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"Beaucoup de chercheurs veulent que leurs travaux aient un impact réel" explique Pascale Ribon, Bpifrance

Entretien Directrice Deeptech chez Bpifrance, Pascale Ribon a répondu à nos questions sur le rapport que vient de publier Bpifrance avec le BCG et Hello Tomorrow. Elle revient sur les progrès accomplis par l'écosystème et met en exergue les actions à accomplir pour le développer davantage.
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Beaucoup de chercheurs veulent que leurs travaux aient un impact réel explique Pascale Ribon, Bpifrance
"Beaucoup de chercheurs veulent que leurs travaux aient un impact réel" explique Pascale Ribon, Bpifrance © Franck V. - Unsplash

L'Usine Digitale : Vous venez de publier une étude (1) sur l’écosystème des Deeptech ? Quelles sont ses spécificités ?
Pascale Ribon : Cet écosystème a beaucoup évolué au cours de ses dix dernières années. Il s’est beaucoup structuré avec la création des SATT. Les acteurs académiques comme le monde de la recherche ont beaucoup progressé en terme de création de start-up issues de la recherche. Il y a une véritable professionnalisation. Le nombre de start-up issues des laboratoires de recherche par an a fortement progressé, passant de 100 à presque 200 en quelques années. Notre objectif serait d’atteindre le chiffre de 400 start-up d’Ici 4 ans.

Mais il reste beaucoup de choses à faire bouger. Par exemple, il y a une multiplicité d’acteurs de sorte que l’écosystème n’est pas toujours lisible. De même, l’organisation des écosystèmes de croissance des start-up par filière peut être encore améliorée.

Quels efforts devrait faire selon vous le monde académique ?
On manque encore de profils entrepreneurs pour piloter ces start-up. Il faut reconnaître que ce sont des projets difficiles à porter. On peut aller chercher des talents à l’étranger.

Ceci dit, on n’attend pas des chercheurs qu’ils deviennent des dirigeants d’entreprise, mais plutôt qu’ils arrivent à s’associer avec les bons profils pour développer une société créée à partir de leurs travaux de recherche. Ce qu’il faut c’est que les chercheurs soient davantage conscients que la valorisation de leurs travaux de recherche via la création de start-up est un vecteur important.

Il reste que la recherche française a de vrais atouts. Nous avons les talents technologiques et scientifiques. Nous avons une qualité et une diversité importantes dans le monde de la recherche. Il y a une vraie carte à jouer.

De quel écosystème étranger la France devrait-elle s’inspirer ?
Dans l’étude que nous avons faite, nous avons comparé la France à d’autres pays européens ou aux Etats-Unis ou à la Chine. Un pays intéressant à étudier est Israël qui a su développer une capacité à projeter immédiatement les start-up dans une dimension internationale. C’est une question de culture davantage que de modalités d’accompagnement, mais nous devrions nous en inspirer.

Justement dans quelle direction faire évoluer la culture académique ?
Elle a beaucoup évolué. Pendant notre Deeptech Tour, nous sommes allés sur 14 campus en France où nous avons rencontré, à chaque fois, plusieurs centaines de personnes dont 40 à 50% de chercheurs. C’est la preuve qu’ils sont intéressés par ces discussions. Beaucoup de gens ont envie que leurs travaux de recherche aient un impact dans le monde réel.

Les modes d’évaluation ne sont pas toujours adaptés. On met en avant les publications, la participation à des colloques, les résultats académiques… Il faudrait aussi davantage promouvoir ceux qui font le choix de valoriser leurs travaux via la création d’entreprise. J’insiste, il ne faut pas transformer tous les chercheurs en créateurs d’entreprise, mais leur donner l’envie que leurs travaux puissent être appropriés par le monde économique. Ce qu’il faudrait, c’est réussir à faire travailler main dans la main ces deux univers.

Vous identifiez dans le rapport des domaines d’excellence. Comment les avez-vous choisis ?
Nous avons identifié les secteurs où la France a une carte à jouer. Il s’agit du monde de l’énergie (hydrogène, batteries électriques…), de l’agriculture de précision et du biomédical. C’est important de faire ce travail d’identification car la croissance s’organise par filière. Nous avons choisi d’étudier des filières pour voir s’il existe des éléments génériques ou s’il existe des facteurs spécifiques.

Comme point commun, on trouve la question des talents, de la culture, du financement disponible et le défi de l’industrialisation. Après, une filière comme l’agriculture a un défi spécifique : le secteur est très émietté. Il faudrait mieux connecter les acteurs privés et publics du secteur. Pour les biotechs médicales, il est, par exemple, important de stimuler la création de campus de plus grande taille.

(1) Etude de mars 2020 sur les filières deeptech françaises réalisée par Bpifrance, le Boston Consulting Group (BCG), et Hello Tomorrow

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