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Covid-19 et emploi : Les profils techs sont moins sursollicités et les entreprises plus attentistes

Entretien Le site de recherche d'emploi inversée Talent.io publie jeudi 14 mai une étude sur la situation des profils tech les plus pointus, et notamment les ingénieurs. Si les entreprises globalement protègent ces profils rares, qu'ils soient ou salariés ou indépendant, la situation des embauches ou de nouvelles embauches est plus incertaine. Nicolas Meunier, cofondateur et dirigeant de Talent.Io, décrypte pour L'Usine Digitale les principaux résultats de cette étude.
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Covid-19 et emploi : Les profils techs sont moins sursollicités et les entreprises plus attentistes
Nicolas Meunier est le fondateur de Talent.io, qui a réalisé une étude sur l'emploi dans les métiers de la tech. © talent.io DR

L’Usine Digitale : Au vu de votre étude, peut-on dire que les profils tech sont relativement épargnés par l’impact économique du confinement et de la crise économique qui pourrait s’en suivre ?

Nicolas Meunier : L’incertitude est vraisemblablement le mot qui résume le mieux la situation des mois qui viennent. Beaucoup d’entreprises sont attentistes et attendent d’avoir davantage de visibilité, notamment sur les mesures de type chômage partiel ou sur les éléments de la politique de relance peut-être à venir. Cela est vrai en France mais aussi dans les autres pays européens où nous intervenons.

Ce contexte rappelé, les entreprises, quand elles le peuvent, sont très protectrices des équipes IT. Seulement un salarié sur 5 dans ces métiers connaît le chômage partiel, quand c’est la moitié de la population active française. Les entreprises ont beaucoup pratiqué le télétravail sur ces métiers-là. Pour le moment, elles ont peu licencié ces profils. La raison de cette attitude est simple à comprendre : ce sont des profils rares, difficiles à recruter.

Protéger les salariés actuels est une priorité. Est-ce la fin des recrutements ? 

Les offres d’emplois des entreprises chutent dans tous les pays où nous sommes présents. C’est un comportement plutôt normal dans un contexte d’incertitude. Linkedin a réalisé une étude pour la Chine qui a été le premier pays touché par le virus et qui a connu la même décrue des offres d’emploi. Aujourd’hui, la Chine aurait déjà récupéré la moitié des offres perdues. On peut espérer qu’il sera de même pour nous. L’attentisme s’explique par ce que je vous disais précédemment. En France, par exemple, les entreprises ne savent pas comment va se passer la sortie de l’activité partielle. Aujourd’hui, à la mi-mai, on ne connaît pas ce qui se passera après le 1er juin.

Cela a-t-il un impact sur la situation des indépendants, les free-lances qui étaient présentés parfois comme l’avenir du travail ?

La moitié des entreprises que nous avons interrogées disent que cela n’a pas d’impact sur l’activité des indépendants, quand un cinquième dit avoir gelé. En avril, peu de missions avaient été arrêtées dans le secteur. Elles se sont poursuivies normalement. La question est de savoir ce qui va se passer après, à la fin de ces missions. Là encore c’est l’effet de l’incertitude. De quel budget va-t-on disposer ? Pour un recrutement ? Une mission d’indépendants ? Ce qu’on peut dire c’est qu’habituellement en situation de crise, les entreprises aiment conserver de la flexibilité et font plutôt appel à des freelances.

Votre site est spécialisé sur les métiers de la tech. Cela pourrait-il être la fin de la situation où ce sont les offreurs - les salariés - qui font le marché ?

Notre site est inversé, puisque ce sont les entreprises qui viennent chercher des profils que nous avons identifiés et approuvés. Avant mars, un candidat recevait en moyenne 8 contacts d’entreprises pour recruter. Aujourd’hui, nous en sommes à quatre. Les candidats ont donc encore un certain pouvoir même s’ils moins sursollicités qu’avant. Les entreprises ont d’importants besoins pour leur transformation digitale. La pandémie les oblige à accélérer cette mutation, leur transformation digitale, donc des besoins existent toujours.

Les salariés de la tech continuent-ils de chercher des offres. Ont-ils envie de changer quand même ? 

On a vu plusieurs moments. Au début du confinement, il y a eu plutôt une baisse des recherches. je pense que l’urgence était alors de s’adapter aux nouvelles conditions de travail, le plus souvent depuis la maison. Ajoutez à cela le choc émotionnel du confinement et on peut comprendre que les recherches d’emplois ont diminué. Peu à peu on est revenu à la situation précédente, avec des salariés qui continuent à regarder le marché…

Justement votre étude montre que les critères d’intérêt changent non ? 

Nous publions en permanence des messages sur les réseaux sociaux pour “recruter” des profils de candidats intéressants. Nous testons plusieurs messages et de cette façon nous avons une indication de ce qui intéresse la communauté des professionnels de la tech. Ce que nous avons observé en mars avril, c’est un bond d’engagement de l’ordre de 40 % vis-à-vis des messages qui se réfèrent au sérieux de l’entreprise et à l’intérêt des missions, mais aussi des messages qui mettent en avant l’accompagnement fourni par talent.io aux professionnels de la tech (conseils sur le marché de l’emploi, coaching carrière, etc)... Cela semble traduire que les gens cherchent un emploi qui contient des missions qui résonnent avec ce qu’ils sont, leurs aspirations profondes.

Concernant la solidité du projet, c’est lié à l’incertitude qui existe aussi pour les salariés. Changer d’employeur c’est prendre un risque, notamment durant la période d’essai. A tel point que nous voyons certaines entreprises soucieuses d’attirer les bons candidats supprimer purement et simplement les périodes d’essai. De même, si de nombreux projets de recrutements ont été gelés, d’autres entreprises ont adapté complètement leur process, en faisant passer des entretiens en ligne, y compris ceux pour juger de la compatibilité du candidat avec la culture de l’entreprise. Des onboarding en télétravail ont eu lieu.

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