brin, aussi fous que des ballons pour connecter la Terre ou des robots de guerre. Et il sera bien difficile de détricoter les mailles d’une entreprise où la recherche en algorithmique, l’IA, le machine learning et… les données des internautes sont les biens les mieux partagés entre tous les projets.
 

Alphabet n'assagira pas Google

 

"Nous avons fait beaucoup de choses folles à nos débuts. Beaucoup de ces choses ont aujourd’hui plus d’un milliard d’utilisateurs, rappelle Larry Page au détour d’une phrase dans le communiqué de lancement d’Alphabet.. […] Mais dans l’industrie de la technologie, où ce sont les idées révolutionnaires qui créent les futures sources de croissance, il faut parfois se sentir un peu dans l’inconfort pour rester pertinent."

 

Qu’on se le dise. Google ne va pas s’assagir. Et arrêter de vouloir faire des robots de guerre ou arrêter la mort, sous prétexte que pour l’instant, ça ne rapporte pas.

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