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[Autonomy] L'information des élus, une nécessité pour favoriser l'émergence des mobilités autonomes

Étude 90% des élus se disent intéressés par la mobilité autonome. La Macif publie à l'occasion du salon Autonomy une étude sur la thématique des élus locaux et de la mobilité autonome. L'occasion de revenir sur cette technologie, et sur la nécessité de trouver un business model pertinent qui peut passer par la mise en place d'un écosystème regroupant différents acteurs et d'un modèle qui puisse être répliqué à l'infini.
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L'information des élus, une nécessité pour favoriser l'émergence des mobilités autonomes
La navette autonome Beti de Navya circulant dans le Val-de-Drôme. © Alpcat Medias

Les élus, avec la loi d'orientation des mobilités (LOM), peuvent être des autorités organisatrices des mobilités et déployer des services de mobilité autonome. "Pourtant ils n'ont pas plus d'informations que le consommateur français moyen" sur les véhicules autonomes, constate Yann Arnaud, directeur réponses besoins sociétaires et innovation Macif, et président du conseil d'orientation de la communauté d'intérêt sur le véhicule autonome. L'assureur publie une étude* sur la thématique des élus locaux et de la mobilité autonome présentée le 17 mars 2022 à l'occasion du salon Autonomy.

64% des élus intéressés par les véhicules autonomes
Les réponses sont très proches de celles de l'enquête réalisée par la Macif et l'institut Vedecom auprès des français. Près de 78% des élus disent savoir ce qu'est un véhicule autonome. Mais seulement 30% en ont déjà vu un et 9% en ont déjà essayé un. A noter une disparité entre les élus ruraux et urbains puisque seulement 24% de la première catégorie en ont déjà vus contre 48% dans la seconde.

"Si demain on veut créer une vraie force de frappe française sur le sujet, il est nécessaire d'informer les élus", affirme Yann Arnaud. Une information d'autant plus nécessaire que 66% des élus pensent que la mobilité autonome serait une bonne chose pour leur territoire mais que seulement 15% d’entre eux comptent la déployer d’ici cinq ans. Dans le détail : 64% des élus se disent très intéressés par cette technologie, 26% sont potentiellement intéressés mais voient des difficultés et 10% la perçoive comme un simple démonstrateur technologique et non comme une solution de mobilité viable.

Informer et rassurer sur la mobilité autonome
77% des élus considèrent le déploiement d'une solution de mobilité autonome comme difficile voire très difficile (coût, démarches administratives, juridique, etc.). Pour répondre à leurs attentes, Yann Arnaud évoque la création éventuelle d'un guichet unique par l'Etat auprès duquel les élus pourraient s'informer, trouver les études et renseignements nécessaires pour connaître les investissements à réaliser afin de déployer un service de mobilité autonome. Le but est de renseigner les élus locaux, balayer leurs craintes au niveau des démarches administratives, de la législation ou des travaux à réaliser.

De même sur le sujet de l'emploi, les craintes ne sont pas forcément fondées. L'idée est de déployer de nouveaux services de mobilité pour lesquels il n'existe aujourd'hui aucun emploi puisque ce service serait trop cher à mettre en place.

En outre, la mobilité des personnes est un sujet touchant à la vitalité des milieux ruraux. Ceux qui perdent ou voient leur mobilité réduite (personnes âgées, sans permis, sans véhicule, etc.) se tournent vers des villes ou des villages avec tous les commerces à proximité. Les petits villages et les campagnes alentours sont désertés et les commerces dans ces centres sont affectés et disparaissent. Si ces personnes peuvent se déplacer plus facilement, la déperdition de ces zones peut être freinée et de la valeur peut à nouveau être créée.

Création d'une communauté d'intérêt
Le mythe du véhicule autonome pensé comme un prolongement du véhicule personnel avec des images d'un conducteur lâchant le volant sur l'autoroute pour lire son journal est loin. "Le véhicule autonome peut avoir plusieurs formes, comme les robots taxis, assure Yann Arnaud. La question qu'il faut se poser ce n'est pas est-ce que la technologie est prête et fiable, mais à qui doit-elle servir ?"

