Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Au France Digitale Day, les candidats LR précisent leur programme numérique

Ils n'étaient que deux candidats de la primaire de la droite et du centre à venir présenter leur programme en faveur du numérique. Si la philosophie qui les inspire est largement identique, les moyens préconisés sont sensiblement différents.   
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Au France Digitale Day, les candidats LR précisent leur programme numérique
Au France Digitale Day, les candidats LR précisent leur programme numérique © France Digitale - capture d'écran

"Start-uppeurs je vous ai compris !" Tel pourrait résumer la participation de deux hommes politiques de premier plan, Alain Juppé et François Fillon, au France Digitale Day 2016. Les deux candidats à la primaire de la droite et du centre ont déroulé un programme destiné à séduire les entrepreneurs du web. S’ils semblent s’inspirer de la même philosophie, leur discours comportaient aussi des nuances significatives.

 

La fin de l'ISF programmée

La philosophie commune aux deux hommes est dans la conviction qu’il faut faciliter l’entreprenariat, réduire les contraintes, les charges et les impôts. Ainsi, Alain Juppé s’engage à supprimer l’ISF qui "fait fuir le capital de France" et propose de transférer le dispositif actuel dit ISF PME (soit la possibilité déduire le montant d'un investissement dans une PME) par un dispositif semblable qui s’appliquerait à l’Impôt sur le revenu des personnes physiques. Comme au Royaume-Uni, indique le maire de Bordeaux, qui voudrait trouver un moyen pour ré-orienter une partie des milliers de milliards investis dans l’assurance-vie vers les start-ups. François Fillon souhaite lui aussi supprimer l’ISF et voudrait créer une flat tax d’environ 20%, ainsi que des fonds spécialisés dans l’innovation où les moins-values seraient prises en compte fiscalement.

 

Côté travail, l’un et l’autre sont persuadés qu’il faut sortir des 35 heures, en remettant la négociation dans l’entreprise pour Alain Juppé. Ce dernier souhaite que le CDI reste la norme contractuelle du marché du travail. Mais pour lever les blocages à son développement, il propose de définir dans la loi la cause réelle et sérieuse de licenciement économique. Aujourd’hui, estime-il, le juge a trop de pouvoir d’appréciation. Si la sortie du contrat est simplifiée, il pense que les embauches seront plus nombreuses.     

 

Stimuler le travail indépendant

François Fillon veut carrément supprimer la référence à une durée légale du travail contenue dans la loi et propose la création d’un statut de prestataire indépendant. Pas question pour lui de faire comme Nicolas Sarkozy qui voulait encadrer l’activité des auto-entrepreneurs. "Je ne crois pas que les auto-entrepreneurs sont un caillou dans ma chaussure. J’en suis fier", a déclaré l’ancien Premier ministre.

 

LES RÉPUBLICAINS, CETTE BANDE DE GEEKS

Quand il s’agit de convaincre les entrepreneurs du numérique ou les capitaux risqueurs de la réalité de leur intérêt pour le numérique, les hommes politiques semblent prêts à tout ou presque. Invités par France Digitale, les candidats à la primaire et anciens Premiers ministres, Alain Juppé et François Fillon ont dit tout de la primeur de leur passion du numérique.

Ainsi, Alain Juppé s’enorgueillit d’avoir été le premier homme politique français à avoir eu un blog, blog qu’il a mis en sommeil pour communiquer sur Twitter "je gère mon compte Twitter, même si je ne m’en occupe pas seul. Les gens me disent qu’ils savent quand c’est moi car je mets un espace après le point."

François Fillon ne compte pas lui laisser le privilège de primo afficionado du web. "Je suis sûrement le plus connecté des candidats à la primaire", a-t-il assuré. Et pour preuve, il a expliqué qu’il y a quelques années, quand on demandait au plus jeune de ses fils ce que faisait son papa, l’enfant répondait : "il signe des lettres et répare des ordinateurs."

On attend avec impatience les réactions de Nicolas Sarkozy, Bruno Lemaire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé ou Jean-Frédéric Poisson.
Côté rémunération, il est aussi favorable au développement de la participation et de l’intéressement, comme son homologue, ce qui n’étonnera pas tous ceux qui savent que cette idée est un héritage du général De Gaulle, une référence obligée chez ces deux membres du parti LR (pour Les Républicains). Alain Juppé a proposé de réduire le prélèvement du forfait social qui a rendu ces outils de rémunération moins attractifs.

 

Transformation numérique de l'Etat

Les deux hommes sont aussi d’accord pour considérer que l’Etat doit entamer faire sa transformation numérique. Répondant à une question de la salle sur le fonctionnement un peu trop hiérarchique descendant de la politique, Alain Juppé a répondu en proposant de créer des task force digitale dans les ministères. "La simplification doit venir du terrain. Ce n’est pas l’administration centrale qui aura l’initiative", a-t-il estimé, convoquant une fois encore son statut de maire de grande ville qu’il compare à celui de l’entrepreneur : l’un comme l’autre sont parfois paralysés par l’excès d’administration. Il a aussi estimé qu’il était envisageable d’imaginer un small business act à la française et de favoriser les adjucations par lots des marchés publics pour que les PME puissent y accéder.

 

Même objectif, méthode différente pour François Fillon. Ce dernier veut créer un haut commissariat à la transformation digitale directement rattaché au Premier ministre, qui pour ne pas être étouffé par les administrations des différents ministères serait directement rattaché au Premier ministre. Son rôle : accélérer la transformation digitale de l’Etat. Il prévoit aussi de réserver la moitié de la commande publique aux PME et aux start-up.

 

Sélection à l'université

Alain Juppé a abordé la question de l’ouverture des frontières pour faire venir des talents du monde entier. Là encore, il était interrogé par une personne du public (ce qui n’a pas été le cas pour François Fillon qui n’a pas donné son avis sur cette question). Alain Juppé a rappelé qu’il n’était pas simple de travailler aux Etats-Unis ou au Canada, et que la France était le troisième pays du monde pour l’accueil d’étudiants. Il a souhaité que le parlement vote chaque année un quota de migrants économiques correspondant aux besoins observés de l’économie. Il a aussi souhaité la mise en place d'une sélection à l’université et une orientation qui mette en adéquation les places dans les filières et les besoins de l’économie.

 

L’un et l’autre ont estimé l’importance stratégique du numérique. Pour l’un c’est un des trois axes majeurs pour dessiner le monde de demain, avec l’égalité hommes femmes et l’invention de mode de croissance qui respecte la Terre. Plus pessimiste, François Fillon a estimé que le numérique était la chance grâce à laquelle l’Europe pourrait échapper à son destin. Il ne voit pas ce dernier très joyeusement, entre déclin et décadence. Est-ce ce péril qui explique que François Fillon veut aller vite s'il est élu président, prenant exemple sur le Général de Gaulle en 1958 ou François Mitterrand en 1981 ?

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media