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"Avant de parler smart city, il faut parler bâtiment intelligent", Emmanuel François, Smart Buildings Alliance

Entretien La Smart Buildings Alliance (SBA) a présenté jeudi 23 mars 2017 son Manifeste 2017 "Des bâtiments intelligents pour des territoires responsables et durables". L’occasion pour l’organisation d’annoncer le lancement du label Ready2Services, une référence pour la maîtrise d’ouvrage afin que le bâtiment connecté devienne une plateforme de services. Le point avec Emmanuel François, président de la SBA, sur les grandes actions à mener.

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Avant de parler smart city, il faut parler bâtiment intelligent, Emmanuel François, Smart Buildings Alliance
"Avant de parler smart city, il faut parler bâtiment intelligent", Emmanuel François, Smart Buildings Alliance © Smart Buildings Alliance

Quel état des lieux dressez-vous du déploiement du bâtiment intelligent en France ?

Emmanuel François : Malheureusement, quand on parle de bâtiment intelligent et connecté, on est exactement à l’ère de l’informatique, avec des ordinateurs ficelés, où on ne pouvait pas changer le lecteur de disquette. Autrement dit, c’est encore siloté et fermé. Or, ce n’est pas dans ces conditions que l’on va pouvoir déployer de manière massive. C’est sur les bases de  Ready2Services*, notre nouveau label, que l’on va pousser tous les acteurs de la maitrise d’œuvre et de la maitrise d’ouvrage, ainsi que les usagers, à aller vers des bâtiments connectés. Et, de ce fait, trouver aussitôt l’efficience qui va pouvoir justifier le déploiement massif.

 

Quel est le niveau de maturité des collectivités à ce niveau ?

E. F. : Il est très faible. Elles n’ont pas encore compris l’enjeu de parler bâtiment avant ville intelligente. Et donc de se rapprocher des bailleurs sociaux, des syndics et des asset managers pour rénover les parcs. Certaines commencent à adhérer, comme Lyon Métropole, Bordeaux Métropole ou Nice. Mais, par exemple, si Lyon est avancé à l’échelle de Confluence, elle ne l’est pas à l’échelle du territoire.

Or, il est certain que les bailleurs sociaux peuvent être précurseurs. Ils ont un double intérêt : apporter des services à leurs usagers et répondre à cette nécessité d’efficience, notamment énergétique, avec des contraintes réglementaires. Et c’est avec ces contraintes réglementaires qu’ils vont pouvoir mutualiser.
 

En France, y a-t-il tout de même des exemples intéressants ?

E. F. : Je tiens à saluer le groupe Bouygues, et notamment Bouygues Immobilier qui a eu le courage d’annoncer en juin 2016 que tous ses logements à compter de juin 2017 seraient connectés sur le concept Ready2Services. Bouygues Construction a emboté le pas. Le groupe a su prendre des risques car pour arriver à ce service, cela signifie composer avec des acteurs plus innovants que les acteurs traditionnels, des start-up parfois.

 

Quelles sont les grandes priorités de la Smart Buildings Alliance au niveau de ce manifeste ?

E. F. : Cela commence par la promulgation du label Ready2Services. Et dans la foulée, du label Ready2Grids**. Forts de cela, nous allons faire un tour de France pour sensibiliser la maîtrise d’œuvre, la maîtrise d’ouvrage et les collectivités. On commence le 14 avril 2017 avec Bordeaux Métropole. Cette fois-ci en collaboration avec Cobaty, une organisation nationale qui permet de réunir tous les acteurs du bâtiment sur Bordeaux. On souhaite développer ce type de réunion sur toutes les grandes villes de France. On distribuera le manifeste et on présentera le Cadre de référence qui sera finalisé fin mars.

On veut donner notre vision aux politiques et aux collectivités. Ce que j’attends, c’est un plan à 5 ou 10 ans, pour passer d’un territoire centralisé à un territoire décentralisé, en s’appuyant sur le numérique. Quand je dis décentralisé, c’est rapprocher les services de l’usager, c’est l’énergie, la mobilité, la santé, le travail.
 

