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Après l'OCDE, France Stratégie relativise à son tour l'impact du numérique sur l'emploi

Étude "La révolution numérique détruit certains emplois mais surtout elle transforme les métiers", synthétise France Stratégie dans une note sur l'impact de la révolution digitale sur l'emploi. Le think tank y rappelle que le remplacement d'un homme par une machine est loin d'être une opération mécanique, mais qu'elle fait intervenir de nombreuses variables. 
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Après l'OCDE, France Stratégie relativise à son tour l'impact du numérique sur l'emploi
Mais oui, il y a des gens qui travaillent avec les ordinateurs. © Fotolia

C’est au tour de France Stratégie de répondre à la question clé du lien entre emploi et transformation numérique, en publiant un article aussi clair que concis de Nicolas Le Ru. Pour cela, le think tank rattaché au Premier ministre revient sur le bruit fait par l’étude de deux chercheurs d’Oxford, Frey et Osborne, qui indiquait que près d’un emploi sur deux serait menacé par la vague numérique. Comme l’OCDE l’a déjà fait, France Stratégie pointe les limites de ce travail, qui est allé un peu vite en besogne.

 

L'étude tente alors de mesurer la part d’emploi automatisable en France, en partant de l’hypothèse que pour l’être, ce dernier doit être répétitif. Une première estimation serait de s’appuyer sur les déclarations faites par les salariés sur les caractéristiques de leur emploi. Ainsi, selon la Dares, le service statistique du ministère du Travail, 40% des salariés français estimaient en 2013 que leur travail était répétitif. De là à dire qu’il est potentiellement substituable par un robot, il y a un pas que ne franchit pas France Stratégie qui préfère approfondir la réflexion.

 

Des robots mais pas patout

L’organisme considère que le caractère répétitif ou non est trop rudimentaire et profite des données collectées par la Dares pour mieux appréhender les tâches automatisables ou non. En résumé, il estime que dès lors que le travailleur a une marge de manœuvre dans la façon de mettre en œuvre les consignes pour obtenir un résultat optimal : la substitution du travail humain par un robot n’est pas aisée. En outre, il intègre l’existence ou non d’une interaction avec des tiers, tâche hautement difficile à automatiser. Là où il y a de l’émotion, le robot peine. Avec cette approche, seulement "15 % des salariés occupent  des emplois potentiellement automatisables", tandis que, calcule l’auteur, le nombre d’emplois difficilement automatisables a progressé de 33% entre 1998 et 2011.

 

Cela provient pour une part d’un changement dans la composition de l’emploi en France. L’emploi industriel, le plus susceptible d’être réalisé par un robot, régresse sur la période. Surtout le contenu des métiers a changé au cours de la période. Derrière un même intitulé se cachent parfois des réalités sensiblement différentes. Ou comme le dit l’auteur : "la révolution numérique détruit certains emplois, mais surtout elle transforme les métiers."

 

Bientôt plus d'ingénieurs télécoms que de secrétaires 

De là à en tirer un bilan global sur l’emploi, il y a plus d’un pas à accomplir. D’abord, parce que ce n’est pas parce qu’un poste peut être automatisé qu’il l’est. La technologie ne décide pas tout. Il faut que cette substitution soit acceptée socialement et qu’elle soit économiquement rentable. Par exemple, il serait possible de supprimer tous les postes de caissières aujourd’hui. Or, les magasins ne le font pas. La prévision des emplois détruits devient dès lors des plus délicates.

 

En outre, et n’en déplaise à ceux qui assimilent un peu vite numérique et destructions d’emplois, l’effet global sur l’emploi dépend de la différence entre les emplois créés et ceux qui sont supprimés. Le bilan est d’autant plus difficile à faire que le timing des destructions et des créations d’emplois n’est pas forcément le même. Depuis 1980, le nombre d’ingénieurs et cadre de l’informatique et des télécoms croît régulièrement alors que la chute du nombre de postes de secrétaires date des années 90. Qui pouvait imaginer en 1980 qu’en 2013 la France compterait environ le même nombre de secrétaires que d’ingénieurs télécoms ? Qui prévoyait la création de 310 000 postes d’ingénieurs informatiques et des télécoms entre 1980 et 2013 ?

 

Un effet global indéterminé

Sans oublier que le numérique contribue à améliorer la productivité des entreprises. Que deviendront ces gains de productivité ?Seront-ils distribués sous forme de salaire, de profit, ou d’investissement ? Autrement dit : quel sera l’impact sur la demande adressée aux entreprises et donc sur l’emploi ?

 

France Stratégie rappelle fort opportunément avec cette note que la question de l’emploi est suffisamment complexe pour ne pas se résumer à des chiffres simplificateurs et des slogans creux. L’avenir est décidément incertain et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.

 

Pour télécharger et lire la note "L'effet de l'automatisation de l'emploi : ce qu'on sait et ce qu'on ignore", c'est ici

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