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Bouygues, un actionnaire d’Alstom opportuniste avant tout

Actionnaire de référence d’Alstom avec 29,4 % des parts du groupe, Bouygues n’a aucune raison d’être un actionnaire patient, encore moins patriote. Il pourrait même être pressé de vendre.
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Bouygues, un actionnaire d’Alstom opportuniste avant tout
Bouygues, un actionnaire d’Alstom opportuniste avant tout © Eric Legouhy - L'Usine Nouvelle

C’est par opportunisme industriel que le groupe Bouygues est entré au capital d’Alstom, en avril 2006. C’est encore par opportunisme, purement financier cette fois, qu’il devrait en sortir en 2014. Rien de critiquable en soi. Pour le groupe de BTP (128 067 collaborateurs, 33,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires), les 2 milliards d’euros déboursés pour obtenir 21 % de parts d’Alstom (porté à 30 % en 2007) étaient alors un investissement de raison, motivé notamment par la perspective de créer des synergies commerciales et industrielles, pour décrocher des marchés communs, à l’international notamment. Alstom devant fusionner avec Areva, afin de devenir un champion international de l’énergie. Une fusion empêchée par Anne Lauvergeon, alors à la tête d’Areva.

Alstom, un investissement purement industriel

Pour Bouygues, hormis quelques contrats signés en partenariat avec Alstom - comme en 2012 pour le pilote de smart city Issygrid à Issy les Moulineaux - ou la création de coentreprises Embix, dédié à l’audit environnemental des écoquartiers en 2011 et Oc’via (Bouygues construction, Colas et Alstom) pour la construction de la ligne ferroviaire Nîmes-Montpellier, l’opération a surtout pesé très positivement sur ses résultats financiers. En 2013, Alstom a encore participé à hauteur de 168 millions d’euros aux résultats nets du groupe BTP, soit 26 % des 647 millions d’euros de bénéfices, avant dépréciation à hauteur de 1,4 milliard d’euros d’actifs Alstom… Le cours de l’action ayant dramatiquement chuté. Au total Bouygues aurait déjà largement rentabilisé sa mise.

Mais si Bouygues bénéficie d’un actionnariat stable (la holding de la famille SCDM devenant 20,8 % du capital au 31 décembre 2013 et 28.4 % des droits de vote), il n’est en rien lié outre mesure à la destinée d’Alstom, dont il n’est qu’un actionnaire "significatif, mais minoritaire et non contrôlant", comme l’a rappelé un porte-parole du groupe. Et on voit mal, aujourd’hui, les raisons qui pourraient pousser Martin Bouygues, aux commandes du groupe depuis 1989, à temporiser la vente de ses parts d’Alstom, comme le souhaitent et le gouvernement et les syndicats, le temps de trouver le meilleur compromis pour l’emploi en France.

Des rapports ambigus au pouvoir politique

Officiellement, Martin Bouygues resterait neutre dans les tractations entre Patrick Kron avec General Electric et Siemens. Mais il a été convoqué, comme tous les protagonistes à l’Élysée. Or Martin Bouygues a des rapports ambigus avec le pouvoir politique. Lors de la dernière assemblée des actionnaires, le 24 avril 2014, il a encore publiquement critiqué la manière "benoîte" et "sans étude d’impact", dont a été accordée la 4è licence de téléphonie mobile à Free, qui a mis à mal son activité de Bouygues Télécoms.

Et si l’actuel gouvernement a tenté de rééquilibrer les choses en lui facilitant en 2013, le déploiement de sa 4G sur ses fréquences 1 800 GHz et a soutenu de manière plus qu’appuyée son dossier au rachat de SFR pour revenir à 3 opérateurs en France, Martin Bouygues reste très circonspect vis-à-vis du régulateur public et des choix de l’État. "Il y en a marre des décisions politiques sans prise en compte des conséquences pour les secteurs", a déclaré Martin Bouygues à ses actionnaires, selon le magazine Challenges.

Financer le virage numérique de ses activités média-télécom

La manne de la vente d’une partie de ses parts d’Alstom (Bouygues pourrait garder 29 % du capital d’un Alstom Transport en cas de vente à GE) pourrait lui servir à affronter la déferlante numérique sur le marché de la télévision. Des acteurs comme Netflix et ses séries sur mesure pour chaque marché, mais aussi les multiples interfaces TV comme les Apple TV, Android TV ou Amazon Fire, voire Xbox One et Playstation 4, risquent en effet de s’interfacer définitivement entre la chaîne TF1 et sa principale source de revenus (2,5 milliards de chiffre d’affaires et 9 % du résultat net de Bouygues) : son audience.

Le groupe pourrait aussi chercher à réinvestir dans sa filiale Bouygues Télécom (4,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais seulement 1.7 % du résultat net), pour le développement des réseaux très haut débit, afin d’assurer son indépendance vis-à-vis des autres opérateurs, Bouygues Télécom devant actuellement passer par SFR et Numericable pour compléter sa couverture haut débit.

Il aura aussi besoin de cash pour investir en innovation afin de développer ou acquérir des services à valeur ajoutée, pour là encore concurrencer les OTP (over the top), Google, Apple et autre Facebook, qui là aussi menace la valeur ajoutée de l’activité des opérateurs. C’est à ce prix que Martin Bouygues pourra continuer à développer son activité média et télécom (qu’il a lui même porté en 2008), dont les destins sont de plus en plus intimement liés.

Aurélie Barbaux

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