Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

"D'ici 5 à 10 ans, le big data et le calcul haute performance ne feront plus qu'un", selon le PDG de Cray

Entretien L'entreprise américaine Cray, spécialisée dans la conception de superordinateurs, a inauguré mardi 2 juin son bureau européen à Bristol, au Royaume-Uni. L'Usine Digitale s'est entretenu à cette occasion avec Peter Ungaro, son président et CEO (transfuge d'IBM arrivé à la tête de l'entreprise en 2005) pour qui le calcul haute performance est devenu une passion.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

D'ici 5 à 10 ans, le big data et le calcul haute performance ne feront plus qu'un, selon le PDG de Cray
"D'ici 5 à 10 ans, le big data et le calcul haute performance ne feront plus qu'un", selon le PDG de Cray © Andre Regini

L'Usine Digitale - Le marché des superordinateurs semble borné, quels sont les leviers de croissance de Cray ?

Peter Ungaro - Nous avons trois vecteurs de croissance. Le premier demeure notre marché historique : la fabrication de systèmes de grande taille pour les grandes agences gouvernementales et les universités. Il y a encore beaucoup d'opportunités pour nous dans la zone EMEA, qui est celle qui enregistre la plus forte croissance. Nous installons par exemple un nouveau système pour le service national britannique de météorologie. C'est un contrat de 128 millions de dollars, le plus gros que nous ayons obtenu hors Etats-Unis. J'espère que le prochain sera avec Météo France !

Le deuxième levier ce sont les entreprises privées. Elles reviennent de plus en plus vers les superordinateurs après les avoir abandonnés dans les années 90, car elles se rendent compte que même si le cloud ou les serveurs classiques offrent un meilleur rapport coût/performance en général, certaines de leurs applications très spécifiques n'y fonctionnent optimalement. Pour ces cas précis, un superordinateur offre un meilleur retour sur investissement. Cela représente une part très importante de notre croissance, et nous avons déjà plusieurs clients en Europe, comme Petroleum Geo-Services en Norvège qui utilise l'un de nos système pour de l'analyse sismique, ou Stalprodukt, un métallurgiste polonais.

 

Vous misez aussi beaucoup sur le big data...

Oui, le troisième point de croissance se trouve dans l'espace autour des données et de leur analyse. Le big data c'est quelque chose que nous faisons depuis toujours, même si le terme est récent. Je suis convaincu qu'il y a une convergence entre le calcul haute performance et l'analyse des données, et que d'ici cinq ou dix ans il s'agira d'une seule et même technologie. Cela va devenir un marché très important pour nous dans les années à venir, surtout avec l'arrivée de l'Internet des Objets, qui va générer énormément de données, et celle de l'intelligence artificielle, qui requiert des algorithmes d'analyse très complexes.

 

Quel est votre positionnement vis-à-vis du cloud ?

Nous ne le percevons pas du toute comme une concurrence. Les acteurs du cloud sont nos clients ou des parternaires qui fournissent nos services à des clients. Nous sommes en discussion à l'heure actuelle avec plusieurs entreprises dans ce domaine afin d'intégrer des superordinateurs dans le cloud. Cray ne se positionnera jamais comme un fournisseur de cloud, mais nous voulons y avoir notre place. Je pense que d'ici 3 ou 4 ans vous nous y trouverez.

 

Où se trouve la concurrence pour Cray ?

Notre plus gros concurrent reste IBM, aussi bien sur le secteur des superordinateurs que sur celui de l'analyse des données, même s'ils ont vendu une partie de leurs opérations à Lenovo l'année dernière. Mais Cray se concentre sur ses coeurs de métier, contrairement à de grandes entreprises d'informatique comme IBM ou HP qui jouent sur tous les tableaux. Cela nous permet d'être plus agile, et je suis convaincu que nous sommes incontestablement les meilleurs dans les domaines où nous sommes en concurrence.

 

Qu'en est-il de la Chine ? Le superordinateur le plus puissant au monde, le Tianhe-2, est chinois...

Ce que fait la Chine en matière de calcul haute performance est l'un des développements les plus importants du secteur à l'heure actuelle. Mais même si nous avons quelques clients en Chine, à Hong Kong ou à Taiwan, nous ne percevons pas la Chine comme un marché d'envergure pour nous. De la même manière, les entreprises chinoises n'ont pas fait grand chose dans le calcul haute performance en dehors de leur marché national pour le moment. Cette partie du marché demeure très isolée.

 

Qu'avez-vous dans les cartons en matière d'innovation technologique ?

Nous travaillons sur notre nouveau système, Shasta, dont la sortie est prévue pour 2018-19. Shasta passera la barre de l'exaflop (soit un milliard de milliards d'opérations à virgule flottante effectuées par seconde, ndlr). Cette puissance est le grand défi actuel pour les superordinateurs. Nous effectuons énormément de R&D sur cette machine. Certains de ces programmes sont d'ailleurs menés à Bristol aujourd'hui. Nos effectifs ont également augmentés de près de 50% en une décennie, pour atteindre aujourd'hui 1200 employés dans le monde, dont une trentaine dans le nouveau centre européen de Bristol.

Cray est avant tout une entreprise d'ingénierie. Nos investissements en matière de R&D ont augmenté chaque année depuis que j'ai rejoint l'entreprise il y a dix ans. Nous investissons plus de 100 millions de dollars par an, ce qui représente plus de 10% de nos revenus. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, notre R&D est principalement dans le domaine logiciel. Nous fabriquons des systèmes très intégrés, où le software et le hardware sont en adéquation. C'est notre force.

 

Vous vous êtes lancé dans le stockage de données il y a quelques années. Pensez-vous à vous diversifier davantage?

Oui, nous sommes partis de zéro avec le stockage il y a 4 ans et cela nous rapporte désormais 80 millions de dollars par an. Nous resterons toutefois concentré sur nos trois business : le calcul, l'analyse et le stockage. Nous avons comme objectif pour chacun d'eux qu'ils grossissent deux fois plus vite que leurs marchés respectifs. Ils ont tous une bonne croissance de manière générale, la notre est donc assurée pour les dix prochaines années.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media