Axelle Lemaire ne veut pas que la France rate l’ère du Big Data

La secrétaire d’État en charge du numérique a exhorté les entreprises françaises à embrasser la révolution du Big Data. Et pour favoriser le développement des usages dans ce domaine, elle promet d’adapter la réglementation, sans renier les valeurs en France et en Europe de protection de la vie privée.

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Axelle Lemaire ne veut pas que la France rate l’ère du Big Data

L’Europe et la France ont raté la révolution des services OTT (Over The Top), représentés par des géants comme Amazon, Google, Facebook ou Netflix, qui s’appuient sur Internet pour exercer leurs activités numériques. Pas question de rater celle de la donnée. Tel est le message d’Axelle Lemaire en ouverture de la quatrième édition de l’événement Big Data Paris qui se déroule les 10 et 11 mars 2015 au CNIT-la-Défense.

"La valeur de l’économie aujourd’hui et encore plus demain réside dans la donnée, qualifiée souvent d’or noir, de pétrole du XXIe siècle, estime la secrétaire d’État en charge du numérique. Mais la comparaison n’est pas complètement adaptée. L’exploitation du pétrole au XXe siècle a été le fait de sociétés souvent en situation de monopole. Il faudra un modèle différent pour la data."

Changer de paradigme

Les perspectives de ce gisement en termes d’amélioration des marges et de croissance sont alléchantes. "C’est plus que du pétrole, la data est le carburant de l’économie numérique, affirme Axelle Lemaire. Et sa valeur croît avec l’utilisation. Elle entraîne un changement de paradigme. Il faut avoir le courage de revoir la façon d’envisager les produits et services."

La France dispose de sérieux atouts avec une excellente école de mathématiques, des compétences pointues en statistiques et des ingénieurs rompus à la manipulation des données. "Il faut juste faire éclore ce potentiel, en misant sur l’open innovation et en s’ouvrant aux jeunes entreprises et start-up à forte capacité d’innovation", recommande la secrétaire d’État. C’est l’objectif des challenges Big Data lancés dans le cadre du plan "Nouvelle France industrielle" sur le sujet et visant à mettre en contact des grands groupes, détenteurs de beaucoup de données, et des start-up ayant des idées pour les valoriser. La ministre milite également pour le développement de plates-formes ouvertes avec des API (interfaces de programmation d’application) utilisables par d’autres acteurs pour la création de nouveaux services.

Une vision à long terme pour les données personnelles

Reste la question de la protection des données personnelles, considérée par les professionnels en France comme un frein au développement des applications Big Data. Axelle Lemaire a promis de revoir la réglementation en la matière de façon à la mettre à l’heure du numérique et accompagner l’innovation par la data. Mais pas question de franchir la ligne rouge en reprenant le modèle à l’œuvre en Amérique du Nord. "Contrairement à d’autres continents, nous avons une vision à long terme de la protection des données personnelles, explique-t-elle. Nous ne voulons pas sacrifier ce qui fait notre valeur en France et en Europe. La protection des données nous donne un avantage attractif. Il faut construire la confiance sur des principes de proportionnalité et de maîtrise des données."

Responsabiliser en amont les entreprises sur la protection de la vie privée, moderniser les autorités de contrôle, renforcer les droits des utilisateurs à maîtriser leurs données… Les pistes de travail aux niveaux français et européen sont nombreuses. Preuve de fermeté du gouvernement sur le sujet, Axelle Lemaire envisage de durcir les sanctions infligées aujourd’hui par la CNIL aux entreprises en infraction sur la protection de données. "Plafonner la sanction à 100 000 ou 150 000 euros n’a plus de sens aujourd’hui, alors que dans d’autres domaines le montant peut atteindre le milliard d’euros, se plaint-elle. Il faut revoir le modèle de sanctions de façon à le mettre au niveau de ceux dans les autres domaines." Voilà de quoi inciter les entreprises à être encore plus vigilantes dans l’exploitation des données personnelles.

Ridha Loukil

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