Mais alors par quoi commencer pour être efficient justement ?
E. F. :
Par le travail, les bureaux. Nous sommes de plus en plus des travailleurs nomades. Mettre à disposition les conditions de ce nomadisme, c’est mettre en place la connectivité des lieux publics, mais aussi installer des espaces de co-working disséminés sur le territoire, en périphérie des villes comme au centre des villes. Cela ne veut pas dire construire des bâtiments, mais réhabiliter et utiliser des espaces existants pour les transformer en espaces de co-working et à termes en espaces de vie.

 

Encore faut-il que ces espaces soient proches des logements des usagers…

E. F. : Bien entendu ! Mais aujourd’hui, toutes les communes de plus de 2000 habitants ont une zone industrielle ou d’activité. L’idée est d’utiliser ces zones, sous équipées et sous utilisées, pour en faire des espaces de vie. Prenons l’exemple des hypermarchés. Pourquoi ne pas travailler avec les grandes chaînes de distribution dont le modèle est à sa limite, voire révolu.  Elles ont une opportunité fondamentale, celles d’utiliser une partie de leur surface en espace de vie, de travail, de santé, de production d’électricité et bien entendu de livraison de biens, via le e-commerce.

L’idée peut choquer, mais aujourd’hui, 5000 églises sont à l’abandon et les maires se demandent quoi en faire. Faut-il les détruire ? Ces églises sont positionnées au centre des villages. Au lieu de les détruire, il faut penser à les aménager en espace de vie. Même choses pour les fermes, les manoirs…

 

Quel est le rôle du numérique dans tout cela ?
E. F. :
C’est un outil qui dégage de l’efficience. Quand on dit que le numérique va détruire de l’emploi, c’est le contraire. C’est parce qu’on aura repensé la société, les bâtiments, les territoires autour du numérique, qu’on va repenser les modèles, créer de nouveaux services et donc créer de nouveaux emplois. Il faut penser en écosystème, en mode transverse. Et c’est bien l’objectif de la SBA qui regroupe aussi bien le promoteur immobilier que l’aménageur.

Je m’inscris en faux dès aujourd’hui. On dit qu’en 2050, 70% de la population vivra dans les villes : je ne pense pas. Le numérique va permettre de redensifier le rural. On pourra travailler de chez soi en étant loin des villes.

 

Le Manifeste est aussi dédié aux candidats à la Présidentielle. Quel est le candidat le plus ouvert ?

E. F. : Je ne les ai pas tous rencontrés. Mais je dirais que si certains ont une sensibilité, aucun n’a encore intégré cela dans son programme. On passe une fois de plus à côté d’une opportunité alors que ça devrait faire l’objet de leur programme : c’est une problématique de société à court terme.

 

Au-delà du Manifeste, quelles sont les autres grandes actions de la SBA cette année ?

E. F. : Nous allons lancer de nouvelles commissions qui sont pour nous fondamentales. Nous avons lancé la commission Smart Law, car le juridique doit accompagner cette transition. Nous lançons aussi une commission santé/bien-être avec le docteur Suzanne Deshoux, ainsi que la commission Bâtiment et territoire à énergies positives qui sera pilotée par l’IDEX. On ava partir du bâtiment à énergie positive au niveau d’un quartier et ensuite l’étendre à la ville puis au territoire. Pas uniquement sur la neuf mais aussi la rénovation.

 

En parlant de santé et de bien-être, la connectivité et les ondes posent aussi des questions…

E. F. : La commission santé/bien-être a aussi pour objectif d’alerter les usagers et les pouvoirs publics sur les nuisances potentielles des technologies. De même, au sein de la commission technologie de rupture, par exemple, on parle d’"energy harvesting", donc de capteurs sans fils, sans pile, et qui ont une émission d’ondes infimes sans perdre en puissance. Les ondes sont un sujet qu’il faut prendre en effet très au sérieux. Bref, il faut repenser les systèmes et avoir des infrastructures sans fil mixtes et filaires.  
 

Téléchargez le Manifeste 2017 de la Smart Building Alliance

 

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