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Climentum Capital, un nouveau fonds d'investissement pour soutenir des start-up européennes réductrices d’émissions de CO2

Lancé par 5 associés mixtes, dont l’entrepreneur français Yoann Berno, ce fonds en capital-risque cible des projets qui peuvent éliminer au moins un million de tonnes d’émission de CO2 par an.
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Climentum Capital, un nouveau fonds d'investissement pour soutenir des start-up européennes réductrices d’émissions de CO2
L'équipe fondatrice de Climentum Capital. © Climentum Capital

150 millions d’euros. C’est l’enveloppe qu’envisage de réunir Climentum Capital d’ici la fin de l’année, afin de pouvoir investir dans 25 startups œuvrant dans les technologies climatiques en Europe, avec des tickets d’amorçage allant de 1 à 5 millions d’euros.

Les secteurs d’activité visés ? "Ceux qui ont le plus gros potentiel de réduction de CO2", répond Yoann Berno, l’un des initiateurs du projet. En l'occurrence les énergies renouvelables de nouvelle génération, l’alimentation et l'agriculture, l’industrie et la fabrication, les bâtiments et l’architecture, les transports et la mobilité ainsi que les déchets et les matériaux. Vaste éventail.

Aucun investissement n’a encore été annoncé, mais ce Toulousain d’origine dresse toutefois la liste de quelques projets suivis : drônes pour améliorer l’exploitation de forêts, recyclage de pales d'éoliennes, production durable de fruits de mer, amélioration de l’efficacité énergétique des centres de données, utilisation d’algues en tant que nutriments pour les poissons…

Le fil rouge ? La technologie. "En tant que technophiles absolus, nous pensons que les deeptech ou le hardware (innovations de rupture ou matérielles) ont la capacité d’avoir des changements positifs radicaux", explique cet ancien ingénieur qui a passé le début de sa carrière dans la Silicon Valley… avant de prendre conscience, à la suite d’une expérience malheureuse, qu’il devait plutôt consacrer sa carrière à des initiatives porteuses de sens.
 

Le financier d’abord, l’impact environnemental ensuite

L’objectif de chaque investissement sera ainsi de réduire les émissions de CO2 d’au moins un million de tonnes par an. Une façon de répondre à la critique parfois émise à l’encontre des “green tech” : le positionnement sur le marché de la compensation carbone et, in fine, la vente de droits à polluer.

"Nous sommes l’un des premiers fonds de capital-risque d'Europe doté d'un modèle de portage double, fondé sur des objectifs financiers et d'impact environnemental", assure Yoann Berno. L’un des associés, le danois Stefan Maard, en tant que spécialiste du sujet, fera une mesure d’impact, en amont de chaque investissement, de l’intégralité du cycle de vie du projet afin d’en mesurer ses effets réels, directs et indirects.

Un défi contradictoire ? Quelles décisions prendre en effet face à une jeune pousse au fort potentiel écologique mais au modèle économique moins prometteur ? "Dans l’ordre, c’est le financier d’abord et l’impact ensuite, rétorque d’emblée Yoann Berno. Dans une logique de passage à l’échelle, plus le premier sera important et plus le second sera au rendez-vous." Climentum Capital vise ainsi un retour sur investissement annuel supérieur à 20 %.

Ce positionnement peut susciter des avis divergents, comme le reconnaît l’entrepreneur de 35 ans, fondateur de 3 startups dont l’une d’énergie solaire au Kenya. “Mais l’enjeu est tel qu’il faut y aller tous azimuts, de la sobriété aux innovations. De la même manière que le logiciel a mangé le monde, nous pensons que les climate tech vont manger le monde ces dix prochaines années”, poursuit-il, en paraphrasant le célèbre investisseur américain Marc Andreessen.

L’expansion de la Climate Tech

Les chiffres actuels peuvent en témoigner. Selon un rapport de Dealroom, un agrégateur de données de startups européennes, la "climate tech" est le secteur qui connaît la croissance du financement la plus rapide en Europe, avec des investissements passés de 1,1 milliard de dollars en 2017 à 11 Mds $ en 2021. D’après McKinsey, ce chiffre pourrait même dépasser les 1 500 milliards de dollars d’ici 2025 à l’échelle mondiale, dont plus d’un tiers irait au domaine de l’électrification des transports.

Un élan qui suscite la convoitise des investisseurs. Un récent rapport du cabinet PwC en dénombre près de 2 500 actifs mi-2021 dans le monde, contre moins de 1 600 un an plus tôt. France Invest, l’association professionnelle du private equity français, compte 92 fonds impact dans l’hexagone en 2021.

Pas une semaine ne passe actuellement sans l’annonce d’un nouveau lancement, comme celui de Kiko Ventures par exemple, à Londres, il y a quelques jours. Faisant craindre à certains l’émergence d’une bulle des climate tech, à l’image de celle des cleantech, il y a une quinzaine d’années.

Une perspective qui n’inquiète guère Yoann Berno et ses associés européens (deux Danois basés à Copenhague, une Suédoise résidant à Stockholm et une Allemande vivant, comme lui, à Berlin). "On va se prendre le mur climatique à pleine vitesse si on ne fait rien d’ici 2030. Les consommateurs comme les entreprises en sont de plus en plus conscients et vont devoir changer leurs habitudes à marche forcée", atteste-t-il. Le nom Climentum, contradiction de Climate et Momentum (traduisible par “impulsion climatique”) est là pour le rappeler.

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