Les grandes agglomérations sont déjà extrêmement bien pourvues en transports en commun mais les territoires ruraux, que ce soit en France ou ailleurs dans le monde, sont souvent sans alternative à la voiture personnelle. Ces zones sont preneuses de nouvelles solutions de mobilité avec le véhicule autonome. "La Macif a donc voulu promouvoir un modèle de navette autonome électrique et partagée destinée aux zones péri-urbaines et rurales", explique Yann Arnaud. D'où le lancement en 2019 de la communauté d'intérêt dédiée au véhicule autonome au sein du Movin'On de Michelin qui a commandé cette étude.

Un modèle reproductible
Aujourd'hui cette communauté regroupe 11 acteurs, dont le fabricant de navettes autonomes Navya qui vient tout juste de la rejoindre. Mais, à ses débuts, l'écosystème ne souhaitait pas être accaparé par le volet technique. La communauté s'est d'abord concentrée sur l'utilité sociale de cette technologie et les business model inhérents. "Si le modèle est reproductible, il est possible de parvenir à faire des économies d'échelle et d'apprendre au fur et à mesure des déploiements", glisse Yann Arnaud.

Ce n'est pas un seul acteur qui va remporter ces marchés concernant la mobilité autonome. Si une solution française peut exister elle prendra la forme d'un écosystème réunissant différents acteurs. Derrière ce déploiement en écosystème, la Macif vise des économies. Si le modèle est reproductible et que des coûts peuvent être partagés (une supervision unique pour des services de mobilité autonomes déployés par différentes communes), les acteurs peuvent parvenir à toucher des bénéfices.

"Dès le départ, la communauté d'intérêt a souhaité trouver un modèle viable sans besoin de subvention et dans lequel chaque acteur y trouve une rémunération", clame Yann Arnaud. Pour l'instant, ce modèle n'est pas encore au point mais il devrait voir le jour lorsque les partenaires entreront en phase industrielle. "Si on peut multiplier par 10, 100 ou 1000 un modèle en ayant une connaissance des coûts et des différentes étapes à franchir, il devient exportable", assure-t-il. Cela permet d'éviter d'avoir une phase d'expérimentation trop longue.

Montée en puissance dans l'expérimentation dans la Drôme
Au-delà des personnes, les véhicules autonomes peuvent transporter des biens. A ce niveau, ils peuvent aider à répondre à l'essor de l'e-commerce avec la pandémie de Covid-19. Un véhicule autonome multi-services pourrait, par exemple, voir le jour dans le Val-de-Drôme. Des acteurs du groupement participent à une expérimentation de navette autonome – dont Navya et Vinci – débutée en septembre 2020 par la société de transport Bertolami.

Les deux navettes autonomes circulant ont déjà parcourus près de 3000 kilomètres. Dans les mois qui viennent, elles devraient être rejointes par d'autres navettes autonomes. L'objectif est d'augmenter leur vitesse de circulation et de transformer cette expérimentation en un vrai service de mobilité avec une valeur ajoutée.

A terme, différents services pourront être proposés : une navette autonome faisant office de bus et s'arrêtant à des horaires fixes à des arrêts, une navette pour de la livraison, une navette pour du transport à la demande, etc. L'objectif est d'avoir 7 navettes qui fonctionnent simultanément pour des usages différents. "La montée en puissance de cette expérimentation se fera progressivement", tempère Yann Arnaud. Cela devrait prendre deux à trois ans et permettra au consortium d'avoir de nouvelles données en vue d'établir un protocole de déploiement reproductible pour les services de mobilité autonome.

*Méthodologie : Un échantillon de 1 090 élus locaux a été constitué et divisé en deux sous-échantillons : le premier étant de 337 conseillers locaux et le second de 753 exécutifs locaux. Tous deux sont représentatifs de leur population mère respective.

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