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Comment les géants du web chassent les habitants de San Francisco

Les géants du web, les start-up et leurs ingénieurs se déplacent et investissent la ville de San Francisco, qui connaît actuellement une transformation sans précédent. Etude d'un phénomène qui s'étendra certainement à d'autres villes.

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Comment les géants du web chassent les habitants de San Francisco
Comment les géants du web chassent les habitants de San Francisco

L'impact de la technologie se fait sentir partout : sur l'industrie traditionnelle, sur les usages, sur les comportements. Mais aussi sur les villes. Le cas de San Francisco est unique : l'industrie technologique implantée historiquement dans la Silicon Valley transforme depuis quelques années et à une vitesse folle, la petite ville californienne.

Le retour des ingénieurs

Les ingénieurs de Facebook, Google et Apple, avant cantonnés dans les villes de Mountain View ou Cupertino, choisissent de retourner dans la ville de San Francisco pour une meilleure qualité de vie. Des centaines d'entre eux prennent les "shuttles" ou bus dédiés mis à leur disposition par les entreprises, et préfèrent passer deux heures par jour dans les transports afin de s'installer au coeur de la cité.

Les quartiers sur la route du bus, notamment celui de Mission, dans le sud de la ville, déjà investi par Mark Zuckerberg, voient fleurir des maisons aux prix exorbitants que peu d'habitants peuvent s'offrir. Dépenser 1 200 dollars par mois pour un appartement à partager avec deux colocataires, est devenu une pratique courante. Et cette augmentation considérable des loyers depuis 2011, s'est amplifié après l'annonce de l'introduction en bourse de Twitter. Bizjournal révèle que les loyers des appartements avec trois chambres près de Upper Market (centre) qui viennent d'être construits dépassent les 5000 dollars par mois.

Selon The Atlantic Cities, la demande de logements dans la ville, pour accommoder tous ces nouveaux travailleurs de l'industrie technologique, augmente trop vite pour être satisfaite. 1 500 logements sont créées par an depuis 20 ans. Il en faudrait 5000 par an pour loger tout le monde à des prix raisonnables. Conséquence de cette gentrification : l'exode des habitants de San Francisco, qui déménagent pour la plupart dans la banlieue voisine d'Oakland.

Les géants du web au détriment des petites entreprises

Les géants du web, mais aussi de plus en plus de start-up, choisissent désormais de s'installer dans la ville. Twitter, Google, Eventbrite, Airbnb, Uber, Yelp, et bien d'autres ont investi San Francisco pour y loger des bureaux et des ingénieurs toujours plus nombreux. Les incubateurs abritant des start-up fleurissent aussi. Twitter et Square ont ouvert récemment leurs nouveaux bureaux dans le quartier délaissé de South of Market (Soma). Square peut maintenant loger près de 1000 personnes, et son espace est "trois fois supérieur" au précédent QG.

Le quartier de Soma, à l'est, est ainsi rapidement devenu une "mini Silicon Valley" et les petites entreprises de la ville sont désormais obligées de plier bagage pour laisser la place aux nouveaux venus qui rachètent l'espace à vitesse grand V. En effet, le Board of Supervisors de la ville de San Francisco a décidé de mettre en place des avantages fiscaux pour encourager les entreprises high-tech à rester dans la ville. Le maire de San Francisco lui-même les rencontre régulièrement pour échanger sur l'aménagement de la ville qu'elles ont envahie, et s'assurer qu'elles n'iront pas voir ailleurs.

Un reportage de CBS montre comment les petits commerces de la ville sont forcés de céder leur espace, pour s'installer dans les quartiers les moins chers, dont celui du Tenderloin, peu désirable pour leur clientèle. San Francisco est ainsi devenue, derrière New York, la deuxième ville la plus chère des Etats-Unis pour la location de bureaux. Le propriétaire d'une petite entreprise de production de vidéo, qui souhaite rester anonyme, a vu ainsi son quotidien radicalement transformé en 6 mois. Lui-même obligé de déménager à Oakland, il a également perdu ses bureaux. Le propriétaire de l'immeuble qui logeait une cinquantaine de petits commerces et artisans au coeur de Soma a choisi de mettre tout le monde dehors pour revendre l'espace à une start-up du web. Les offres ne vont sûrement pas tarder. Des rumeurs - encore non confirmées - laissant entendre que Google chercherait à investir le quartier de Mission Bay (est), ont mis le marché de l'immobilier en émoi.

Pas que du négatif

Tout n'est pas noir dans ce tableau ; l'industrie de la technologie tente aussi d'avoir un impact positif sur les quartiers qu'elle investit. Un article du New York Times explique par exemple comment l'arrivée de Twitter, Spotify et d'autres a contribué à améliorer le quartier de Soma et une partie de Market Street, près du centre, auparavant mal famés et peu visités. Ce qui explique la position du maire. Le San Francisco Examiner rapporte, lui, que Twitter travaille avec la ville sur des projets de transport, et pour l'implantation d'un nouveau commissariat de police quand un reportage d'Aljazeera America montre comment les restaurants latinos historiques du quartier de Mission sont petit à petit remplacés par des cafés et autres commerces.

Nos applications, smartphones et tablettes ont, en 10 ans transformé nos vie. San Francisco montre que les entreprises derrière cette révolution numérique vont également transformer nos villes.

Nora Poggi

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