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Censure en ligne et opacité des algorithmes : les dérives de la plate-forme de livraison Shipt

Vu ailleurs Les plates-formes du numérique qui mettent en relation un autoentrepreneur avec un client sont légion. Mais leurs pratiques sont très régulièrement critiquées, que ce soit au niveau de la rémunération des indépendants "travaillant" pour elles ou du code de conduite qu'elles cherchent à imposer à ces mêmes indépendants... tout en leur refusant un quelconque contrat de travail.
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Censure en ligne et opacité des algorithmes : les dérives de la plate-forme de livraison Shipt
Censure en ligne et opacité des algorithmes : les dérives de la plate-forme de livraison Shipt © Shipt

Les plates-formes du numérique sont régulièrement critiquées pour les conditions de travail des autoentrepreneurs qui travaillent avec elles. Motherboard a enquêté sur les pratiques de Shipt, une start-up de livraison de courses à domicile opérant aux Etats-Unis, et ses conclusions ne donnent pas envie de travailler pour celle-ci.

 

La plate-forme va jusqu'à inciter les livreurs à faire des cadeaux (carte de remerciement, fleurs, ballons,…) aux personnes livrées. Cadeaux qu'ils doivent, bien évidemment, payer eux-mêmes. Shipt ajoute qu'il est courtois de proposer aux personnes livrées de promener leur chien ou de sortir leurs poubelles. La plate-forme appelle ces services 'Apporter de la Magie' ("Bringing the Magic"). Des services qui permettent aux livreurs d'avoir une meilleure note client, un facteur déterminant sur lequel s'appuie l'algorithme pour proposer les courses les plus lucratives.

 

Baisse du nombre de livraison

Depuis son rachat par Target en 2017, Shipt a triplé la surface géographique sur laquelle elle opère et recense aujourd'hui 100 000 livreurs. Une croissance qui ne semble pas forcément favoriser les livreurs. Motherboard relate le Tweet d'une mère célibataire : "Je n'ai pas eu de commande pendant des semaines. […] Je suis passée de 200 dollars par semaine sur Shipt à 0-25 dollars".

 

Une heure après, cette femme recevait un mail l'informant de la désactivation de son compte Shipt. Aucune explication n'est fournie par la plate-forme qui semble vouloir pratiquer la censure sur les différents réseaux sociaux, selon l'enquête de Motherboard. Si les livreurs parlent de Shipt, c'est uniquement pour en dire du bien.

 

Censure en ligne et désactivation de compte

Des modérateurs travaillant pour la plate-forme contrôlent la page Facebook nationale "Shipt Shopper Lounge", qui regroupe plus de 100 000 membres, ainsi que les pages locales. Au menu : censure des messages qui ne sont pas positifs, désactivation des commentaires sous certaines publications et interdiction de parler des conditions de travail, liste Motherboard qui a vu des captures d'écran, réalisé des interviews et consulté divers documents. Un livreur a même vu son compte désactivé après avoir critiqué le nouveau logo de l'entreprise. Et Shipt semble ne jamais donner d'explication sur la désactivation des comptes.

 

Nouvel algorithme de rémunération

L'année dernière, Shipt a commencé à déployer dans certaines villes un nouvel algorithme changeant les modalités de rémunération. Auparavant, les livreurs étaient payés 5 dollars par livraison, auxquels s'ajoutaient 7,5% de commission sur toutes les commandes. Désormais, ils sont payés selon un nouveau modèle qui se base sur une estimation du temps pour faire les courses, du trafic, de la livraison et du temps de transport. Comme ses concurrents, Shipt ne précise pas comment ces différents facteurs sont pris en compte.

 

Des livreurs se plaignent déjà dans un certaines zones d'avoir perdu de 40 à 50% de leur paie avec ce nouveau mode de calcul. Du côté de chez Shipt, le mot d'ordre est simple : les livreurs sont payés la même somme qu'avant, si ce n'est plus.

 

Des critiques duplicables

Shipt est loin d'être la seule plate-forme du numérique à être critiquée. Nombreuses sont celles qui appliquent des algorithmes de rémunération plus ou moins obscures. Uber est souvent mis en avant pour l'opacité de ses algorithmes, et Deliveroo est critiqué à chaque fois qu'il change le mode de calcul de rémunération des coursiers. Et ces derniers n'ont pas le droit non plus d'émettre trop de critiques ni de manifester. En France, comme l'a rapporté Cash Investigation, Deliveroo aurait même cherché à retrouver les livreurs grévistes de 2018 via leurs données de géolocalisation dans le but de désactiver leurs comptes.

 

Aux Etats-Unis, DoorDash ne reversait pas les pourboires à ses livreurs. La start-up, qui retenait directement cette somme de la rémunération qu’elle versait à ces derniers, est revenue sur cette décision après avoir défrayé la chronique durant l'été 2019.

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