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App Store : Pourquoi les changements proposés par Apple sont insignifiants pour les développeurs

Pour échapper une nouvelle fois à une sanction, Apple se dit prêt à changer de politique sur sa boutique d'applications. Il pourrait autoriser les développeurs à informer leurs utilisateurs par email ou via leur site web de l'existence de moyens de paiements alternatifs à l'App Store. Présentée comme une concession majeure, cette faculté n'a pas d'impact profond sur le quotidien des développeurs, qui sont lourdement imposés par Apple à travers un prélèvement de 30% sur les revenus générés depuis les smartphones.
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App Store : Pourquoi les changements proposés par Apple sont insignifiants pour les développeurs
App Store : Pourquoi les changements proposés par Apple sont insignifiants pour les développeurs © Zhiyue Xu/Unsplash

Pour clore un recours collectif initié par un groupe de développeurs américains devant un tribunal californien, Apple a émis une série de propositions détaillée dans un communiqué publié le 26 août. L'accord doit encore être avalisé par un juge pour devenir définitif.

Moyens de paiement alternatifs
La firme de Cupertino souhaite "offrir de meilleures opportunités commerciales aux développeurs, tout en gardant le même niveau de sécurité et de fiabilité plébiscité par le public", peut-on lire dans son communiqué. Parmi ses propositions, Apple permettrait aux développeurs d'applications d'informer leurs utilisateurs de l'existence de "moyens de paiements" alternatifs à l'App Store.

Cette pratique, qui est jusqu'ici strictement interdite par les conditions d'utilisation de l'App Store, permet de contourner le prélèvement de 30% – depuis peu 15% pour les développeurs qui ont réalisé moins d'un million de dollars de chiffre d'affaires sur un an – sur tous les revenus générés via les paiements depuis les smartphones (y compris les abonnements mensuels).

En effet, en informant leurs utilisateurs qu'ils peuvent acheter un abonnement sur leur site internet ou par email, les développeurs ne seront plus soumis à cette taxe, considérée comme trop élevée et totalement injuste par les acteurs du secteur. Elle représente tout particulièrement un désavantage pour des entreprises en compétition avec les services maison d'Apple, comme Spotify pour la musique.

Un changement insignifiant 
Présentée comme une concession majeure par Apple, cette nouvelle faculté n'engendre pas de réel changement dans les relations historiquement très tendues entre l'entreprise et les développeurs, à l'image de la bataille judiciaire actuellement menée par Epic Games.

L'entreprise à l'origine du moteur Unreal et du jeu à succès Fortnite accuse Apple d'abuser de sa position monopolistique en obligeant les développeurs à utiliser son système de paiement pour toutes les transactions réalisées sur les applications accessibles sur sa boutique. Epic remet plus généralement en question la poigne de fer d'Apple sur les appareils qu'il fabrique, avec l'impossibilité pour les utilisateurs d'installer une application sans passer par l'App Store.

Meghan DiMuzio, la directrice exécutive de la Coalition for App Fairness qui regroupe des développeurs d'applications qui contestent la mainmise d'Apple sur l'App Store (dont Epic Games fait partie) a vivement réagi à cette annonce. "L'offre d'accord factice d'Apple n'est rien de plus qu'une tentative désespérée d'éviter le jugement des tribunaux, des régulateurs et des législateurs du monde entier", a-t-elle déclaré. Elle estime que la proposition d'Apple n'est qu'une chimère. "Les développeurs n'auront toujours pas le droit de communiquer à l'intérieur de leurs applications sur l'existence de prix plus bas ou de systèmes de paiement alternatifs."

A cette occasion, Apple a également annoncé la création d'un fonds visant à "aider les petites sociétés de développement aux Etats-Unis" doté d'une enveloppe de 100 millions de dollars, peut-on lire dans le communiqué. Cette somme sera répartie entre les développeurs qui ont généré un revenu inférieur à un million de dollars "pour toutes les années civiles où ils détenaient un compte entre le 4 juin 2015 et le 31 décembre 2020". D'après Apple, cela représente "99% des sociétés de développement aux Etats-Unis".

Ce fonds n'aura aucun impact sur les "gros" développeurs d'applications qui rapportent le plus d'argent à Apple, comme Epic Games, qui a gagné plus d'1,2 milliard de dollars sur l'App Store en 2020.

Les régulateurs veulent s'attaquer à l'App Store
Mais, depuis quelques mois, les développeurs ne sont plus les seuls à critiquer la politique d'Apple. L'App Store, qui est l'une des activités les plus importantes et représente un pilier de la stratégie des services numériques d'Apple, est désormais dans le collimateur des régulateurs de plusieurs pays à l'instar de la Commission européenne qui enquête actuellement sur la place de l'App Store dans le marché de la diffusion de musique par streaming en réponse à une plainte déposée par Spotify. En effet, le Suédois est en concurrence directe avec Apple Music. La Competition and Markets Authority (CMA), l'autorité de la concurrence britannique, a également ouvert une enquête.

La position monopolistique d'Apple est également au cœur d'un projet de loi déposée en août dernier par Richard Blumenthal, Marsha Blackburn et Amy Klobuchar, trois sénateurs américains. Ce texte, baptisé l'Open App Markets Act, a justement pour objectif d'interdire Apple et Google de forcer les développeurs à utiliser uniquement leur système de paiement propriétaire. "Ce projet de loi bipartite aidera à briser l'emprise à toute épreuve de ces géants de la technologie, à ouvrir l'économie des applications à de nouveaux concurrents et à donner aux utilisateurs mobiles plus de contrôle sur leurs propres appareils", a commenté Richard Blumenthal.

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